lundi 28 septembre 2009

ACP 155-156

N°  Double  - Spécial « Loi pénitentiaire »                  La parole est libre, la plume aussi


   ACP N°155-156                                                       Paris, le 28 septembre 2009 
Arpenter le Champ Pénal
Approche indisciplinaire
                                                                                    7ème année
     Directeur de la publication : Pierre V. Tournier

    Paris. Samedi 3 octobre 2009. 10h - 13h. 5ème Atelier d’automne du club « DES Maintenant en Europe ». Paris, 1er temps : « De quoi avons-nous si peur ? » Avec Alain Cugno, philosophe. 2ème temps : « Politiques pénales et pénitentiaires, les enjeux de la période ». Débat animé par Pierre V. Tournier

* Lieu : Cité Saint-Martin, 4, rue de l’Arsenal, Paris 4ème, salle Van Gogh, métro Bastille.
Entrée libre et sans inscription



 Attendez-vous à trouver …
    Fait d’aujourd’hui : Marina S ?     

  Lettre ouverte à M. le Président de la République
  Loi pénitentiaire : Le consensus manque toujours à l’appel. La campagne de signatures se poursuit. Faites vous entendre !
   Les comptes du mardi : loi pénitentiaire, le vote de l’Assemblée nationale 
    Dans les médias, flash back : France Soir - Médiapart  

    Le kiosque
    OPALE : Prisons  et violences. Les chiffres qu’il ne faudrait pas oublier
    Intelligence économique
   Communiqué de la Commission nationale de déontologie de la sécurité
    Montreuil. Insécurité dans les espaces publics : comprendre les peurs féminines
    Blois. Du boulet au bracelet électronique : des corps sous main de justice
    Militantismes
  
   En revenant de l’Assemblée, par Pierre V. Tournier
    Loi pénitentiaire. Un rendez-vous manqué ? » Communiqué du Secours catholique
    Loi pénitentiaire. Vivons-nous encore en démocratie ? par Martine Herzog-Evans

  Tentative de suicide à la PJJ, communiqué du SNPES-PJJ FSU
   Initiative de l’Association nationale des visiteurs de prison (ANVP)
    5èmes Ateliers d’automne du club DES Maintenant en Europe : « De quoi avons-nous si peur ? »
    Courriels des lecteurs :  Echos de la Réunion et du Lycée Lakanal, Sceaux
   
   International                                                                        



*** FAIT D’AUJOURD’UI ***
     Marina S.
 « Le corps de la petite Marina a été retrouvé. Le père de la petite fille, âgée de 8 ans, a avoué vendredi 11 septembre avoir inventé l’histoire de sa disparition mercredi, pour  dissimuler  une mort ‘naturelle’ un mois plus tôt ». Le Monde (13-14/9/09).
Quand le « corps social » est atteint dans son ensemble

 « Le calvaire de Marina jusqu’au sous-sol fatal (photo du sous-sol). Les parents de Marina, 8 ans, ont été écroués. Un enquêteur n’exclut pas que ‘l’enfant ait été congelée encore vivante’ ». Libération (14/9/09).
 « Exclusif » Photo en une : « Ce sont les parents de la petite Marina ». Photo reprise en page intérieure, avec celle de l’enfant : « Les parents de Marina, Eric et Virginie S. » (le nom de famille est fourni par le quotidien) ont été mis en examen pour « homicide volontaire » et  « violence habituelle sur mineur », et écroués. Le Parisien (14/9/09).

 « Infanticide. Marina : les multiples alertes n’ont rien empêché ». (avec photo de l’enfant) « Une semaine après la mise en examen des parents de Marina, 8 ans, morte sous leurs coups début août et dont le corps a été retrouvé le 11 septembre dans un entrepôt en périphérie du Mans, de nombreuses questions restent sans réponse. Une certitude pourtant : ces deux dernières années, les instituteurs successifs et médecin scolaire ont alerté les services sociaux du conseil général, l’Education nationale, l’hôpital. En vain. » Et la journaliste, Garance Le Caisne, de décrire, avec précision,  « La chronique d’une faillite qui mène au drame ». Jour du Dimanche (20/9/09).

Nous reviendrons sur cette terrible tragédie d’aujourd’hui. PVT

*** M. LE PRÉSIDENT ***
- 2. - Paris, le  21 septembre 2009. Lettre ouverte à M. le Président de la République
Monsieur Nicolas Sarkozy
Président de la République                                                                                                                                                        

    Monsieur le Président de la République,
    Le 9 septembre 2009, nous vous avons adressé le texte de l’appel du 1er septembre 2009 intitulé « La prison à la recherche d’un consensus » par lequel les principales fédérations et associations du champ pénitentiaire et de nombreuses personnalités de toutes sensibilités exprimaient leurs attentes quant à la prochaine loi pénitentiaire. Depuis cette date d’autres organisations nationales nous ont rejoints, ainsi que des centaines de citoyennes et de citoyens de toutes professions et de toutes les régions ; et ce, malgré le silence assourdissant des médias concernant cet appel. Ils sont, en effet,  plus prompts à promouvoir les positions extrémistes, les dissensions et les disputes que les  prises de position qui tendent à rapprocher dans le respect des différences.

   Vous ayant exprimé notre souhait de vous rencontrer pour vous faire  part de notre point de vue quant aux obstacles à surmonter pour améliorer la condition pénitentiaire, nous sommes très déçus de n’avoir reçu aucune réaction de votre part, à ce jour (1).

  Lors de la discussion en séance publique à l 'Assemblée nationale, le consensus recherché n’a pas été atteint, même si certains amendements de « combat »  venant de certains  députés de la majorité ont été heureusement repoussés par M. Le rapporteur et le Gouvernement. Aussi comptons-nous désormais sur la commission mixte paritaire qui se réunira le 7 octobre  pour voir satisfaites, du moins en partie nos attentes. Les nombreux fonctionnaires pénitentiaires qui ont signé notre appel, aux côtés de la société civile, attendent eux aussi que vous nous aidiez à construire, dans les jours qui viennent, ce consensus. Il faut sortir de « l’ère du soupçon » : la prison républicaine verrait alors sa légitimé enfin reconnue par  le plus grand  nombre, dans l’intérêt de tous.

    Nous vous prions, d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre haute considération. 

 Pierre V. Tournier
Animateur du Club DES Maintenant en Europe
(1) Aucune réaction non plus du Premier Ministre, aucune réaction de la Garde des Sceaux, aucune réaction du secrétaire d’Etat.

*** RAPPEL DE l’APPEL ***
- 3. - Appel du 1er septembre 2009 aux Membres du Parlement
La prison à la recherche d’un consensus

Après le vote de mardi, la procédure parlementaire se poursuit. La commission mixte paritaire se réunira le mercredi 7 octobre. La campagne de signatures se poursuit donc, elle aussi. De nouveaux courriers viennent d’être adressés lundi aux autorités de l’Etat : présidence de la République, Premier Ministre, Ministre de la justice (voir supra).
signature@appel.loipenitentiaire.fr  ;  info@appel.loipenitentiaire.fr ;   http://appel.loipenitentiaire

Extrait de l‘Appel […] Nous souhaitons que la majorité actuelle, élue sur un programme qui faisait explicitement référence à l’application des règles pénitentiaires respecte ses engagements. Nous souhaitons que les groupes de la majorité et de l’opposition aient la sagesse de s’atteler, ensemble, à l’amélioration du texte du Sénat, sur tel ou tel point, en retrouvant l’esprit de consensus des rapports parlementaires de l’année 2000.

   * Nouvelles signatures : Amann Claude, assistante sociale, Strasbourg - Baelde David, étudiant, Paris - Barron Elisabeth, visiteuse de prisons, Fresnes - Bisot Charles-Henri, magistrat, Rouen - Blandin Gisèle, professeur en retraite - Saint Père sous Vezelay - Bloch Isabelle, professeur des universités Bordeaux 4, Pau - Bloch Laurent, informaticien, Paris - Briot Eugénie, maître de conférences, Paris - Briou Pierre, visiteur de prison, Caen - Bussy Claude, géomètre retraité, Nandy, Seine et Marne - Carrière Michel, consultant interne en ressources humaines, Paris, 18ème - Charles Catherine, auteure, Saint Maurice - Chenault Dominique, manipulatrice, Evry, Essonne - Conway Christophe, chef d'entreprise et conseiller municipale, La Garenne Colombes - Dumas Michel, enseignant, Paris - Egloff Dimitri, directeur de structure associative d’insertion, Sainte - Fortuit Hugues, psychiatre, Sallanches (74) -  Givord Catherine,  avocat,  Bobigny (93) - Guerre Laurence, chef de projet, Paris - Hamm Magali, rédactrice, Paris - Hermann Nicolas, chercheur CNRS, Paris - Korber Francois, juriste, Corbeil-Essonnes - Laurent Jean-Claude, directeur établissement social,  centre de vie, Saint-Yves - Vert Blaise Paul, étudiant en informatique, Lyon (44) - Legueil Claudine, psychologue clinicienne, La Possession, La Réunion - Leprovost Sylvie, éducatrice spécialisée et responsable de l'antenne AFC, Le Havre - Lombardet Maud, étudiante, ancienne membre du GENEPI, Strasbourg - Markert Arnaud, professeur de religion et chef d'entreprise, membre du Parti Chrétien-Démocrate, Brumath (67) - Martin Isabelle, assistante sociale, membre de l'association Montgolfière - Mazza Damiano, chercheur, Paris - Mèlès Baptiste, professeur de philosophie, Paris - Mouzon Julia, Paris - Pellet Henri, retraité, Lyon - Pentecôte Denise, Saint-Germain en Laye - Plat Stéphane, consultant, Antony - Puig Catherine, étudiante, Paris - Ransinangue Alexia, membre associée de l’ANVP, juriste d’entreprise - Revol Aurélien, étudiant en informatique, Lyon - Rigaut Bernard,retaité (69) - Roger Pascal, cadre, Nantes - Saurin Irlande, doctorante, Paris - Tari Eric, cadre de santé, Marseille -  Thomas Claude, retraité, Beaucaire - Van den Bogaard Claire, chargée de publication, Paris - Varacca Daniele, enseignant chercheur, Paris – Vercelli Luca PhD, Torino,  Italie - Verdier-Protin Anne, professeur des écoles, Saint-Pierre de la Réunion - Villepoux Alice, étudiante, Clermont Ferrand…
Les 22 personnes morales signataires
(organisations nationales)
Action des chrétiens pour l’abolition de la torture, France (ACAT), Association française de criminologie (AFC),  Association national des intervenants en toxicomanie et addictologie (ANITeA), Association nationale des juges de l‘application des peines (ANJAP),  Association réflexion, action, prison et justice (ARAPEJ-Ile de France), Aumônerie nationale catholique des prisons,  Association des Anciens du GENEPI, Association Nationale des Visiteurs de Prison (ANVP), Fédération CFDT-INTERCO (Ministère de la Justice, Ministère de l’Intérieur…) CFDT-INTERCO,  Déviances Et Social-démocratie Maintenant en Europe, Fédération des associations réflexion, action, prison et justice (FARAPEJ), Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion  sociale (FNARS), Fédération des acteurs de l'alcoologie et de l'addictologie (F3A), Groupement étudiant national d'enseignement aux personnes incarcérées (GENEPI), Jeune République (JR),  Mouvement de réinsertion sociale (MRS), Parti Chrétien Démocrate (PCD), Secours catholique, Caritas France, Syndicat national des cadres pénitentiaires SNCP-CGC, Syndical national de l’Ensemble des personnels pénitentiaires - Fédération syndicale unitaire (SNEPAP FSU), Union nationale des fédérations régionales des associations des maisons d’accueil des familles et proches de personnes incarcérées (UFRAMA).
Nouvelle signature : Mouvement politique UTOPIA (Franck Pupunat,  porte parole). « Utopia » rassemble des  militants du Parti socialite, du Parti radical de Gauche, des Verts, du Parti de Gauche et du Parti communiste, etc.
Et 800 universitaires, magistrats, étudiants, fonctionnaires pénitentiaires, avocats, fonctionnaires de police, chercheurs, travailleurs sociaux, médecins, personnels de santé, hommes et femmes de métiers très divers, retraités, proches de personnes détenues, anciens détenus, militants bénévoles intervenant dans les prisons, hommes et femmes d’église, élus de la Nation…
- La collecte des signatures continue –
signature@appel.loipenitentiaire.fr  ;  info@appel.loipenitentiaire.fr ;   http://appel.loipenitentiaire

                    Site internet  de l’appel : Alexis Saurin est directeur de la publication du site http://loipenitentiaire.fr et responsable du traitement des données fournies sur ce site. Les données fournies (à l'exception de votre adresse email qui ne sera pas diffusée) sont destinées à être publiées sur le site http://loipenitentiaire.fr.
Conformément à la loi «informatique et libertés» du 6 janvier 1978, vous bénéficiez d’un droit d’accès et de rectification relatif aux informations qui vous concernent; vous pouvez exercer ce droit et obtenir communication des informations vous concernant en vous adressant à PIerre-Victor Tournier par email à l'adresse:
pierre-victor.tournier_à_wanadoo.fr.

*** LES COMPTES DU MARDI ***
- 4. - Loi pénitentiaire. Le vote, sans surprise, à l’Assemblée (mardi 22 septembre 2009) 
Votants : 529. Suffrages exprimés : 525.  Pour : 308 (59 %)  Contre 217 (41 %)
A peu de choses près, la droite a voté pour, la gauche a voté contre.

Composition de l’Assemblée nationale
Union pour un mouvement  populaire :  314 (55 %)
Socialiste, radical, citoyen et divers gauche : 204 (35 %)
Gauche démocrate et républicaine : 25 (4,3 %)
Nouveau centre : 24 (4,2 %)
Députés non inscrits : 8 (1,4 %)
Sièges vacants : 2
Total : 577

*** MÉDIAS / FLASH BACK ***
- 5. – Site internet de France Soir.  L’un des très rares articles où il fut question de l’appel « La prison à la recherche d’un consensus »

http://www.francesoir.fr/politique/2009/09/15/loi-penitentiaire.html


 « Les députés s’attaquent à la loi pénitentiaire, un texte déjà vivement critiqué. Bastien Bonnefous et Sandrine Briclot, le mardi 15 septembre 2009 à 04:00. L’Assemblée nationale examine, à partir de mardi après-midi et jusqu’à vendredi, le projet de loi pénitentiaire présenté par la nouvelle garde des Sceaux, Michèle Alliot-Marie. Un examen qui survient alors que tous les indicateurs carcéraux sont au rouge. Les prisons françaises vont-elles enfin vivre un tournant historique ? Depuis la loi Amor en 1945 et la loi Chalandon en 1987, le monde carcéral n’a en effet pas connu de réforme d’envergure. Le rendez-vous a été manqué en 2002 avec la loi Lebranchu, malgré deux rapports parlementaires sans concession sur le sujet dans la foulée du livre choc de Véronique Vasseur (« Médecin-chef à la prison de la Santé », Ed. Cherche-Midi). Sept ans plus tard, l’espoir est de mise depuis que, le 22 juin dernier, Nicolas Sarkozy lui-même a estimé que « l’état de nos prisons est une honte pour notre République».
   Le tableau est, de fait, très noir : une surpopulation galopante (62 420 détenus pour 53 323 places), des suicides de prisonniers à la chaîne (97 depuis le début de l’année et 115 en 2008, un record), des surveillants au bord de la crise de nerfs (15 suicides depuis le 1er janvier 2009 et deux agressions par jour comptabilisées par le syndicat FO-Pénitentiaire)…

Propositions du Sénat révisées

    Reste que le projet de loi présenté aux députés est loin de lever toutes les interrogations. Reprenant en partie les propositions du Sénat en mars, il en retoque plusieurs d’entre elles. Ainsi, le régime d’octroi de l’aménagement des peines et le principe de l’encellulement individuel ont été révisés par la commission des lois de l’Assemblée nationale.
    Plusieurs députés UMP, pressés par des syndicats de policiers et de surveillants pénitentiaires, redoutaient en effet que les avancées des sénateurs aillent à l’encontre de la politique gouvernementale de lutte contre l’insécurité et soient jugées laxistes par une partie de l’opinion publique. Résultat : les spécialistes du monde carcéral s’alarment. L’Observatoire international des prisons (OIP), qui défend les droits des détenus, dénonce d’ores et déjà « un remède pire que le mal », estimant que « la loi pénitentiaire s’éloigne chaque jour davantage de la perspective d’une réforme digne de ce nom ».
    Le chercheur au CNRS Pierre Victor Tournier en appelle, lui aussi, à « l’état d’urgence carcérale », exhortant les députés à « ne pas entendre les voix de la démagogie électoraliste».

Crispation sécuritaire

Signataire d’un appel pour «
La prison à la recherche d’un consensus », Pascal Vion, directeur de la maison d’arrêt de Nanterre (Hauts-de-Seine), considère qu’« il faut sortir de la caricature entre les bons et les méchants, et prendre date pour élever le débat ». Quant à l’Association nationale des visiteurs de prison (ANVP), elle craint qu’une « crispation sécuritaire nuise une fois de plus à la réflexion sur ce sujet complexe ». « Il ne faudrait pas que cette loi pénitentiaire soit le départ donné à la campagne pour la présidentielle de 2012», conseille son vice-président, Christian Lecoq. De son côté, le Syndicat de la magistrature (SM, gauche) dénonce « un débat sous l’influence des groupes de pression sécuritaires ». Il fustige « un texte qui a été vidé de toute substance par la commission des lois » et regrette « l’abandon des quelques avancées introduites par le Sénat ». Les débats dans l’Hémicycle s’annoncent donc houleux… […]
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- 6. – Mediapart. «  Une aventure sans précédent ». Quatre anciens détenus ont accepté le projet lancé par Mediapart à l’occasion de la loi pénitentiaire : jour après jour, chacun a commenté les débats auxquels il venait d’assister à l’Assemblée nationale. Leurs témoignages vidéo éclairent très concrètement les travaux des députés relatés dans les articles du site. Ce qui donne une série en quatre volets : « Un détenu par cellule », vu par le travailleur social Daniel Dériot. La « rage » de l'ex-libraire Michel Guérin face à l’arbitraire en prison. Les douches, les fouilles corporelles, par le chef d'entreprise Gilles Blanc. « Le suicide, seul droit qui reste à certains détenus», par le prêtre-ouvrier Dominique Wiel.
   Les quatre intéressés nous ont été présentés par Pierre V. Tournier (1). Nous les remercions tous pour leur participation à cette aventure sans précédent. L'un d'eux a expliqué avoir agi « en citoyen » et par « solidarité » avec ceux qui sont toujours derrière les barreaux. Par souci déontologique, les décisions judiciaires ayant motivé leur envoi en prison n’ont pas été mentionnées. Précisons enfin que, toujours par esprit civique, c’est dans les tribunes du public que les ex-détenus ont assisté aux débats de la représentation nationale.
* le lien vers la série, qui renvoie à ses quatre volets :
http://www.mediapart.fr/journal/france/220909/la-loi-penitentiaire-au-crible-de-quatre-anciens-detenus
Erich Inciyan, journaliste
(1) Deux autres anciens détenus (dont une femme) ont été sollicités, l’un n’a pas pu  se rendre disponible, l’autre n’a pas donné suite. Ce qui peut tout à fait se comprendre.  PVT

*** LE KIOSQUE ***
- 7. - Rapports
Protocole n°14bis à la Convention de sauvegarde des Droits de l'Homme et des Libertés fondamentales - Strasbourg, 27.V.2009 - Série des traités du Conseil de l'Europe n° 204, 2009, 10 pages, 8€.
Le Protocole n° 14bis permet, en attendant l’entrée en vigueur du Protocole n° 14, l’application de deux éléments procéduraux du Protocole n° 14 à l'égard des Etats qui auront exprimé leur consentement : - Un juge unique pourra rejeter des requêtes manifestement irrecevables, décision qui ne pouvait être rendue jusqu’à présent que par un comité de trois juges. - Les compétences des comités de trois juges sont étendues afin qu’ils puissent déclarer une requête recevable et rendre un arrêt sur le fond lorsqu’il existe déjà une jurisprudence bien établie de la Cour. Ces affaires sont actuellement traitées par des chambres de sept juges. Les dispositions du Protocole n° 14bis s’appliqueront aux requêtes pendantes devant la Cour contre chacun des Etats à l'égard desquels le Protocole sera entré en vigueur. S’ils le souhaitent, les Etats pourront appliquer provisoirement les dispositions du Protocole n° 14bis avant son entrée en vigueur.

Robert Strandling et Christopher Rowe,  Guide des valeurs pour la vie en démocratie, Editions du Conseil de l’Europe, 2009, 245 pages, 23€.
Le projet du Conseil de l’Europe «identités culturelles, valeurs partagées et citoyenneté» (2006-2008) a été lance à la suite du 3e Sommet de l’Organisation (Varsovie, 2005). Il était fondé sur le postulat suivant: la prise de conscience de la richesse que représente la diversité des cultures et des patrimoines européens, et de l’importance de leur interaction au fil du temps, est l’un des préalables indispensables au respect mutuel, à la coexistence pacifique, au dialogue interculturel, à l’engagement commun pour la défense de valeurs partagées et à l’émergence d'une citoyenneté culturelle européenne. Le projet a abouti, entre autres, à l'élaboration de ce Guide des valeurs pour la vie en démocratie. Ce dernier s'articule autour d'une série de questions clés pour encourager les jeunes à discuter des enjeux essentiels associes aux droits de l’homme universels et aux valeurs européennes fondamentales. Ce guide invite le lecteur à appliquer ces valeurs. Les études de cas et les fiches de discussion visent à favoriser la discussion au cours de laquelle chaque interlocuteur peut: • développer son point de vue en le confrontant à d'autres ; • réfléchir aux valeurs et droits humains inconciliables et aux moyens de résoudre ces contradictions honnêtement, de façon adaptée et proportionnée ; • comprendre les points de vue d'autrui (même en cas de désaccord) ; • engager le dialogue sur des questions controversées au lieu de s'enferrer dans des monologues axés exclusivement sur sa propre opinion ou vision culturelle ; • resituer les problèmes et les débats dans un cadre historique, culturel et géographique plus large. Appliquer et défendre des valeurs formelles s'avère nécessaire non seulement au sein des cours et tribunaux, mais aussi dans nos relations quotidiennes. Sinon, ces valeurs perdront leur sens et nous n'aurons plus véritablement le sentiment de devoir les défendre. Tout comme les compétences, c'est par la pratique que s'acquièrent les valeurs.
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- 8. – Texte d’Alain Blanc.  Par courriel, à la demande.
« La juste place de la victime », Conférence d’Alain Blanc, président de chambre à la Cour d’Appel de Douai, Congrès de l’INAVEM, 25 juin 2009.
    « Répondre à la question qui nous est soumise à cette table ronde ne peut se concevoir de la même manière que si la question nous avait été posée il y a, disons cinq ans. Depuis peu, tout se déplace dans la procédure pénale et il est donc très délicat de définir la  juste place  de la victime. Et puis « juste » par rapport à quoi ? Aux besoins « subjectifs » des dites victimes, à leurs attentes ?  A ce qui pourrait nous paraître juste au regard de la morale,  ou d’une sorte d’« économie des douleurs » ? Ou bien, et c’est évidemment l’option que je retiendrai, au regard des règles du processus pénal permettant au mieux à l’institution judiciaire de rendre une décision […]
  Le texte  complet peut vous être envoyé, par courriel,  sur simple demande.

*** OPALE ***
Observatoire des prisons et autres lieux d’enfermement


- 9. - Prisons  et violences. Les chiffres qu’il ne faudrait pas oublier

    Au 1er janvier 2009, l’effectif de la population sous écrou (France entière) est 66 178 : 15 938 prévenus (24 %)  et  50 240 condamnés  (76 %).
Parmi les condamnés qui exécutent leur peine sous écrou, 3 579 ont été sanctionnés pour un crime de sang (7,1%), 8 108 pour un viol, une agression sexuelle ou une atteinte  sexuelle (16 %), 11 522 pour violences volontaires (23 %). Ce qui donne 46 % d’atteintes volontaires (et directes) à la personne. A cela il faut ajouter 6 990 condamnés pour trafic de stupéfiant (14 %), atteintes indirectes – mais bien réelles – à la personne, 5 021 condamnés pour un « vol qualifié » qui comprend bien souvent de par les circonstances une atteinte à la personne (violence, menace, ..) (10 %), mais aussi 2 881 condamnés pour violences involontaires (5,7 %).
Ainsi plus de 75 % des condamnés sous écrou sont en prison pour des faits de violence (directe ou indirecte).  
Les vols simples, les escroqueries et les abus de confiance ne représentent que 16 % des condamnés sous écrou. Cette proportion était de 52 % il y a 40 ans.
Rappelons aussi, à l’occasion qu’au 1er janvier 2009, les condamnés pour infraction à la législation sur les étrangers ne représentent qu’ 1,3 % des condamnés sous écrou.
PVT

***  CELA SE PASSE EN FRANCE ***
- 10. – La ministre de l’économie, de l’industrie et de l’emploi a présenté un décret relatif au délégué interministériel à l’intelligence économique.
L’intelligence économique vise à fournir aux acteurs de l’économie les outils leur permettant de maîtriser et protéger l’information stratégique pertinente pour leur activité.
Afin d’améliorer la coordination de l’action de l’Etat en la matière et de renforcer son efficacité, le décret institue un délégué interministériel à l’intelligence économique. Ses orientations de travail sont déterminées par un comité directeur à l’intelligence économique placé auprès de la Présidence de la République.
Il a pour mission de proposer la politique de l’Etat en matière d’intelligence économique et d’en coordonner la mise en oeuvre. Il exerce une fonction de veille sur les évolutions de l’environnement scientifique, technologique et économique international. Il contribue à la protection des secteurs économiques porteurs d’intérêts nationaux stratégiques, ainsi que du patrimoine scientifique, technologique et économique de l’Etat et des entreprises. Il doit également renforcer l’influence et la présence française dans les institutions et activités internationales, notamment celles intéressant directement la compétitivité des entreprises.
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- 11. -  Communiqué de la Commission nationale de déontologie de la sécurité
   Sans avoir été consultée auparavant, la Commission nationale de déontologie de la sécurité a pris connaissance, à l'occasion de sa publication, du projet de loi organique relatif au Défenseur des droits. Elle en a délibéré lors de sa réunion en formation plénière du 21 septembre 2009.
   Elle relève que ce texte prévoit sa suppression et le transfert de ses attributions à une seule personne, le Défenseur des droits, nommé en conseil des ministres, à charge pour lui, lorsqu'il intervient en matière de déontologie, de consulter un collège de trois personnalités désignées respectivement par le Président de la République, le Président de l'Assemblée nationale et le Président du Sénat, en raison de leur compétence dans le domaine de la sécurité.
    Par comparaison avec son propre statut, la CNDS constate que cette nouvelle organisation :
1°) n'offre aucune des garanties d'indépendance qui tenaient au mode de désignation de ses membres comprenant quatre parlementaires, des représentants du conseil d'Etat, de la cour de cassation et de la cour des comptes et six personnalités qualifiées choisies par les autres membres (art. 11) ;
2°) fait disparaître le caractère multidisciplinaire de sa composition qui lui a permis de regrouper des juristes, avocats ou magistrats, un professeur de médecine légale, des universitaires et chercheurs, d’anciens responsables de la police, ayant tous eu à connaître dans l'exercice de leur profession des problèmes de déontologie des forces de sécurité, chacun apportant dans une approche différente ses connaissances et expériences propres (art. 11) ;
3°) ne comporte aucune précision sur la qualité des délégués du Défenseur des droits pouvant intervenir pour instruire et participer au règlement des affaires en matière de déontologie (art. 28) ;
4°) permet aux autorités mises en cause de s'opposer à la venue du Défenseur des droits dans les locaux dont ils sont responsables pour des motifs tenant « aux exigences de la défense nationale ou de la sécurité publique ou dans le cas de circonstances exceptionnelles », cette disposition ayant pour conséquence de donner désormais à ces autorités la faculté de se soustraire à tout contrôle qui pourrait les gêner (art. 18) ;
5°) interdit toute investigation sur des réclamations émanées de personnes ou associations témoins de manquements déontologiques ou de graves irrégularités en matière de reconduite à la frontière en raison de l'impossibilité d'avertir les victimes de ces faits et d'obtenir leur accord lorsque, entre-temps, elles auront été expulsées (art. 8) ;
6°) donne au Défenseur des droits le pouvoir arbitraire de rejeter toute requête sans avoir à motiver sa décision ni respecter le principe de la contradiction (art. 20) ;
7°) va diluer au sein d'une institution omni compétente des attributions spécifiques nécessitant des connaissances et une approche particulières dans le domaine sensible des rapports entre les citoyens avec les forces de sécurité, les manquements commis dans l'usage de la force légale n'appelant ni « transaction » ni « règlement en équité » (art. 20 et 22).
La CNDS considère que sur chacun des points qui précèdent la réforme projetée marque un recul des garanties démocratiques qu'elle offrait aux citoyens, pour le respect de leurs droits fondamentaux. Elle rappelle enfin que son existence et la qualité de son action ont été saluées par les institutions internationales – notamment le commissaire européen aux droits de l'homme –, la Commission nationale consultative des droits de l’homme et les O.N.G. attachées à la défense des droits de l'homme, dont plusieurs ont exprimé le souhait de voir ses compétences et ses moyens élargis.
* Contact : Benoît NARBEY, secrétaire général, Commission nationale de déontologie de la sécurité,  62, boulevard de la Tour-Maubourg, 75007 Paris Tél. : 01 53 59 72 62 - Fax : 01 53 59 72 73 

*** PARIS ET BANLIEUE ***
- 12. - Montreuil. 1er octobre 2009. 15h à 17h30. « Insécurité dans les espaces publics : comprendre les peurs féminines". Conférence débat de Marylene Lieber. Entrée est libre et gratuite.

Cet événement prends place dans le cadre de la formation expérimentale sur les marches exploratoires de femmes pour un environnement sécurisant impulsé par le Secrétariat général du Comité Interministériel des Villes et organisée par Maturescence avec la


- Lieu : Salle des fêtes de la mairie de Montreuil, place Jean Jaures, Métro Marie de Montreuil.

*** EN RÉGION ***
- 13. – RAPPEL. BLOIS. Jeudi 8 octobre 2009 ; 17h – 18h30. « Du boulet au bracelet électronique : des corps sous main de justice ».Conférence donnée dans le cadre des Rendez-vous de l’histoire. 

Lieu : Campus de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI),  rue Anne de Bretagne, Amphithéâtre  Rouge.
* « La privation de liberté en France », Pierre V. Tournier, directeur de recherches au CNRS, Centre  d’histoire sociale du XXe siècle, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne.
* « Corps sous main de justice : hier et demain », Jean-Charles Froment, professeur de droit public à l’Université Pierre Mendès France de Grenoble 2, directeur du Centré d’études  et de recherches sur le droit et l’administration publique  (CERDAP)
* « A-t-on le droit d’enfermer son semblable ? »,  Alain Cugno, philosophe, ancien élève de l'ENS de Saint-Cloud et docteur d'État, a longtemps enseigné la philosophie, collaborateur de la revue Études, vice-président de la Fédération des associations Réflexion Action Prison et Justice  
Modératrice : Christiane Pernin, présidente de l’Association réflexion action prison et justice  (ARAPEJ, Loire et Cher).

La loi pénitentiaire, en discussion à l’Assemblée nationale cet automne, va une nouvelle fois enrichir l’ensemble des modalités de placement sous main de justice en introduisant pour les  personnes mises en examen qui encourent au moins deux ans d’emprisonnement, l’assignation à résidence avec surveillance électronique fixe ou mobile selon les cas. De l’exécution par le feu, la pendaison ou la décapitation, en place publique, aux corps suppliciés ou enfermés, au delà des mers, des maisons d’arrêt, centres de détentions ou centrales de la République à la « prison à domicile » rendue possible par les nouvelles technologies : mille façons pour la justice des hommes de contraindre le corps de celui qui a fauté. Aujourd’hui encore nous sommes confrontés à cet  « obscure espace du désir de punir »  (Jacques Guy Petit) que nous voudrions explorer en 3 temps : hier, aujourd’hui, demain. Avec cette question à la clef : de quel droit contraindre le corps de mon semblable ?                    
* Déplacements des intervenants financés par l’Association réflexion action prison et justice  (ARAPEJ, Loire et Cher).

* Contact :  pierre-victor.tournier@wanadoo.fr


*** ATTENTION, VOUS ENTREZ DANS UN ESPACE « MILITANT » ***

     Avertissement. La rédaction d’ACP ne partage pas nécessairement le positionnement politique des personnes physiques ou morales citées dans ces rubriques « militantes ». Par la diffusion de ces informations, elle souhaite simplement favoriser le débat d’idées dans le champ pénal, au delà des travaux scientifiques que cette lettre hebdomadaire a vocation à faire connaître.
*** EN REVENANT DE l’ASSEMBLÉE ***
- 14. – « En revenant de l’Assemblée », par Pierre V. Tournier

   * Assemblée nationale. Mardi 15 septembre 2009. 21h30, mon épouse et moi sommes dans les tribunes du public, invités par un député - c’est la règle -. Nous serons, ce soir-là 4 à constituer le « public ». Au plus fort de l’affluence les députés de la majorité seront une dizaine, ceux de l’opposition environ 25 : on reconnaîtra les plus actifs dans le débat Jean-Jacques Urvoa (universitaire, politiste), Dominique Raimbourg (avocat) et Serge Blisko (médecin), trois socialistes très au fait de ces questions, Noël Mamère (Vert, ancien journaliste) et Michel Vaxès (communiste, psychologue), mais aussi  les anciennes gardes des Sceaux Elisabeth Guigou et Marylise Lebranchu, George Pau-Langevin (avocate),  Christiane Taubira (économiste)… Tout en haut dans la tribune réservée aux journalistes – c’est la règle - 4 personnes : Sonya Faure, toute nouvelle titulaire de la rubrique « Justice » de Libération, Dominique Simonnot, ancienne de Libération aujourd’hui au Canard Enchaîné, Florence Aubenas, ancienne de Libération, aujourd’hui journaliste au Nouvel Observateur, métier qu’elle cumule avec la présidence de la section française [sic]  l’Observatoire « international » des prisons, accompagnée de son délégué national, permanent [sic] de l’OIP,  M. Patrick Marest. S’est-il trompé d’étage ? A moins qu’il n’ait une carte de presse, comme rédacteur en chef de Dedans-Dehors ! Tout est possible.
    Le point fort de la soirée (nous en sommes aux prolégomènes d’un débat qui durera  jusqu’au jeudi, tard dans la nuit), c’est l’intervention  d’Elizabeth Guigou : « De multiples voix se sont élevées ces dernières années pour mettre fin à ce scandale [de l’état des prisons] : les associations, les missions parlementaires de l’Assemblée nationale et au Sénat en 2000 et, plus récemment, le Président de la République devant le Congrès. Ce consensus républicain, si rare, devrait rendre possible une grande loi pénitentiaire. Hélas, le projet qui nous est soumis en urgence - première anomalie grave s'agissant des droits fondamentaux des personnes - est bien décevant. Dans les cinq minutes qui me sont imparties, je ferai cinq propositions – c’est ce que vous nous demandez – pour une grande loi de consensus.
« 1ère proposition : une loi qui respecte les règles européennes. Notre pays a été à de multiples reprises condamné par l’ONU, par le comité européen de prévention de la torture et par le Conseil de l’Europe. Le rapport Canivet, qui m’a été remis en 2000, a recommandé une loi pénitentiaire. Notre groupe, à l’initiative de Marylise Lebranchu, a rédigé des propositions de lois, malheureusement rejetées par votre majorité. Une seule des mesures que nous avons proposées a été retenue par votre gouvernement et votre majorité sous la pression de l’Europe : l’instauration d’un contrôleur général des peines privatives de liberté, poste que M. Delarue occupe de façon excellente. Mais, hélas, Mme Dati a décidé en mai dernier un moratoire sur l’application des règles pénitentiaires européennes. Ou est, dans votre projet, l’engagement de respecter intégralement les règles européennes ?
« 2ème proposition : faire une loi qui donnerait à l’administration pénitentiaire les moyens de remplir sa mission. Votre texte rappelle le sens de la peine. Mais où sont les moyens pour que le détenu prenne conscience de son acte, le regrette, accepte de payer sa dette à la société et ait la volonté, à la sortie, de ne pas recommencer ? Pour obtenir cela des détenus, il faut un suivi médical, social et judiciaire dès le début de la peine jusqu’à la sortie et, pour certains détenus, après la sortie. C’est ce que la loi de 1998 a prévu pour les délinquants sexuels. C’est le rôle des conseillers d’insertion et de probation qui, depuis 1999, interviennent aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur des prisons […].
3ème proposition : la prison doit respecter les lois de la République et la dignité des détenus. Or la prison est un lieu de violences en tous genres : entre détenus, du détenu sur lui-même – mutilations, suicides – violences sur les surveillants et parfois, hélas, de ceux-ci sur les détenus – isolement disciplinaire, fouilles corporelles. La prison doit redevenir un lieu où la loi et  les droits sont respectés car « on ne peut réinsérer une personne privée de liberté qu’en la traitant comme un citoyen » pour citer Guy Canivet. Certes, votre texte annonce des droits pour les détenus ; […] La vraie prévention des suicides dont nous avons besoin, « c’est chercher, non à contraindre le détenu à ne pas mourir, mais à le restaurer dans sa dimension d’acteur et de sujet de sa vie » comme l’affirmait ma circulaire de 1998. Il y a d’autres formes de violence : la saleté, les toilettes ouvertes aux regards, les cellules et douches insalubres, la promiscuité. Les règles européennes sont claires : chaque détenu doit pouvoir dormir dans un lit. J’aurai aimé le lire dans votre loi, car 500 détenus passent la nuit sur des matelas par terre.

« 4ème proposition : assurer une préparation sérieuse à la réinsertion. […] les sorties sèches, non préparées, poussent à la récidive. La solution est dans les aménagements de peine : bracelet électronique, semi-liberté, libération conditionnelle, placement à l’extérieur permettent des transitions entre la prison et l’extérieur. Quand aux courtes peines, il vaut mieux les exécuter ailleurs qu’en prison. Le texte initial prévoyait d’élever de un an à deux ans le seuil en dessous duquel il est possible d’exécuter la peine hors de prison. Sous les pressions, vous avez reculé puis ici même, cet après-midi, vous avez approuvé le seuil de deux ans ; tant mieux, mais c’est avec des conditions qui, pour les délinquants sexuels, ne me paraissent pas recevables. Enfin, aucune mesure d’humanisation ou d’aménagement ne sera correctement appliquée tant que subsistera la surpopulation actuelle. Quand des détenus sont entassés à trois ou quatre dans des cellules prévues pour un seul, l’hygiène est inexistante, les tensions et les agressions multipliées, les mouvements à l’intérieur de la prison limités, il y a moins de douches, de sorties de cellule pour le travail ou les visites médicales. Si l’on veut prévenir la récidive, il ne faut pas que les détenus restent 23 heures sur 24 en cellule mais qu’ils puissent travailler s’instruire, se soigner, faire du sport. Tout ceci est impossible en cas de surpopulation. […]. Et ne comptez pas résoudre le problème de la surpopulation en supprimant le droit à une cellule individuelle. Ce droit, voté en 1875, rendu obligatoire par la loi du 15 juin 2000 au plus tard pour 2003, date butoir sans cesse repoussée par vos prédécesseurs, a finalement été abandonné par Mme Dati et par vous, sous de faux prétextes. Je ne peux pas voter une loi qui supprime le droit à l’encellulement individuel.
« 5ème proposition : mettre en cohérence la politique pénale et la politique pénitentiaire. […] Il faut revenir à une politique globale, pénale et pénitentiaire, ferme vis-à-vis de la délinquance mais résolue à diversifier les peines et à faire de la détention provisoire l'exception. […]. Votre loi pénitentiaire, déjà bien timide, ne sera appliquée que si votre politique pénale change. On ne peut pas, avec les aménagements de peine, espérer vider des prisons quand on mène une politique pénale qui s'acharne à les remplir toujours plus. […]. Le seul vrai remède à la surpopulation est le changement de politique pénale.
Nous n’avons pas le droit d’applaudir mais le coeur y est.
* Assemblée nationale. Mardi 15 septembre 2009. 15h. De nouveau dans la tribune du public. Nous sommes nettement plus nombreux. Les députés aussi : aujourd’hui on commence à voter sur les amendements. Beaucoup de visages connus autour de nous. M. Patrick Marest (OIP) est redescendu retrouver sa place parmi les citoyens ordinaires. Mais, nouveau paradoxe, c’est maintenant un journaliste – un vrai de vrai - qui se trouve parmi nous, Erich Incyan, de médiapart. Il a décidé – quelle  belle idée - de suivre les débats en compagnie d’anciens détenus, puis de les inviter à s’exprimer (voir supra). Aujourd’hui il est accompagné de Michel Guérin avec qui j’ai sympathisé il y a déjà plusieurs années, compagnon de route - fidèle de chez fidèle - de mes combats et qui continue à « avoir la rage ». Je ne sais rien de son passé pénal et cela ne m’intéresse pas, n’ayant été ni son avocat, ni son  juge de l’application des peines, ni son conseiller d’insertion et de probation… Nous allons assister à un débat [sic] sur le sens de la peine  pendant lequel aucun orateur n’interviendra, - je dis bien aucun -  pour défendre la conception du Conseil de l’Europe sur cette question fondamentale, conception qui avait été retenue par le Sénat et biffée en commission des lois sur amendement du rapporteur Jean-Paul Garraud (UMP). Mais revenons sur cette page d’anthologie parlementaire.
   Débat en commission des lois : L’amendement CL 582 du rapporteur va constituer une régression essentielle par rapport au texte adopté par le Sénat en mars dernier. Il revient à supprimer la référence à la définition du sens de la peine introduite dans les règles pénitentiaires européennes (RPE) [préparer le condamné à une vie responsable et exempte d’infractions pénales] Pas moins ! Argument de J-P Garraud : « il n’apparaît pas souhaitable d’introduire dans la loi un terme aussi ouvert à l’interprétation que celui de  vie responsable ». Trop philosophique, pas assez juridique, pour l’ancien magistrat. Mais dans le même temps, il demande d’ajouter le mot « insertion » à « réinsertion » dans les objectifs de la peine… Est-ce plus juridique ? Timide résistance de Dominique Raimbourg (socialiste) : « Sauf erreur de ma part, la formulation :  ‘mener une vie responsable et exempte d’infractions’ est celle des règles pénitentiaires européennes ». Laurence Dumont (socialiste) reprend l’argument que nous avons développé à maintes reprises concernant cet article 1er A « Ne croyez-vous pas qu’il y manque un élément sur le sens de la privation de liberté quand aucune peine n’a encore été prononcée ? En France, le quart des détenus est en détention provisoire ! Ces détenus ne sont donc pas concernés par cet article dans son actuelle rédaction. » Le secrétaire d'État renvoie la chose à la prochaine réforme de la procédure pénale. Et l’amendement du rapporteur est adopté.
   Et la messe est dite sur le sens de la peine. Le quotidien Le Monde, daté du 19 septembre a résumé en deux mots ma position personnelle sur les débats et ses conclusions : « déçu et révolté ».  Je confirme. Reste que cette loi comprend des avancées très importantes que les plus réactionnaires des députés UMP n’ont pas réussi à remettre en cause. Ainsi, l’association extrémiste de droite dite « Institut pour la justice » (IPJ) n’a pas obtenu satisfaction contrairement à ce que prétend son meilleur soutien, le quotidien du milliardaire Dassault (La Figaro.fr, 23/9/09).
    Quant aux libertaires de la section française de l’Observatoire international des prisons, qui évidemment n’attendait rien de cette loi, ils sont surtout préoccupés, aujourd’hui, d’obtenir la tête du directeur de l’administration pénitentiaire, par tous les moyens (1). On a les ambitions que l’on peut ! Souvent en désaccord avec le DAP, je défendrai, s’il en était besoin, le « soldat d’Harcourt », pour son investissement décisif en vue de l’application des règles pénitentiaires du Conseil de l’Europe ; ces règles qui évidemment n’ont aucun sens pour les abolitionnistes de la prison et que l’IPJ combat avec la plus grande violence (2).    

Pierre V. Tournier

(1) Diffusion par M. Patrick Marest  (OIP) d’un courrier qui ne lui avait pas été adressé ! Il s’agit d’un courrier interne que le DAP a adressé à ses directeurs interrégionaux  et dans lequel il se réjouit, dans un style, certes très libre, des résultats obtenus à l’Assemblée nationale.  
(2) IPJ, Droit et Liberté n°4, de juillet - août, l’IPJ. On y lit dans le style guerrier caractéristique  de l’association : « Règles Pénitentiaires Européennes : l'Institut pour la Justice contre-attaque.  La France ne doit pas appliquer ces règles coûteuses, rédigées par des technocrates européens coupés des réalités du terrain. Elles mettent en danger la sécurité des prisons françaises, et risquent de ne plus dissuader les criminels de passer à l’acte. »
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- 15. – « Loi pénitentiaire : un rendez-vous manqué ? » Communiqué du Secours catholique (1)
    L’Assemblée Nationale a adopté le 22 septembre 2009, en deux jours et demi  de débats et selon la procédure d’urgence, le projet de loi pénitentiaire.
Si on le compare avec le texte précédemment adopté par le Sénat, force est de reconnaître que le  texte voté ne tient pas assez compte des points d’attention soulevés par le Secours Catholique et, d’ailleurs, par ses nombreux partenaires.
C’est le cas pour la définition de la mission pénitentiaire et du sens de la peine au regard de l’objectif central de réinsertion des personnes détenues. C’est également le cas pour les dispositions, très insuffisantes, relatives à la lutte contre la pauvreté, le travail en prison et le maintien des liens extérieurs.
Le caractère facultatif donné à l’encellulement individuel n’est pas acceptable.
La reconnaissance de la dignité de toute personne détenue et de sa capacité à se relever doit fonder une véritable réforme de la prison.
Pour que la loi pénitentiaire, attendue de longue date, ne soit pas un rendez-vous manqué, le Secours Catholique espère que la commission mixte paritaire, dernière étape de la décision parlementaire, rectifie et complète substantiellement le projet de loi.
Equipe Nationale Prison,
22 septembre 2009
(1) Le Secours catholique (67 000 bénévoles) est signataire de l’appel « La prison à la recherche d’un consensus ».
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- 16. – « Loi pénitentiaire : vivons nous encore en démocratie ? » par Martine Herzog-Evans, professeur à l’Université de Reims, http://herzog-evans.com  , 19 sept. 2009

Je n’ai pas pour habitude de faire de la politique au sens strict. Même si mon intérêt pour les questions pénitentiaires et de l’exécution des peines me fait cataloguer bien à tort par bien des personnes – ha ! cette propension si française à l’étiquetage ! –, du côté de la plus à gauche des gauches, je préfère d’ordinaire les débats scientifiques et l’analyse juridique ou criminologique au tapage politicien et rêve, sans doute naïvement, à un travail en commun « bipartisan » comme le disent les américains.
L’adoption de nuit, deux jours plus tôt que prévu, de la loi pénitentiaire, me conduit à de sortir de ma réserve d’universitaire.
Quelle est donc en effet cette Constitution qui permet de saborder le travail législatif en une seule lecture d’un texte si attendu et si important ?!
Quel est ce gouvernement qui déclare l’urgence, mais fait traîner les choses, puis accélère soudain le rythme pour annoncer qu’il faudra produire des amendements en quelques jours après la rentrée, juste avant les vacances d’août, avec pour résultat de désarmer une opposition qui, pourtant, il faut le saluer, a réussi à produire des centaines d’amendements en un temps record ?
Quel est cette « représentation nationale » qui rejette la quasi-totalité des amendements que lui propose l’opposition par pur principe, même quand manifestement, elle aurait pu faire ici et là quelques concessions (ce que le Sénat, pourtant souvent moqué pour son mode de recrutement et l’âge de ses élus, est, quant à lui, capable de faire) ?
Quel est ce pays dont la culture démocratique déjà fragile, fuit à toutes jambes sous les coups de boutoir d’un exécutif hyperphagique, qui ne tolère ni judiciaire ni législatif et entend tout dominer lui-même ou au travers de ses subordonnés ?
Cela faisait dix longues années que l’on attendait la « grande » loi pénitentiaire.
Dix longues années au cours desquelles la surpopulation proprement démoniaque d’un côté, l’évolution remarquable de la jurisprudence administrative et européenne et les fameuses règles pénitentiaires européennes de 2006 (RPE), de l’autre, aurons créé un cocktail détonnant, rendant plus indispensable encore qu’en 2000, une réforme en profondeur, travaillée, structurée, cohérente et pensée, de toute l’exécution des peines.
La commande était claire :
- Respecter les RPE et la jurisprudence tant interne qu’européenne ;
- Rétablir une hiérarchie des normes totalement renversée où, longtemps sûre d’impunité, l’administration pénitentiaire (AP) produisait des circulaires ou décrets relevant de loi, voire la violant ;
- Mettre un terme à la toute puissance de l’AP, qui menait des politiques de ségrégation des détenus autour du concept nullissime, sur le plan criminologique, de dangerosité pénitentiaire ;
- Améliorer de manière radicale les liens familiaux et contacts avec l’extérieur, supprimer les actes les plus attentatoires à la dignité, comme la fouille intégrale, aligner le régime disciplinaire sur les standards européens (et not. l’art. 6 de la Convention européenne des droits de l’homme) ;
- aligner, autant que faire se peut, le droit pénitentiaire sur le droit commun, sauf nécessité impérative fondée sur un concept de sécurité – et non de pure ordre interne ;
- confirmer la juridictionnalisation de l’application des peines en améliorant le régime processuel et orientant l’ensemble de l’action dans ce domaine sur une probation équilibrée entre aide, soutien, contrainte et contrôle.
Au lieu de cela nous avons eu :
- La validation législative du port et de l’usage des armes, des fouilles intégrales et des investigations corporelles internes ;
- L’exception possible à la plupart des droits concédés au nom des concepts totalement flous et souverainement interprétés par l’AP, de sécurité et d’ordre ;
- Au mieux, du droit constant, au pire, et en bien des points, des régressions manifestes ;
- Une authentique escroquerie consistant à prétendre respecter les RPE tout en les bafouant article après article ;
- La validation des régimes différenciés, que mettait déjà en place l’AP sans texte, laquelle nous fait entrer résolument dans l’ère de la pénologie post moderne importée des Etats-Unis, alors que là bas on commence enfin à en revenir ;
- La régression considérable de la juridictionnalisation, pourtant saluée par tous, et qui venait d’être achevée en 2000-2004, en raison d’une double détestation de ce gouvernement pour l’indépendance du judiciaire et d’une volonté forcenée d’imposer un contenu déterminé à ses décisions, ce, au profit de subordonnés de l’exécutif : travailleurs sociaux du SPIP, chef d’établissement, ou du parquet ;
- La régression de la bonne probation, les travailleurs sociaux étant détournés de leur métier de terrain, soit le suivi des condamnés, au profit de la préparation et de la rédaction de décisions de justice ;
- La régression de l’individualisation – déjà en marche avec les lois de 2005, 2007 et 2008 – au profit de prétendues aménagements de peine qui s’apparentent en réalité en des grâces électroniques non préparées, qui n’augurent rien de bon en termes de suivi des obligations et de récidive ;
- L’irrespect permanent de l’article 34, puisque le pouvoir réglementaire – donc en pratique l’entière liberté de l’AP pour produire les normes qui la régissent – se voit confirmé dans sa toute puissance et traitera de l’essentiel.
Dix longues années pour assister à un débat qui aurait été pathétique si quelques rares militants ou passionnés de la cause et question pénitentiaire n’avaient travaillé, dans des conditions indignes de précipitation. Saluons tout particulièrement ici le député Jean-Jacques Urvoas, qui aura certainement sauvé l’honneur d’une assemblée nationale réduite au rôle de chambre d’enregistrement de la voix de son maître.
Faisons donc de la politique et rêvons à une véritable opposition, qui travaillera loin des débats autour de : « elle ou lui ? », sur des dossiers comme celui-ci, de manière approfondie et posée, en attendant la fameuse échéance de 2012, puisque dans cette Constitution et ce pays, tout dépend d’un seul homme – et pourra d’ici là présenter un projet alternatif digne.


***  TENTATIVE DE SUICIDE Á LA PJJ ***
- 17. - Communiqué du SNPES-PJJ FSU, 17 Septembre 2009 Tentative de suicide de la  directrice départementale de la Protection judiciaire de la Jeunesse de Paris 

Autoritarisme, Maltraitance des Personnels, Souffrance Professionnelle. Ça suffit ! Nous avons appris la tentative de suicide par défenestration de la Directrice départementale de Paris survenue sur son lieu de travail au moment du premier collège de direction de l’année, le mardi 15 septembre 2009, quelques jours après une réunion qui s’est tenue à la Direction Interrégionale Ile de France. Cet événement arrive dans un contexte de restructuration des services. Ce passage à l’acte d’une extrême violence, intervient dans un climat particulièrement oppressant. Il témoigne d’une brutalité institutionnelle subie par tous les professionnels de la PJJ sans précédent à tous les échelons. Au nom des impératifs dictés par la RGPP, le Projet Stratégique National et de la  LOLF, l’approche strictement comptable des missions de la Protection Judiciaire de la Jeunesse et des personnels nécessaires à la mise en œuvre des orientations,  déshumanise totalement les relations entre les professionnels, et dégrade profondément l’action éducative vis-à-vis des mineurs pris en charge. Sur les terrains comme dans tous les services, les personnels, qui prennent en charges les jeunes, sont de plus en plus isolés dans leur travail et voient leurs savoirs professionnels de moins en moins reconnus. Ils subissent des pressions permanentes insupportables pour obtempérer aux injonctions, répondre aux objectifs, augmenter la charge de travail qui génèrent stress et angoisses. C’est ce genre de méthodes utilisées à Renault et France Télécom qui ont déclenché une succession d’actes dramatiques.
Les personnels de la région Ile de France ont décidé d’un rassemblement à la Direction régionale le Vendredi 18 septembre 2009 à 17 heures pour manifester leur émotion et faire entendre leurs exigences.
   Face à la gravité de la situation, le SNPES-PJJ FSU syndicat majoritaire à la Protection Judiciaire de la jeunesse va interpeller solennellement  Mme Michelle Alliot-Marie, Garde des Sceaux, Monsieur Cabourdin, Directeur de la PJJ, afin qu’ils nous entendent et suspendent la mise en place des orientations actuelles, le démantèlement à marche forcée des services, la mise au pas des personnels et les pressions à tous les niveaux de notre institution. Le Bureau National.

*** INITIATIVE  ***
- 18. -  Initiative de l’Association nationale des visiteurs de prison (ANVP). Parmi les axes de réflexion proposés à la dernière assemblée générale, celui sur la situation des étrangers en prison a été retenu. L'ANVP a mis en place un groupe de réflexion pour prendre en compte les besoins spécifiques des ressortissants étrangers dans les prisons françaises (environ 16 % de la population carcérale)  michel.hamard@wanadoo.fr.

***  DES MAINTENANT EN EUROPE   ***
- 19. – RAPPEL.– PARIS.  Samedi 3 octobre 2009. 10h – 13h. 5èmes Ateliers d’automne du club DES Maintenant en Europe.

- Entrée libre et sans inscription -
- Lieu : Cité Saint-Martin, 4, rue de l’Arsenal, Paris 4ème, salle Van Gogh, métro Bastille
* 1er temps : « De quoi avons-nous si peur ? ». Avec Alain Cugno. 

* 2ème temps : « Politiques pénales,  les enjeux de la période ». Débat animé par Pierre V. Tournier.  

Alain Cugno vient de publier l’essai intitulé « De l’angoisse à la liberté. Apologie de l’indifférence », Editions Forum Salvator, mai 2009, 200 pages,  18€.
Présentation de l’éditeur : « La pathologie de notre époque gravite autour de la compassion : une sacralisation terrible et meurtrière de la victime à qui nous demandons de représenter le sacré absent. Il faut penser autrement la transcendance, lui permettre de fonder de tout autres relations entre nous, des relations qui nous détachent les uns des autres, nous permettent de nous adresser les uns aux autres librement. Il y faut une certaine indifférence car, aussi bien dans la vie affective que dans la vie politique, ce n’est que si nous ne nous effondrons pas lorsque l’autre ne répond pas à notre attente que nous pouvons vivre ensemble de façon authentique. Pour s’en sortir il importe de se demander où nous sommes, aujourd’hui, réellement vivants. La réponse : une certaine conception de la culture, en particulier un certain rapport aux oeuvres d’art qui témoigne d’une mutation profonde de la rationalité. Elle nous permet de penser comme jamais la diversité sur la base de l’universalité paradoxale de la singularité, de la solitude originelle vécue comme heureuse. Le bonheur d’être précède la communauté politique et l’engendre. »
Alain Cugno est philosophe, ancien élève de l'ENS de Saint-Cloud et docteur d'État. Il a longtemps enseigné la philosophie. Il est l'auteur notamment de L'Existence du mal et de La Blessure amoureuse. Collaborateur de la revue Études, il est aussi vice-président de la Fédération des associations Réflexion Action Prison et Justice.

*** COURRIELS DES LECTEURS ***
- 20. - Courriel de Jean-Loup Gajac.

A propos de la chronique de PVT « La statistique et les services : ‘Prisons pour femmes’, Leçon n°5 ». Où il était question des 367 femmes recensées par les services comme portant la burqua, ACP, n°151-152, 14 septembre 2009. 
  

Bonjour. Je travaille à la Réunion depuis 20 ans. J'ai 59 ans. J'ai eu l'occasion de vous serrer la main "furtivement", lors d'une formation continue en juillet organisée par l'Ecole nationale de la magistrature « la prison en questions", parmi tant de gens. Nous avions échangé une fois par écrit sur les centres de rétention administrative. Je rediffuse « ACP » depuis longtemps ainsi que toute information concernant les prisons à environs 120 personnes de la Réunion (la plupart fonctionnaires mais aussi associations, LDH, CHRS, psy, JAP, etc. ...).
  Un "détail", pour répondre à votre article sur les visages masqués de musulmanes "salafistes" : nous avons ici à la Réunion pas mal de musulmans de toutes origines et traditions.
Le problème du voile intégral est aussi marginal qu'en Métropole mais ici ne dérange personne, sinon les intéressées lorsqu'il fait chaud ! Il n'y a JAMAIS eu aucun problème, la plupart de celles qui sont entièrement voilées (du visage) allant à la Medersa et ne poursuivant pas d'études puisque dans ces milieux les femmes ne font pas d'études, ni ne travaillent en dehors de la maison, le plus souvent. Elles ne sortent que très peu de la maison. Je suppose que chez les Juives de telle ou telle secte ou Témoins de Jehova ou d'autres encore il doit y avoir aussi des choix de vie identiques. 
Ce qui est intéressant à la Réunion, c'est que les filles ont toujours été acceptées à l'école avec leurs voiles sur la tête. Pour les Comoriennes, les Mahoraises, les Indo-Musulmanes, il n'y a pas eu ici de rejet. Comme à Maurice, où les Hindoues aussi ont culturellement intégré le port du voile (qui existe depuis deux millénaires en Inde et ailleurs), à la Réunion on sait depuis toujours qu'il ne faut pas réduire la personne à son aspect vestimentaire. 
    Sauf votre respect, une barbe imposante (1) ne signifie pas qu'on soit adepte du terrorisme. De même, une tête couverte ne signifie pas obscurantisme et soumission. Personne ici ne comprend cette soudaine compassion de l'Etat Français pour les "pauvres musulmanes voilées" qu'il faut défendre contre elles-mêmes !
C'est même joli et agréable de voir par exemple le sari envelopper la femme dans des couleurs et mouvements gracieux, alors même qu'elle aurait un corps trop maigre ou trop gras ...
Un intégriste laïc tout frais débarqué de Métropole au Rectorat de la Réunion a voulu imposer ici aux jeunes filles d'enlever leur voile de tête à l'école ; il y a eu un tollé général contre lui, il a vite fait de la mettre en veilleuse. La Métropole pourrait venir ici voir comment se passe la cohabitation de tant de cultures au sein de la République et en tirer des enseignements précieux au lieu de servir la soupe au Front National.
Il en va différemment des femmes adultes qui se voilent le visage de façon intégrale, mais est-ce aussi grave ?
Le monde occidental est si terriblement indifférent et agressif qu'on peut comprendre le processus qui conduit certaines communautés à se serrer les coudes et à réagir par des affirmations abusives de leur liberté religieuse. Le repli identitaire est provoqué par le rejet et vice-versa, mais qui, de la poule et de l'oeuf ... ?
De même que le terrorisme d'Etat de certains pays occidentaux a exacerbé les réactions terroristes, de même que les Twin Towers sont tombées suite aux multiples agressions commises par les faucons américains pendant un demi-siècle depuis Hiroshima qui a inauguré 50 années de pillages des ressources et de morts sur tout le globe, de même toutes les dérives communautaristes ne peuvent être combattues que par la justice sociale et les solidarités envers les plus démunis.
Si on laisse ce gouvernement briser ainsi les acquis sociaux de 50 années de luttes, par exemple supprimer les Juges d'Instruction pour protéger les grands réseaux de corruption, etc. ... etc. ..., on réactive forcément les violences réactionnelles. Que peut prétendre imposer comme valeurs morales un Etat qui les bafoue lui-même quotidiennement ?  
Il y a tant de gens qui se voilent la face sur les conséquences gravissimes de certaines orientations politiques de notre gouvernement, que pour moi, les cris d'effroi devant le voilement de quelques femmes ne peut que me faire sourire. En toute maladie, il ne faudrait pas confondre le symptôme avec la cause originelle. Bien à vous.

(1) Pour ceux et celles qui ne me connaissent pas, je porte une barbe parfois abondante – c’est selon la saison - PVT.
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- 21.  - RETOUR sur le passé…
A propos d’Emmanuel Jaffelin, professeur de philosophie en terminale au Lycée Lakanal, Sceaux, auteur d’un texte (foucaldien à souhait !) dans Le Monde daté du samedi 5 septembre 2009.
    Dans ACP, n°151-152, 14 septembre 2009, j’écrivais ceci : « resucée de la pensée foucaldienne, le texte de M. Jaffelin s’intitule Un système absurde dans une démocratie moderne. Au delà de l’humiliation, il est devenu plus meurtrier que la peine de mort. Si les mots ont un sens, M. Jaffelin pourrait-il nous dire à quelle époque il y avait dans notre pays, plus d’exécutions capitales, dans l’année, que de suicides dans les prisons ? Il nous rappelle que Nietzsche avait proclamé la mort de Dieu » [Le Diable en rit encore], Hegel avait annoncé la fin de l’histoire [mais ça continue de plus belle], Foucault avait diagnostiqué la mort de l’homme » [sans la taxe carbone, ça c’est possible] et M. Jaffelin prenant place dans cette prestigieuse lignée nous annonce la mort de la prison et la fin du système pénal. En attendant, « le mal court ». Aucun philosophe n’a encore annoncé son crépuscule. » 
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    A lire la lettre de 4 pages qu’il m’a adressée par la poste après avoir lu mes propos sur un site d’internet, M. Jaffelin n’a pas vraiment apprécié mon humour philosophique. Il ne semble pas non plus que la question du « Mal » l’intéresse. Dommage pour ses élèves ! Les dernières lignes donnent bien le ton de son courrier. Et l’on comprendra que je ne reproduise pas ici la diatribe dans sa totalité : « Monsieur l’Arpenteur, s’il m’arrive un jour, en haut lieu, de pouvoir évoquer votre nom pour suggérer que vous cessiez de croupir au CNRS afin de trôner en majesté dans les jardins du Palais Royal [sic] non en tant qu’intermittent de la chose pénale à qui l’on confie la fonction ronflante mais inutile de « conseiller scientifique »  ou une « « lettre de mission » (c’est mieux que de « cachet ») de la direction de l’administration pénitentiaire, mais comme Garde des Sceaux, croyez bien que je le ferai et que je mettrai toutes mes forces de conviction pour cela. En échange, si j’ose dire, j’aimerais que vous me fassiez l’honneur, à temps perdu, de compter les colonnes de Buren car leur habillage psychédélique me donne le tournis.  Au temps pour moi, Pénalement vôtre ».
   Il est drôle  notre professeur de philosophie de Lakanal ? Non ? Il se trouve que j’ai toujours aimé les colonnes de Buren. Quand mes filles étaient petites, on allait souvent jouer, dans cet espace si ludique. On courrait  autour, on se cachait derrière,  elles montaient sur les plus accessibles,  elles se faisaient hisser sur les plus grandes, pour se faire peur, pour nous faire peur. Mais, il ne m’est jamais venu à l’idée de les compter ! Comme chacun peut l’imaginer, au cours  de  mes recherches, je me pose généralement deux questions, souvent simultanément : comment compter ?  et pourquoi ? Oui pourquoi ? Pour les colonnes, pas de difficulté méthodologique (facile !) mais pour le pourquoi les compter ? Je n’ai pas été chargé d’évaluer le coût de leur restauration (en cours). Enfin, pour ceux qui l’ignoreraient, comme M. de Lakanal, le Ministère de la Justice ce n’est pas au Palais Royal (1) mais place Vendôme. Et là il n’y a qu’une seule colonne, la colonne Vendôme. Je l’ai mesuré, elle fait 3,60 mètres de diamètre moyen [sic] et 44,3 mètres de haut environ. Mais, en réfléchissant, je ne sais plus si j’ai compté le bonhomme qui est au sommet. Il faudra que j’y retourne et en passant dans le quartier, j’irai  compter les colonnes à Dany.

Pierre V. Tournier, ancien interne au Lycée Lakanal (1968-1971)


(1) On y trouve le  Conseil d’État, le Conseil constitutionnel, le Ministère de la Culture et  la Comédie-Française.

*** UNION EUROPEENNE ***
- 22. - Source : La Lettre de la Fondation Robert Schuman

Terrorisme. La Commission européenne a adopté le 10 septembre un panel de mesures visant à permettre aux services répressifs des pays membres de consulter la base de données EURODAC afin de lutter contre le terrorisme et les autres infractions pénales graves, à l'instar du trafic de stupéfiants. Ces mesures constituent également une réponse aux suggestions des eurodéputés et du Conseil visant à rendre la base de données EURODAC plus efficace. Parallèlement, un train de mesures de sauvegarde destinées à protéger les données à caractère personnel a également été prévu. Le vice-président de la Commission européenne chargé de la Justice, liberté et sécurité, Jacques Barrot, a affirmé que les problèmes liés à la coopération transfrontalière doivent être résolus par "une action coordonnée au niveau de l'Union".
Serbie : Criminalité. Une conférence des ministres de l'Intérieur des pays de l'Europe du Sud-Est a été organisée le 9 septembre en Serbie. L'objectif était de poursuivre la coopération en matière de lutte contre le crime organisé, le terrorisme et la corruption. A cette occasion, le ministre de l'Intérieur serbe, Iviva Dacic, a annoncé qu'une conférence des ministres de l'Intérieur et de la Justice de la région, accompagnés de représentants de la Commission européenne, sera organisée à Belgrade au cours du mois de septembre. L'objectif est d'établir une coopération totale afin d'optimiser l'échange d'informations et prévenir ainsi toute forme d'activité criminelle, notamment en vue des risques amenés par la future libéralisation des visas dans les pays des Balkans occidentaux.

Annuaire 2009. Eurostat a publié, le 18 septembre, son annuaire 2009, "L'Europe en chiffres". Cet annuaire reprend une sélection de plus de 500 pages de statistiques que possède Eurostat, accompagnées de textes explicatifs. Il s'agit d'un annuaire introductif aux statistiques dans l'Union européenne et sert également de guide pour parcourir un large panel de données gratuites sur Internet. L'annuaire offre une vue de l'évolution des indicateurs clés dans l'Union, la zone euro, les États membres, ou les pays candidats, l'AELE, les États-Unis et le Japon, lorsqu'ils sont

*** FROM CENTRE FOR PRISON STUDIES, LONDON ***

- 23. - Information from Helen Fair, Research Associate, International Centre for Prison Studies, School of Law King's College London.
US death row prisoner 'traumatised' after failed execution
http://www.guardian.co.uk/world/2009/sep/17/us-failed-execution-prisoner-traumatised  
Call for £20m town prison investment
http://www.shropshirestar.com/2009/09/18/call-for-20m-town-prison-investment/  
Drug-free prisons would require 'cruel system' (Ireland)
http://www.irishtimes.com/newspaper/ireland/2009/0918/1224254799942.html  
Geneva to build new prison places for 500 (Switzerland)
http://genevalunch.com/2009/09/16/geneva-to-build-new-prison-places-for-500/  
Why should prisoners be denied the vote?
http://www.guardian.co.uk/commentisfree/libertycentral/2009/sep/19/prisoners-vote-human-rights  
Scheme sees re-offending success
http://news.bbc.co.uk/1/hi/england/derbyshire/8264268.stm  
Jack Straw calls for heroin on prescription
http://www.telegraph.co.uk/health/healthnews/6211891/Jack-Straw-calls-for-heroin-on-prescription.html  
Minister: Prisoner level highest ever (New Zealand)
http://www.nzherald.co.nz/nz/news/article.cfm?c_id=1&objectid=10598722  
Rape victims treatment reviewed
http://news.bbc.co.uk/1/hi/uk/8267866.stm  
High-security prison 'driving remand prisoners mad' (Australia)
http://www.abc.net.au/news/stories/2009/09/22/2692740.htm?section=justin  
Bid to stop persistent criminals
http://news.bbc.co.uk/1/hi/england/leicestershire/8267378.stm  
Mozambique convicts dig for dinner
http://news.bbc.co.uk/1/hi/world/africa/8261733.stm  

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lundi 21 septembre 2009

ACP 153-154

N°  Spécial  « Loi pénitentiaire »

ACP N°153-154
 Paris, le 21 septembre 2009
Arpenter le Champ Pénal
Approche indisciplinaire
                                                                                    7ème année
     Directeur de la publication : Pierre V. Tournier

    PARIS. Mardi 22 septembre 2009. 17h30. 19h. 1ère réunion du comité d’initiative en vue de la préparation du 10ème anniversaire de la loi du 15 juin 2000 « renforçant la protection de la présomption d'innocence et les droits des victimes ». L’Université Paris 1 organise, le vendredi 18 juin et samedi 19 juin 2010, un colloque international ayant pour thème « l’Année 2000 et la question pénale en France » sous la responsabilité scientifique de Pierre V. Tournier. 
- Lieu de cette 1ère réunion : Centre d’histoire sociale du XXe siècle, 9 rue Malher, Paris 4ème  (6ème étage, métro Saint Paul).   Ouvert à toutes et à tous.

 Attendez-vous à trouver …
    Appel « La prison à la recherche d’un consensus »
    Les comptes du lundi « chaque nuit, 500 détenus dorment par terre »
    Loi pénitentiaire, flash back  
    Le kiosque
   
    OPALE : Situation de la population  sous écrou au 1er septembre 2009
    Paris 1, séminaire « Enfermements, Justice et Libertés dans les sociétés contemporaines
    Pessac, Comment enquêter dans les lieux d’enfermement ?
    Lyon, La défense pénale
   
    Un prophète, suite, par Jean-Christophe Tournier
   
    Courriels des lecteurs, du Dedans et du Dehors

    Militantismes
   Communiqués du Syndicat de la magistrature
  Des Maintenant en Europe, 5ème ateliers d’automne   
  Du coté  des radicaux : rien de nouveau
  
  International                                                                                                




                                                                          
  
*** RAPPEL ***
  Appel du 1er septembre 2009 aux Membres du Parlement
La prison à la recherche d’un consensus


signature@appel.loipenitentiaire.fr  ;  info@appel.loipenitentiaire.fr ;   http://appel.loipenitentiaire


Extrait. […] Nous souhaitons que la majorité actuelle, élue sur un programme qui faisait explicitement référence à l’application des règles pénitentiaires respecte ses engagements. Nous souhaitons que les groupes de la majorité et de l’opposition aient la sagesse de s’atteler, ensemble, à l’amélioration du texte du Sénat, sur tel ou tel point, en retrouvant l’esprit de consensus des rapports parlementaires de l’année 2000.
Les 21 personnes morales signataires
ACAT, Anne-Cécile Antoni présidente d’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture, France
AFC, Alain Blanc, magistrat, président de l’Association française de criminologie

ANITeA, Jean-Pierre Couteron, président de l’Association national des intervenants en toxicomanie   et addictologie
ANJAP,   Martine Lebrun, magistrat,  présidente  de l’Association nationale des juges de l‘application des peines


ARAPEJ-Ile de France, Marie Brossy-Patin, magistrat, présidente de l’Association réflexion, action, prison et justice
Aumônerie nationale catholique des prisons, Vincent Leclair, aumônier général
Association des Anciens du GENEPI, Bruno Vincent, président

ANVP, Marie-Paule Héraud, présidente de l’Association Nationale des Visiteurs de Prison
CFDT-INTERCO, Olivier Mourot, Secrétaire général adjoint de la Fédération CFDT-INTERCO (Ministère de la Justice, Ministère de l’Intérieur…)

DES Maintenant en Europe, Pierre V. Tournier, animateur du club Déviances Et Social-démocratie maintenant en Europe


FARAPEJ, Alain Cugno et  Christiane Pernin,  vices présidents de la Fédération  des associations réflexion, action, prison et justice  
FNARS, Nicole Maestracci, magistrat, présidente de la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion  sociale


F3A, Patrick Fouilland, médecin, président de la Fédération des acteurs de l'alcoologie et de l'addictologie


GENEPI, Chirine Heydari, présidente du Groupement étudiant national d'enseignement aux personnes incarcérées
JR,  Lopez Branco,  président de Jeune République

MRS,  Xavier Larere, conseiller d'Etat honoraire, président du Mouvement de réinsertion sociale
PCD, Christine Boutin, ancien ministre, présidente du Parti Chrétien Démocrate

Secours catholique, Caritas France, François Soulage, président du  Secours catholique, Caritas France
SNCP-CGC, Sébastien Cauwel, directeur adjoint du centre pénitentiaire de Borgo, Secrétaire général du Syndicat national des cadres pénitentiaires - CGC


SNEPAP FSU, Sophie Desbruyères secrétaire générale du Syndical national de l’Ensemble des personnels pénitentiaires,  Fédération syndicale unitaire (FSU)
UFRAMA, Jeannette Favre, président de l’Union nationale des fédérations régionales des associations des maisons d’accueil des familles et proches de personnes incarcérées


Et plus de 700 fonctionnaires pénitentiaires, avocats, fonctionnaires de police, universitaires, magistrats, étudiants, chercheurs, travailleurs sociaux, médecins, personnels de santé, hommes et femmes de métiers très divers, retraités, proches de personnes détenues, anciens détenus, militants bénévoles intervenant dans les prisons, hommes et femmes d’église, élus de la Nation…
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- La collecte des signatures continue –
signature@appel.loipenitentiaire.fr  ;  info@appel.loipenitentiaire.fr ;   http://appel.loipenitentiaire

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- 2. - Assemblée Nationale. Mardi 15 septembre. M. Jean-Jacques Urvoas au nom du Groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche.  […] « Madame la garde des sceaux, monsieur le secrétaire d’État, monsieur le rapporteur, nos prisons sont pleines, mais elles sont vides de sens. Aussi notre défi, ici, ensemble, est-il de répondre à cette question toute simple : comment faire pour rendre la prison enfin utile, pour qu’elle se transforme en école de la réinsertion, alors qu’elle n’est aujourd’hui que l’antichambre de la récidive, pour que le nécessaire temps de la sanction ne soit plus celui du châtiment ou de l’expiation, pour qu’enfin notre pays abandonne ce que notre collègue Christophe Caresche a un jour baptisé très justement sa « culture du cachot » ?
Ces objectifs, madame la garde des sceaux, nous prétendons les partager, nous utilisons d’ailleurs parfois les mêmes mots pour les décrire. « Une majorité d’idée » peut donc naître selon nous dans cet hémicycle, répondant ainsi à l’appel lancé autour de Pierre Victor Tournier, par quinze associations, syndicats, clubs de réflexion, et plus de cinq cents personnalités.
Sans doute stimulé par la mise en œuvre de la nouvelle procédure parlementaire, conformément aussi à sa tradition volontiers frondeuse à l’égard de l’exécutif, le Sénat a montré la voie. La « loi Lecerf », comme l’avait judicieusement baptisée Robert Badinter, modifiait substantiellement et souvent dans le bon sens le très décevant projet du Gouvernement. Mais, si les sénateurs ont fait ce qu’ils pouvaient, eu égard à la teneur du projet de loi qui leur était soumis, il était assurément difficile d’en attendre des miracles. Quelques gouttes d’eau versées dans un désert aride n’ont jamais eu pour effet de le transformer en pays de cocagne […]


*** LES COMPTES DU LUNDI ***
- 3. – « Chaque nuit, 500 détenus dorment par terre dans des cellules surpeuplées »

    Suites de la conférence de presse de lundi dernier organisée par le Club « Des Maintenant en Europe », avec la participation de la FARAPEJ, l’ANVP, le GENEPI, le Secours catholique, l’aumônerie catholique des prisons et des personnalités signataires de l’appel « La prison à la recherche d’un consensus ». Médias représentés : France Inter, France Culture, Libération, Médiapart, Lien Social, France Soir.


* Lu sur Médiapart, Article d’Erich Incyan. Extrait.


« Annonçant un «combat contre la réaction», lundi 14 septembre, le chercheur spécialisé Pierre V. Tournier voudrait que la majorité présidentielle respectât ses engagements. Car il y avait toujours 11 411 détenus en surnombre dans les prisons françaises (pour 51 009 places officielles et une population de 62 420 détenus, au 1er août). Avec une autre statistique restée jusqu'alors confidentielle : « 500 détenus dorment par terre, sur des matelas installés pour la nuit » (1), a indiqué le chercheur spécialisé, grand arpenteur du champ pénal. Ce dernier vient de lancer un appel aux parlementaires pour trouver un «consensus dur » sur la question des prisons. 
« Le contexte ne se prête certainement pas aux solutions simplistes inspirées de tel ou tel dogmatisme quand la société est confrontée à la surpopulation endémique des maisons d'arrêt, à la crise de sursuicidité carcérale (sans doute liée à la présence de nombre de personnes détenues pour faits de violence et/ ou atteintes de troubles mentaux) et, en amont, à l'augmentation des violences constatées par les services de police et de gendarmerie, aux tensions dans les cités, à la détérioration, du fait de la crise, des conditions de vie de tant de nos concitoyens », indique cet appel. Lancé début septembre, le texte a déjà obtenu plus de cinq cents signatures, dont des syndicats pénitentiaires, des visiteurs de prison, et même (fait exceptionnel) un directeur d'établissement pénitentiaire (2) « On est déçu», a ajouté Florence Aubenas, ce même lundi, au nom de l'Observatoire international des prisons. Elue en juillet 2009 présidente de l'OIP, la journaliste […]


(1) D’après nos informations, le nombre de matelas utilisés était d’environ 800 il y a un an ( soit -  37 % en douze mois). En fait le maximum aurait été atteint  fin  2008 avec 1 100 matelas utilisés.

(2) Le directeur de la maison d’arrêt de Nanterre, signataire de l’appel était certes présent à la conférence de presse, mais ce sont des dizaines de fonctionnaires pénitentiaires qui ont signé aux cotés des organisations de « la société civile » et de centaines de citoyennes et de citoyens de toutes sensibilités philosophiques.  


*** LOI PENITENTIAIRE ***
- 4. - Quelques brèves remarques à propos du texte après discussion à la commission des lois de l’Assemblée nationale.
a. - Le sens de la peine (Art. 1er A).


    L’amendement CL 582 du rapporteur Jean-Paul Garraud (UMP) constitue une régression essentielle par rapport au texte adopté par le Sénat en mars dernier. Il revient à supprimer la référence à la définition du sens de la peine introduite dans les règles pénitentiaires européennes (RPE) [préparer le condamné à une vie responsable et exempte d’infractions pénales] Pas moins ! Argument de J-P Garraud : « il n’apparaît pas souhaitable d’introduire dans la loi un terme aussi ouvert à l’interprétation que celui de  vie responsable ». Trop philosophique, pas assez juridique, pour l’ancien magistrat. Mais dans le même temps, il demande d’ajouter le mot « insertion » à « réinsertion » dans les objectifs de la peine… Est-ce plus juridique ? Timide résistance de Dominique Raimbourg (socialiste) : « Sauf erreur de ma part, la formulation :  ‘mener une vie responsable et exempte d’infractions’ est celle des règles pénitentiaires européennes ». Laurence Dumont (socialiste) reprend l’argument que nous avons développé à maintes reprises concernant cet article 1er A (1) « Ne croyez-vous pas qu’il y manque un élément sur le sens de la privation de liberté quand aucune peine n’a encore été prononcée ? En France, le quart des détenus est en détention provisoire ! Ces détenus ne sont donc pas concernés par cet article dans son actuelle rédaction. » Le secrétaire d'État renvoie la chose à la prochaine réforme de la procédure pénale. Et l’amendement du rapporteur est adopté.
b. - Observatoire en matière pénale (Art. 2 quinquies)


   Le rapporteur dépose l’amendement CL 587 qui me donne raison sur un point (2) : on renonce à la production de taux de récidive annuels par établissement, prévu dans le texte du Sénat. Dominique Raimbourg : « Nous sommes favorables à cet amendement. Cela dit, quel sera le rapport entre l’observatoire ainsi crée et l’Observatoire national de la délinquance ? Envisage-t-on une fusion des deux organismes ? ». Dommage que le député socialiste n’ait pas été plus explicite sur le sujet. Il aurait pu faire référence à la mise en place début 2010 de l’Observatoire nationale de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) auprès du premier ministre. Ce qui rend inutile cet observatoire en matière pénal interne au Ministère de la Justice. Pas de réponse du rapporteur, mais soutien de Jean-Luc Warsmann, président de la commission des lois : « On ne peut que regretter la création, à chaque texte, de nouveaux organismes et de nouveaux ‘machins’. En outre, le Parlement a un côté ‘Pénélope’ : 364 jours par an, il crée des rapports, le 365ème, jour de la simplification, il essaie d’en supprimer ». La ministre d’État (peu motivée sur le sujet ?) précise, « qu’il ne s’agit pas d’une initiative gouvernementale ». Et l’amendement du rapporteur est voté quand même, en l’état. Comprenne qui pourra.
c.  - Lutter contre l’oisiveté en détention (Art. 11ter)


    Jean-Jacques Urvoas (socialiste) dépose l’amendement  CL 167 « L’article ajouté par le Sénat, vise à juste titre à combattre l’oisiveté en prison. L’amendement tend à en inverser la logique en reprenant celle que proposait Mme Christine Boutin [et moi-même (3)] dans un texte publié en octobre 2005 dans Le Monde: une obligation de moyens pour l’administration et une obligation d’occupation pour la personne détenue, qu’elle soit condamnée ou prévenue, comme le prévoient par ailleurs les règles pénitentiaires européennes. ».  Cet amendement essentiel est rejeté par la commission.


d.  - Participation  des détenus à l’organisation de la détention (11 quater)


  Plusieurs amendements sont déposés par l’opposition afin de se rapprocher des exigences des RPE, en la matière. Noël Mamère (Verts) a déposé l’amendement  CL 522 « L’article 23 de l’avant-projet de loi prévoyait un champ de consultation beaucoup plus large des détenus, qui ne portait pas seulement sur la question de leur activité, mais également sur leurs conditions de détention. L’amendement tend à revenir à cette disposition et à conformer le dispositif à la règle pénitentiaire européenne n° 50 ». Cet amendement évidemment essentiel au respect des RPE est rejeté par la commission sur la base de cet argument imparable du rapporteur : « Il me semble préférable que les consultations soient facultatives plutôt qu’obligatoires ». Serait-ce affaire de goût ?
La commission est alors saisie de l’amendement CL 178 de Jean-Jacques Urvoas : « La consultation des détenus doit être une obligation pour l’administration. Le texte aurait pu, à cet égard, s’inspirer de la règle pénitentiaire européenne, etc. » (4). Pas de commentaire, la commission rejette cet amendement.


e. - Contrat de travail  (article 14)

   Amendement CL 201 de Jean-Jacques Urvoas : « Le présent amendement vise à revenir au droit commun en prévoyant la signature d’un véritable contrat de travail entre le détenu et l’administration pénitentiaire, qui relèverait du droit administratif. En effet, dans l’état actuel du texte, rien n’est dit sur le contenu de l’engagement contractuel ». Le rapporteur : « Avis défavorable : je suis opposé à la signature d’un contrat de travail. L’acte d’engagement est une avancée suffisante. La Commission rejette l’amendement ». C’est ce que l’on appelle débattre, en urgence !
f.  - Surpopulation, encellulement individuel   (Art. 49 et 59)


Numerus clausus. Le rapporteur « s’opposera avec la plus grande vigueur à l’instauration d’un numerus clausus dans les prisons françaises » […]. L’argumentation de Jean-Paul Garraud ne m’a pas convaincu ! (5)
Le rapporteur : « Une place un détenu ». Votre rapporteur souligne enfin que l’encellulement individuel de nuit ne doit pas être la seule priorité donnée à la détention : encore faut-il offrir à tous les détenus une activité dans la journée dans un espace commun extérieur à la cellule, pour se rapprocher au maximum de la vie dehors. Ainsi, si la dignité des détenus doit être mieux garantie par la suppression de l’encellulement collectif subi, priorité doit être également donnée à la lutte contre l’oisiveté en détention ». Là, je suis assez d’accord (6).
Article 49. Le Gouvernement dépose l’amendement CL 701 posant  le principe du libre choix entre cellule individuelle et cellule collective. Jean-Jacques Urvoas : « Cet amendement appelle de notre part une condamnation ferme et définitive. ». L’article 59 définit un moratoire de cinq ans pour l’application des dispositions relatives à l’encellu-lement individuel.
g. - Aménagement des peines  (Art. 33).
* L’Article 33 concerne l’extension des possibilités d’aménagement ab initio des peines d’emprisonnement correctionnel (de deux ans ou moins). En ce qui concerne les critères d‘octroi,  le texte adopté, en mars, par le Sénat était ainsi rédigé :
« 1° Soit de l’exercice d’une activité professionnelle, d’un stage ou d’un emploi temporaire ou de son assiduité à un enseignement, à la recherche d’un emploi ou à une formation professionnelle ;
« 2° Soit de sa participation essentielle à la vie de sa famille ;
« 3° Soit de la nécessité de suivre un traitement médical ;
« 4° Soit de tout autre projet sérieux d’insertion ou de réinsertion [souligné par moi].

Éric Ciotti (délégué national de l’UMP à la sécurité) dépose l’amendement CL 428 : « La notion de ‘projet sérieux d’insertion ou de réinsertion’ me paraît floue et imprécise et risque d’être invoquée par tous les délinquants qui souhaitent bénéficier de la semi-liberté. Je propose de la supprimer » Le rapporteur : « Avis défavorable. J’ajoute par amendement une condition supplémentaire relative à l’implication du condamné dans le projet d’insertion – condition dont il conviendra de vérifier la réalisation ». M.  le secrétaire d’État : « Même avis que le rapporteur. Quant aux projets de réinsertion, il peut s’agir d’activités associatives ou humanitaires, d’un bilan de compétences, ou de la création d’une entreprise. La personne concernée doit être réellement impliquée dans un projet ». Cet amendement très réactionnaire, est adopté par la droite, contre l’avis du rapporteur et contre l’avis du Gouvernement.
Nous pensons qu’il s’agit d’une régression encore plus néfaste par rapport au texte du Sénat que les autres restrictions introduites par la Garde des Sceaux.
h. - Libération conditionnelle
  Dominique Raimbourg déposera un amendement proposant « un mécanisme de libération conditionnelle automatique - sauf avis contraire du juge - , afin de protéger les victimes en limitant les sorties sèches. Il existera donc un système d’exécution de la peine hors de la prison, assorti d’un dispositif de surveillance. Cet amendement important marque un passage : la culture de l’enfermement cohabitera désormais avec une culture de la surveillance. Après avis défavorable du rapporteur, la Commission rejettera cet amendement.
Pierre V. Tournier


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(1) Pierre V. Tournier, « La Loi pénitentiaire adoptée par le Sénat. Un printemps sans hirondelle », Arpenter le champ pénal, ACP, supplément au n°128, 16 mars 2009,  § 3. Le sens des mesures et sanctions pénales.


(2) PVT, ACP,  supplément au n°128, 16 mars 2009, op. cit.,  § 4. Observatoire en matière pénale.
(3) PVT et Christine Boutin, « La Lutte contre la récidive se prépare déjà en prison », Le Monde, 16-17 octobre 2005, rubrique « Horizon Débats » page 15.
(4) PVT, ACP,  supplément au n°128, 16 mars 2009, op. cit. § 6. Participation des détenus à l’organisation de la détention.
(5) PVT, « A propos de la loi pénitentiaire. Encore un effort Mesdames et Messieurs les Sénateurs », Arpenter le champ pénal, ACP,  supplément au n°123-124, 23 février 2009.
- Assemblée nationale, Commission des lois, rapport  n°1899 de Jean-Paul Garraud, p. 37-39.
Le principe du numerus clausus sera défendu par le groupe socialiste qui déposera l’amendement  LC 581. Naturellement rejeté.

(6) PVT, « La Loi pénitentiaire adoptée par le Sénat. Le compte n’y est pas (suite) », Arpenter le champ pénal, ACP,  n°128, 16 mars 2009.


*** LE KIOSQUE ***
- 5. - Ouvrages


Cécile Carra, Violences à l'école élémentaire, PUF, septembre 2009.
Frédéric Chauvaud et Gilles Malandain (dir.), Impossibles victimes, impossibles coupables – Les femmes devant la justice (XIXe-XXe siècles), PUR, 2009.
Michek Erman, La cruauté – Essai sur la passion du mal, PUF, septembre 2009.


Véronique Le Goaziou et Laurent Mucchielli, La violence des jeunes, Editions Champ Social, Collection, Questions de société, 2009.
Michela Marzano, La philosophie du corps, PUF, Que sais-je ?, septembre 2009.
Xavier Raufer et Alain Bauer, « La face noire de la mondialisation  / The dark side of globalization », CNRS Editions,
Présentation des auteurs : « La nature criminelle des dangers du monde présent, une tendance croissante des acteurs de la criminalité transnationale et de la scène terroriste à la symbiose et à l’hybridation, l’incapacité de la prétendue “communauté internationale” à ramener l’ordre sur terre, tels sont les symptômes de la situation chaotique du monde. Ce texte vise à offrir des perspectives, à ouvrir un horizon, à poser le diagnostic le plus proche possible du réel, sur ce qui est dangereux ou menaçant, devant nous sur la route. »
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- 6. - Revues et Bulletins
* Revue internationale de criminologie et de police scientifique et technique, n°3 / 2009.
- Les émeutes françaises de l'automne 2005. Les illusions perdues, par Julien Piednoir
- Analyse de trois échelles mesurant la justice et l'injustice dans des tribunaux correctionnels français: le cas des auteurs de délits et des observateurs/auditeurs, par Nasrédine Goutas
- Détenus, retenus, placés. Plus de 78 000 personnes privées de liberté aujourd'hui en France. Approche démographique de l'enfermement,  par Pierre V. Tournier
- « La peine privative de liberté pour mineurs en droit pénal suisse. Faut-il construire de nouvelles prisons pour mineurs ? par Audrey Moret

- Lutte antidopage et cyclisme à deux vitesses : évolution du rapport au dopage chez les cyclistes belges depuis l'affaire Festina, par Bertrand Fincoeur

- L'orientation morale différente entre les policiers et les magistrats. En quoi des divergences de positions existent-t-elles ?,  par Isabelle Huart, Thierry Plaie et Roger Fontaine.

- Coopération policière internationale et renseignement criminel : une évaluation des retombées opérationnelles de la Dru. Enforcement Administration, par Frédéric Lemieux
- Notes de police scientifique, par Olivier Delémont et Pierre Margot

* Sciences Humaines « L'enfant violent. De quoi parle-t-on vraiment ? »
Dossier : Comment expliquer la violence juvénile ? Est-elle vraiment en augmentation ? Psychologues, sociologues, éducateurs et experts débattent du phénomène, de ses causes et de ses remèdes. Décryptage.
Agenda :  3ème colloque « Psychologie & Psychopathologie de l'enfant », sur le thème « Aux Sources de la violence. De l'enfance à l'adolescence" Paris, es 8, 9 et 10 octobre 2009 - Palais de la mutualité. Organisé par la Fédération Française des Psychologues et de Psychologie - www.psy-colloque-2009.org. Avec le soutien de Sciences Humaines

* La Lettre n°14, septembre 2009 du GIS CrimSo, Groupement d'Intérêt Scientifique Criminologie et Société, Université Rennes 2, Place du Recteur Le Moal, 35043 Rennes Cedex Tél. 02 99 14 19 63, crimso@uhb.fr ; http://www.uhb.fr/sc_humaines/CrimSo/ ; http://www.sites.univ-rennes2/crimso




*** OPALE ***
Observatoire des prisons et autres lieux d’enfermement




  - 7. – Situation de la population sous écrou au 1er septembre  2009. A cette date, le nombre de personnes sous écrou est de 66 240 (France entière).  Si le nombre de personnes sous écrou est stable (29 personnes de plus sur les douze derniers mois), le nombre de détenus est, lui, en baisse (- 1,7 %).
   Le nombre de places opérationnelles en détention a augmenté  de 4,9 %, le nombre de détenus en surnombre baissant de  20 %, en un an. Cet indice  qui mesure l’état de surpopulation en tenant compte de la situation de chaque établissement, de chaque quartier pour les centres pénitentiaire retrouve pratiquement sa valeur du 1er  février 2007 : 10 400  (maximum de 14 600 au 1er juillet 2008). 
***
   Composition de la population sous écrou
   Au 1er septembre  2009, 66 240 personnes sont sous écrou (+ 29 en un an, soit + 0 %) se répartissent de la façon suivante : 15 461 prévenus détenus (- 6,5 %), 46 326 condamnés détenus (+ 0,5 %), 3 973 condamnés placés sous surveillance électronique (+ 35 %), 480 condamnés en placement à l’extérieur, sans hébergement pénitentiaire (+  12 %).
   13 % des condamnés sous écrou font l’objet d’un aménagement de peine (semi-liberté,  placement sous surveillance électronique, placement à l’extérieur avec ou sans hébergement pénitentiaire).


   Surpopulation
* Nombre de personnes détenues : 61 787  (-  1 056 en un an, soit – 1,7 %).
* Nombre de places opérationnelles en détention : 53 351  (+ 2 470 en un an, soit + 4,9 %)  
* Surpopulation apparente : 61 787 - 53 351 =  8 436
* Nombre de détenus en surnombre : 10 435  (- 2 677en un an, soit  - 20 %)


*** PARIS RIVE DROITE, RIVE GAUCHE ***
- 8. – Paris. Mardi 20 octobre 2009, 17h30 - 19h30, 21ème séance du Séminaire dirigé par Pierre V. Tournier « Enfermements, Justice et Libertés dans les sociétés contemporaines. Université Paris 1. Centre d’histoire sociale du 20ème siècle. Avec M. Jean-Lucien Sanchez, doctorant en histoire, Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), « La relégation des récidivistes en Guyane française. Genèse et application d'une loi pénale ».
Discutant : Jean-François Wagniart, docteur en histoire, auteur de l’ouvrage « Le Vagabond à la fin du dix-neuvième siècle », Belin, Paris, 1999, 352 pages.
Lieu : CHS 20ème siècle, 9 rue Malher, Paris 4ème, métro Saint-Paul (bibliothèque du 6ème étage). 


- Entrée libre, sans inscription -
*** EN RÉGION ***

- 9.  – PESSAC. lundi 21 septembre à partir de 13h30 « Comment enquêter dans les lieux d’enfermement ? ». Séminaire organisé dans le cadre du programme de recherche TerrFerme, ADES, Aménagement, Développement, Environnement, Santé et Sociétés - UMR 5185

- Lieu :  Maison des Suds à Pessac, 12, Esplanade des Antilles,  33607 Pessac.
Les intervenants sont :
- Michel Agier (Anthropologue, EHESS, Centre d’Etudes Africaines, Paris) : Place et déplacements de l'ethnologue, dans les camps et dans le dispositif humanitaire
- Cédric de Torcy (Contrôleur général des lieux de privation de liberté) : Le Contrôleur général des lieux de privation de liberté : une approche globale
- Mathilde Darley (Politologue, CNRS, Cesdip, Guyancourt) : Enquêter dans les lieux d'enfermement pour étrangers : questionnements méthodologiques  
Le programme TerrFerme (Les dispositifs de l’enfermement. Approche territoriale du contrôle politique et social contemporain) porte sur les dispositifs contemporains de l'enfermement: les prisons, centres de rétention administrative et de demandeurs d’asile, et camps de travailleurs.
C’est un programme Jeunes Chercheuses et Jeunes Chercheurs financé par l’Agence Nationale de la Recherche entre janvier 2009 et décembre 2011. Il est accueilli par le laboratoire ADES du CNRS et l’Université de Bordeaux.
* Contact : Responsable scientifique / Bénédicte Michalon, chargée de recherches au CNRS à ADES. » : http://terrferme. hypotheses. org/
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- 10. – LYON, 19-20- 21 novembre 2009, « La défense pénale »,
19ème Colloque de l'Association française de droit pénal. Organisé par le Centre de droit  pénal, Lyon 3, sous le Haut patronage de Madame le Ministre d’Etat, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice et des Libertés,  ENM - ENSP – ENAP, Conseil National des Barreaux, Conférence Nationale des Bâtonniers,  Barreaux de Paris et de Lyon, Ecole des avocats de Lyon



Colloque validé pour la Formation continue obligatoire
- Lieu : Université Jean Moulin, Lyon 3 Auditorium André Malraux, 16, rue Rollet - 69008 Lyon
* Contact : Frédérique Chopin, secrétaire générale AFDP, Akila Taleb, Manon Bonnet, Claire Douzou. Tél. 04 26 31 87 34  claire.douzou3@bvra.univ-lyon3.fr ; www.francepenal.org


***  GRAND ECRAN ***
- 11. - Un Prophète  - Film de Jacques Audiard -  « Une Prison-Gigogne » par  Jean-Christophe Tournier. Suite (II).
   Notre post-scriptum a suscité des interrogations auxquelles nous essaierons de répondre ici.
   On se trompe en cherchant à assigner une place, et un seul rôle, au film de Jacques Audiard, dans l’actuel  débat sur nos prisons.
   Ce film bouscule les certitudes et vaut surtout, nous semble-t-il, par le trouble qu’il sait communiquer.
En même temps qu'il l'enferme, le film bouscule, et fait voyager le personnage  principal.
Et l’on songe à un autre héros,  plus âgé de quelque trois siècles, avec lequel il a des affinités.
Il s’agit de Candide, lancé par Voltaire à la découverte du monde, et qui franchit les cercles successifs d’un monde infernal. Univers qui se révèle au personnage, de chapitre en chapitre, et  le conduit, dans la douleur, à devenir lui-même.
C’est bien dans une forme d’enfer,  que Malik est plongé dès les premiers  instants du film, et qu’il  effectue un parcours, une exploration dans la durée. Un enfer qui emprunte aux souffrances de la détention réelle mais aussi un enfer de cinéma, un enfer scénarisé, tissé des multiples péripéties qui occasionnent, pour le héros, épreuves, chutes et rebonds.
Voltaire convoquait, à l’intention de Candide, tous les malheurs du monde. Jacques Audiard, dans son film, lui aussi, en rajoute.
L'univers carcéral y est poussé au très noir, sans égard pour la vraisemblance, pour faire toucher plus vite le fond au héros, et valoriser les réactions qui lui feront reprendre pied.
«  Regarde un jeune homme se relever, et grandir… ».
Une seconde référence peut éclairer utilement  le film.
Il n'est pas sûr qu' « Un Prophète » aurait pu voir le jour si « Indigènes », tellement différent, ne lui avait ouvert la voie 
On connaît l'importance des premières fois. Et ce qu'elles encouragent quand tout se passe pour le mieux.
La contribution des peuples d'Afrique à la Libération de l'Europe avait  permis de concevoir, et d'imposer, la réalisation d'un film avec, en vedette, des acteurs d'origine maghrébine ; et qui manifestaient un courage, une abnégation applaudis par le public.
Cette fois, la raison historienne, historique, ne tient pas. Il s’agit d’une fiction.
   Et le héros n’en est pas un. C'est un « pas grand-chose » que la pression ambiante amène à  déchoir encore, à tomber plus bas.
Plus question de vaste épopée, d'horizons largement ouverts, cette fois-ci.
L'idée d'une évasion, grande ou petite, ne semble d’ailleurs effleurer personne.
C'est à sa libération que Malik va devoir s'atteler, et dans la douleur, et dans la durée.
   Reste qu’un jeune Malik nous intéresse à son sort, nous implique dans son combat, deux heures trente durant. 


Nul, pourtant, n’est « prophète »  en sa prison. Et Malik moins que quiconque.


Et pour une raison bien simple : il n’y a pas d’avenir entre les murs.


Rien qu’un présent interminablement ressassé,  reprise lancinante, en gros et dans le détail, de tout ce qui a été vécu auparavant.
C’est tout  le sens  d'un moment singulier du film : quand son double  fait savoir à Malik, quelques instants à l’avance, que tel détenu, dans la cour, va effecteur un demi tour – et qu’il le fait – ou marquer un panier – et qu’il le marque.  
Le paradoxe, et le plus grand des défis, dans ce monde  sans lendemain, c'est de se projeter dans l'avenir.
« Etre prophète, et rien d’autre », tel est le défi que s’impose Malik.
Né  nulle part et de personne, il va s'inventer une seconde, et vraie naissance, au sein même de la prison.
Son talisman invisible, c’est sa volonté naissante, et sans cesse réaffirmée, d’exister dans un monde  qui n’est fait que de murs, et d’emmurement ;  où les murs du dehors se retrouvent dans l’enfermement où chacun se replie, coagulé à quelques autres et consigné dans les limites qu'on  veut assigner à chacun.
Il y a bien des prisons, dans la prison d'Audiard, et  qui assurent,  et qui garantissent l'extinction,  la mort  lente des personnes.
   Mais la prison première, et définitive, c’est l’origine.
Entendue au sens étriqué, restrictif, asphyxiant, des racines qu’on vous  attribue, de l'accent auquel on vous identifie, des pratiques de tous ordres auxquels on voudrait vous résumer...
Personne ne semble pouvoir y échapper.
A commencer par le chef de la détention, qu’on prendrait, à tort, pour un fonctionnaire de la République.
A cause de ses origines insulaires,  il se trouve, d’office, assujetti à la loi du Milieu corse ; et corseté, conscience liée, et comme « aux ordres » du caïd des caïds qui en est l’expression la mieux reconnue, la plus accomplie.
De la même façon que telle habitude alimentaire, telle pratique religieuse vous  installe d’emblée, et de manière définitive, dans le clan des islamiques, et vous embarbelle d’office parmi les barbus.
A l'alignement aux heures affectées  à la prière. Et tout aussi docilement associé aux opérations de maintien de l’ordre.
Ainsi  vous assigne-t-on  à résidence, à peine les grilles franchies, dans un clan dont la forme se referme sur vous, vous excluant de toute autre communauté.
La  première chance de Malik, la différence qui en fait un héros,  c’est qu'il se sent, qu'il se croit  de nulle part.
La seconde, c’est  qu'il est taciturne et discret,  et qu'on ne les remarque pas, ni lui, ni son prénom, ni son possible accent.


Parce qu'il n'est pas identifié, référencé  par les autres à autre chose que lui-même, Malik échappe, improvise et rompt avec la norme.
   Il est le seul à se prendre au jeu de l’observation attentive, et de l’assimilation des règles qu’il choisit, lucidement, de mimer avant de les faire siennes.
   Personne n’aurait imaginé qu’il se mettrait en tête d’emprunter l’accent des autres, d’apprendre leur langue, et par immersion, d’abord et, livre en mains, ensuite.
   Profitant – et la chose vaut d’être souligné à gros traits – de tout ce que peut favoriser, rendre possible l’encellulement individuel 
   Lesté des multiples pouvoirs dont il aura pu, progressivement, se doter, il pourra s’affranchir de la communauté où le jeu des circonstances l’avait d’abord placé.


   Seul à se faire passer pour frère des uns et des autres, au risque de passer pour traître aux uns et aux autres, et fidèlement à son projet de devenir un véritable prototype, un produit d’avenir.
   Autrement dit…. Une prophétie incarnée, disons un prophète.


    Certes les belles séquences de l'alphabétisation, et de l'atelier de couture travaillent à promouvoir la vision d'une détention qui arrache à l'ignorance, favorise l’acquisition d’un métier et favorise une réinsertion réussie ; mais c'est à toute heure de sa détention que Malik est en formation, et en apprentissage !
Et le cursus avait démarré sous les plus noirs auspices.
La férule a d’abord été tenue par une brute du dernier acabit. Et le propos est d’ânonner, sous la contrainte, et de la manière la plus mécanique, la plus bornée, une à une, les syllabes et les phases d’un égorgement des plus sordides.
Voilà  donc à quelle école le groupe, et l’obsession du groupe à éliminer ce qui fait danger pour le groupe, a choisi de l’inscrire.            
  
L'élève renâcle, redouble de maladresse, et de mauvaise volonté, ruse pour se défiler, et  se soustraire à l’examen pratique.
Et retombe, plus lourdement, sous la coupe de ses maîtres.
Malik devra réciter, par cœur et dans le dégoût de soi, la leçon bien apprise.
Et vomir secrètement, et se déprendre à jamais du goût d’apprendre de cette façon.


   C’est tout le sens, à nos yeux, de cette indéfectible alliance qu’il noue avec celui qu’il a dû sacrifier, la peur, le dégoût, la honte au coeur.
Des critiques ont regretté les trop nombreuses séquences où  l’on voit resurgir ce double "fantastique".
C’est, nous semble-t-il, l’une des plus belles trouvailles du film :
« Ce type s'attache à toi, il ne t’est rien, tu vas le tuer » lui a-t-on fait savoir.  «  Je vais m’en faire un ami, et  à jamais », répond Malik.
    C’est, à ses tout débuts, sa seule manière de désobéir. Elle a sa noblesse.
   Et le film renouvelle à travers les interventions du double le thème du remords ; lui conférant une légèreté, une fraîcheur, une authenticité qu’on ne lui connaissait pas.
   Rien de moins rébarbatif que ces retours de celui qui, à quelques instants de mourir de sa main aura invité Malik à quitter un jour la prison «  moins con que lorsque il y est entré ».
Et moins con, pour commencer, que ceux qu’il y rencontre et qui partagent les espaces ouverts à tous, notamment pour la promenade.
L’apprentissage, pour Malik, c’est d’abord et avant tout apprendre à distinguer le faux…du faux.
La cour des promenades est investie par tout un lot de figures qui revendiquent – à leur manière de se regrouper, de faire masse autour du chef notamment – leur appartenance clanique ; et qui promènent avec eux les frontières où ils se sont laissés enfermer.


Le plus "réussi" – et c’est une  des gageures de la réalisation  – c’est le grand chef des Corses.
Audiard a choisi, pour tenir ce rôle tellement improbable, l’un de nos meilleurs comédiens de théâtre ; acteur chevronné à qui il aura fait travailler pendant plusieurs mois l’accent corse, bien décidé à ne pas recourir à la triche de la post synchronisation..
Il aurait fallu, en toute logique, escamoter ses cheveux blonds, ses yeux bleus, et ce qu’on sait par les gazettes de ses origines nordiques…


Mais qu’importe : on est, dans cette prison, ce qu’on a décidé pour vous ce que vous êtes. Et aucune évidence contraire n’est assez têtue pour mettre à mal les préjugés, et les ADN par procuration.


Malik est, à lui-même, sa propre pierre philosophale.
Avec lui, la question imbécile de savoir de quelle poule on est l’œuf est ramenée  à un propos volatile.
Il est l’œuf et la poule en même temps que le couple de fermiers et l’étal où se vendre.
Au milieu de personnages finis, délimités, déterminés hors d’eux-mêmes, il est le seul à devenir, en se distinguant autant qu’il est possible de l’idée qu’on s’est formée de lui.
En constante anticipation, dans un avant lui-même dont il est seul à répondre.
Malik, parce qu'il fait bouger les lignes, jette le trouble. Et révèle des restes de vie chez les plus sclérosés.      
Qu’on souvienne de l’instant où le caïd Corse manque de suffoquer quand il réalise que son "esclave" s’est approprié leur langue, et pouvait surprendre le sens de leurs conversations. 
Et l’instant où le truand  marseillais se fait confirmer par Malik lui-même qu’il n’est pas seulement le petit commissionnaire qu’on charge de toutes les besognes, mais un véritable agent, agent double, agent triple, voire davantage au gré des opportunités. 
Et celui où  il s’autorise à se payer ouvertement la tête des responsables musulmans après qu’il les a convaincus qu’ils sont, collectivement, et  sous la férule tout aussi douteuse de leur imam accessible aux mêmes arguments, que lui.
Déroutant, Malik déstabilise.  
C’est aussi le seul, tout au long du film, qui se risque à de véritables échanges.
Au-delà  des personnages, il réinvente la personne. 
Malik est le seul à connaître le prix des regards échangés.
En cela, il  prend le contrepied du caïd qui l'a sommé,  à leur premier contact, de ne surtout pas le fixer du regard. 
Et c'est en levant les yeux, en les ouvrant tout grands à ceux de son éducateur que Malik va prendre son  essor et, peu à peu, devenir quelqu'un. 
Si l'on y prend garde, le destin de Malik se joue à la faveur de la rencontre de deux hommes :  celui qu'il a dû tuer, et  dont le souvenir ne va jamais cesser de l'accompagner ;  et celui qui, de la voix, et du regard l’a éveillé à l’idée de connaissance.
Co-naître dans toute son acception si l’on repense au dénuement, au désarroi initial de Malik. 
Film d'hommes, a-t-on beaucoup dit, d’ « Un Prophète ».
Film imposant de multiples figures de « durs ».
.
Mais tout comme Godard a si souvent  déploré qu'il y ait tant de films et si peu de cinéma,  on observe qu’il y a bien des hommes dans ce film et, chez ces hommes, un sacré déficit en humanité.  
D'où, sans doute, la noirceur étouffante, implacable du monde mis en place par Audiard autour du petit Malik.  
Sans compter que ses rares incursions au dehors ne rassurent pas vraiment sur le monde extérieur.     


Comment ne pas y voir un signal : le film, dans l’immobilité qu’il installe et la trajectoire qu’il dessine voudrait nous faire part du désordre où se débattent nos vies dans des sociétés, qui finiraient par se ressembler toutes par la difficulté où elles nous placent de nous réinventer des repères, et  des caps, une morale disait-on.           


Comment parvenir à s’accorder aux autres, à soi-même dans un univers où tout semble à ce point désaccordé ?
Comment se rallier aux rares solidarités qui se manifestent, et qui fédèrent les peurs, les restrictions de pensées, et appauvrissent en même temps qu'elles sauvegardent ?


C’est à chacun, semble nous dire le film, d’essayer d’être son propre prophète ; et de s’annoncer, et de s’accomplir.
   Et ça n’a rien de simple, même si le programme est stimulant 
La fin, somme toute, est heureuse. Parce qu'elle reste très ouverte. Et qu'elle prouve que le parcours valait d'être tenté.               


A la fin du film Malik sort de prison, et il n’est plus seul.
Ils sont déjà  trois : l’ancien détenu, une femme, et un enfant.
Qui vont se rendre à l'arrêt du bus, et se rapprocher, autant que le parcours des bus le permet, de leur "chez soi".             
Il va falloir attendre un peu, mais attendre à  plusieurs. Et tenter de vivre.
C’est dire à quel point  Malik a  conjuré le malheur et mis des chances de son côté !           


A la fin du même film, ils sont  aussi, quelques costauds à l'attendre.
   Et à s’attacher, pesamment, aux basques du trio.
Et c’est dire que le pire ne manque pas d’avenir.
   La lumière peut se rallumer : on était au cinéma. Le film peut commencer à nous travailler et installer en nous tel ou tel moment rare de la projection, autant de pépites qui ont pu briller dans le noir :           


- la cour de promenade vue depuis la cellule, les détenus découvrant qu’une fine couche s’est déposée sur le sol improvisent une bataille de boules de neige.
- Malik, les pieds dans l’eau parce qu’il a préféré ce temps mort, et de temps reconquis à la partie de plaisirs tarifés à laquelle on l’a platement convié.
- Sa  brève incrédulité, quand les hôtesses de l’air proposent, de rang en rang, une corbeille de viennoiseries, et l’audace qu’il se découvre en décidant d’en reprendre.
- Les doigts gourds du grand Mafieux qui s’accrochent, qui s’attardent autour de la guirlande de noël suspendue aux barreaux de la cellule.


- La langue, tout soudain surgie de la bouche par Malik, mécaniquement exhibée  à la faveur d’une ’inspection de routine imposée aux voyageurs, hors les murs.
- L’élan qu’il imprime à ses muscles, à tout son corps, dans l’espace étriqué du mitard parce qu’il ne veut  investir dans ses forces, rester en mouvement – « tourne tourne cheval de bois ! » et  ne se perdre ni de vue ni  de vie.
- Le fou rire qu’il réprime, quand son regard surprend, au sein de la cour commune, l’échauffourée qui s’esquisse, un court instant,  entre «les » deux communautés qui l’intègrent et l’excluent tout à la fois.
- Le sable de la plage qu’il a foulée  qu’il recueille, au retour,  dans sa main en faisant basculer sa chaussure.
- L’instant de plaisir qu’il éprouve à redécouvrir le billet bleu, hors d’âge,  à l’effigie de Saint Exupéry, et la manière dont il expédie ; grand prince, « à la poubelle ! » les avoirs dérisoires qu’on lui a, règlementairement,  conservés.
- Le profil harmonieux d’une jeune femme qu’il surprend, en longeant l’alignement des cabines du parloir…
- L’aplomb tout neuf et réjouissant avec lequel il installe un nœud de cravate sous un visage encore bien marqué par la détention, et qu’il va falloir exposer au vent, offrir  au soleil, aux embruns.
             Ajoutons que le réalisateur avait en tête, avant de décider de réaliser « Un Prophète », un projet de film qui ne compterait, dans son casting, que des femmes.
             Peut-être le thème discret, et omniprésent de ce  film-ci, est-il la féminité.


JCT


*** COURRIEL DES LECTEURS ***
  - 12. - Rendre à César ce qui est à César (1).  « Monsieur Tournier, J'ai lu avec un intérêt tout particulier cet ACP qui évoque  l'article que j'avais adressé au quotidien Le  Monde et que le journal avait intitulé "Saint Paul : Voyage au bout de l'enfer". Le  titre original  était "Une visite en Prison". Cordialement. Sylvain Cormier, avocat au Barreau de Lyon.
* Commentaire de PVT. Cela confirme mon hypothèse et votre titre était bien meilleur. L’honnêteté voudrait que la rédaction du Monde assume ses titres racoleurs et précise qu’ils ne sont pas des auteurs de telle ou telle tribune. Elémentaire ? Non ? PVT


(1) le titre est de la rédaction d’ACP.
Copie à Véronique Maurus, médiatrice du Monde.
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  - 13. - Message de Linda Piwowarczyk, capitaine, responsable de formation, maison d’arrêt de Fresnes, signataire de l’appel « La prison à la recherche d’un consensus », comme des dizaines d’autres fonctionnaires pénitentiaires.


Bonjour Pierre, 20 ans c’est long pour faire bouger les choses, néanmoins je suis dans cette institution depuis bientôt 30 ans et je peux affirmer que les choses ont bien évolué, même si la surpopulation existe toujours dans les maisons d’arrêt. La vie en détention s’est améliorée au fils du temps et la mise en œuvre des Règles pénitentiaire européenne (RPE) ne fait que conforter cette amélioration. Même la maison d’arrêt de Fresnes, qui est l’un des plus importants établissements de France, a fait de gros efforts ces dernières années tant pour les conditions de détention que pour la prise en charge des personnes placées sous main de justice.
    Cependant les problèmes relatifs à l’architecture difficilement modifiable, le sous effectif chronique  et le turn-over important des agents font que ces améliorations ne sont pas ressenties, par la population pénale et les personnels, comme des avancées significatives. C’est seulement dans quelques années que l’on pensera que l’installation de cabines téléphoniques était une bonne chose (comme la télévision en son temps). A très bientôt de vous lire par le biais des ACP.


*** ATTENTION, VOUS ENTREZ DANS UN ESPACE « MILITANT » ***


     Avertissement. La rédaction d’ACP ne partage pas nécessairement le positionnement politique des personnes physiques ou morales citées dans ces rubriques « militantes ». Par la diffusion de ces informations, elle souhaite simplement favoriser le débat d’idées dans le champ pénal, au delà des travaux scientifiques que cette lettre hebdomadaire a vocation à faire connaître.
*** COMMUNIQUÉS DU SYNDICAT DE LA MAGISTRATURE  ***
- 14.  –  « Scientologie : des manœuvres au parlement »
   Le 12 mai 2009, le Parlement a définitivement voté une loi dite « de simplification et de clarification du droit et d’allègement des procédures, qui compte… 140 articles modifiant le Code pénal, le Code de procédure pénale, le Code civil, le Code de l’organisation judiciaire, le Code de l’environnement, le Code rural, le Code de l’urbanisme, le Code électoral… C’est hier que la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES) a révélé, après l’avoir découvert dans une revue juridique, que ce texte avait supprimé la possibilité offerte aux tribunaux d’ordonner la dissolution des personnes morales condamnées pour escroquerie, notamment les sectes. 
    Fort opportunément, cette suppression est intervenue à la veille d’un procès pour escroquerie en bande organisée visant l’Eglise de Scientologie, de sorte que les réquisitions de dissolution prises par le parquet dans ce dossier apparaissent désormais inopérantes…  
   Face au tollé suscité par cette affaire, le ministère de la Justice tente de se défendre en plaidant l’inattention et « l’erreur matérielle ».  
   Pourtant, les services du gouvernement ont eu moult occasions de se pencher sur ce texte, du dépôt de la proposition de loi du député UMP Jean-Luc Warsmann le 22 juillet 2008 aux multiples examens de celle-ci en commissions des lois et en séances publiques jusqu’en avril 2009.  
   Quant à la thèse du vice technique, elle est sérieusement sujette à caution au regard des déclarations conjointes de Jean-Luc Warsmann et du président de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer. En effet, ces deux parlementaires revendiquent la suppression de cette peine complémentaire au nom de la « simplification du droit », Jean-Luc Warsmann allant jusqu’à affirmer faussement que la peine de dissolution ferait double emploi avec l’interdiction d’exercer certaines activités…
    Surtout, force est de constater que la complexité du parcours législatif de cette disposition a permis de la faire adopter sans débat. 
   En plus d’être intégrée dans un texte fourre-tout et illisible (ce qui est un peu dommage pour une loi censée simplifier le droit…), cette dépénalisation a été rédigée et présentée de manière à la rendre totalement invisible aux personnes non informées.  
   En effet, c’est l’article 44 33° du texte initial qui prévoit : «  les 4 premiers alinéas de l’article 313-9 sont remplacés par un alinéa ainsi rédigé : « les personnes morales déclarées responsables pénalement, dans les conditions prévues par l’article 121-2, des infractions définies aux articles 313-1 à 313-3 et à l’article 313-6-1 encourent, outre l’amende suivant les modalités prévues par l’article 131-38, les peines prévues par les 2° à 9° de l’article 131-39 » ». 
   Si on ajoute que durant son parcours législatif, cette disposition a fait l’objet de 3 numérotations différentes (article 44 puis 58 et enfin 124 de la loi), on comprend comment elle a pu être votée en catimini. 
  Normalement, le rapport d’Etienne Blanc, député UMP chargé de détailler les mesures présentées dans le projet de texte, aurait dû permettre d’alerter sur cette disposition scandaleuse, mais il concoure en réalité à la dissimuler. En effet, évoquant la nécessaire adaptation du Code pénal, ce document se contente d’indiquer : « ces dispositions doivent être adaptées pour remplacer l’expression « Les personnes morales peuvent être déclarées pénalement responsables de l’infraction de … et encourent les peines suivantes : 1° l’amende selon les modalités prévues par l’article 131-38 du code pénal ; 2° les peines complémentaires prévues par les x° et y° de l’article 131-39 du code pénal » par l’expression « Les personnes morales déclarées pénalement responsables de l’infraction de … encourent, outre l’amende suivant les modalités prévues par l’article 131-38 du code pénal, les peines complémentaires prévues par les x° et y° de l’article 131-39 du code pénal ».  
   Ainsi, il était impossible, même pour un lecteur attentif, d’en déduire que l’alinéa de l’article 131-39 prévoyant la dissolution des personnes morales était supprimé, tant le X et le Y restent forcément abstraits… 
   Face à ce constat d’un processus parlementaire opportunément opacifié, le Syndicat de la magistrature s’interroge sur les motivations de la majorité. 
   S’agit-il de la poursuite du processus de dépénalisation rampante du droit des affaires ou est-ce le symptôme d’un lobbying efficace de la Scientologie ?  
    On se souvient notamment qu’Emmanuelle Mignon, ancienne directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy, déclarait en février 2008 : « Les sectes sont un non-problème » en France, « la liste établie en 1995 est scandaleuse » et « on peut s'interroger » sur la menace représentée par la Scientologie.
     Les questions soulevées par cette affaire ne peuvent rester sans réponse. Le Syndicat de la magistrature demande l’ouverture d’une enquête parlementaire pour que les conditions dans lesquelles cette disposition a pu passer inaperçue soient établies. 
  Au-delà, il dénonce l’absence de véritable contrôle démocratique et citoyen sur le fonctionnement des institutions républicaines. 
Le syndicat de la magistrature
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- 15.  – Paris, le 14 septembre 2009 Loi pénitentiaire : un débat sous l’influence des groupes de pression sécuritaires


L’état catastrophique des prisons françaises, de même que l’adoption, en janvier 2006, de nouvelles « règles pénitentiaires européennes » rendaient indispensable le vote en France d’une loi pénitentiaire d’envergure.
Après de multiples reports, un projet a été déposé au Sénat en juillet 2008 et examiné à partir de février 2009 dans le cadre d’une soudaine procédure d’urgence imposée par le gouvernement. Ce texte - indigent s’agissant des droits des détenus et décevant en matière d’aménagement des peines - a été partiellement amélioré en mars 2009 par le Sénat, qui a notamment consacré :
- le principe de l’encellulement individuel pour les détenus provisoires ;
- le droit pour toute personne condamnée à une peine inférieure ou égale à deux ans d’emprisonnement ferme (au lieu d’un an auparavant) de voir sa situation examinée en vue d’un aménagement.


    Les débats doivent reprendre aujourd’hui à l’Assemblée nationale sur la base d’un texte qui a été vidé de toute substance par la commission des lois, où les amendements de l’opposition ont par ailleurs été systématiquement rejetés. Outre l’abandon des quelques avancées introduites par le Sénat, cette nouvelle version entérine le « régime différencié » qui permet à l’administration pénitentiaire de déroger à l’encellulement individuel dans les établissements pour peine. Ainsi, la surpopulation carcérale ne concernera plus seulement les maisons d’arrêt, mais l’ensemble des établissements pénitentiaires…
Ce grand bond en arrière, inacceptable au regard de la situation des prisons en France, est le fruit d’un intense lobbying idéologique complaisamment relayé par la frange la plus sécuritaire de l’UMP.
L’un des groupes de pression à la manœuvre est « l’Institut pour la Justice », une officine diffusant des thèses simplistes sur la sécurité, manifestement inspirées par le discours de l’extrême droite. Cet organisme, qui milite pour l’élimination sociale des « multirécidivistes », ne cesse en effet de fustiger les alternatives légales à la détention et le prétendu laxisme de la justice pénale.
Comment ne pas faire également le rapprochement entre ces graves reculs et la propagande diffusée ces dernières semaines par Synergie Officiers ? En particulier, dans un courrier adressé le 1er septembre 2009 au ministre de l’Intérieur, ce syndicat de policiers n’hésite pas à présenter le texte amendé par le Sénat comme un « renoncement sans précédent », rédigé « au mépris de tous les principes de morale, de bien et de mal ». Ces subtils « arguments » semblent avoir suffi à convaincre la Direction centrale de la police judiciaire, laquelle, oubliant son devoir de neutralité, se serait sentie obligée de rédiger une note établissant un lien de causalité fantaisiste entre l’aménagement des peines et la hausse de la délinquance…
Ces prises de position ont trouvé un écho auprès de personnalités de la majorité. Eric Ciotti, député UMP des Alpes-Maritimes et nouveau fer de lance du sécuritarisme, a ainsi exprimé sa crainte « que ce texte ne se traduise par un message de clémence adressé aux délinquants ».
Pire, Michèle Alliot-Marie, ministre « … des libertés », a préféré céder à ces gesticulations populistes plutôt que défendre devant la commission des lois les maigres progrès enregistrés au Sénat. Elle a même affirmé par ailleurs, en total décalage avec la réalité, que « le meilleur cadre pour protéger la société, pour sanctionner et pour la réinsertion est la prison »… 
Le Syndicat de la magistrature appelle les parlementaires à refuser cette instrumentalisation en faisant de ce texte ce qu’il aurait toujours dû être : une grande loi permettant de restaurer la dignité des détenus et de prévenir la récidive par un meilleur aménagement des peines.


Le syndicat de la magistrature
***  DES MAINTENANT EN EUROPE   ***
- 16. – PARIS.  Samedi 3 octobre 2009. 10h – 13h. 5ème Atelier d’automne du club DES Maintenant en Europe.
- Entrée libre et sans inscription -
- Lieu : Cité Saint-Martin, 4, rue de l’Arsenal, Paris 4ème, salle Van Gogh, métro Bastille
* 1er temps : « De quoi avons-nous si peur ? ». Avec Alain Cugno. 


* 2ème temps : « Politiques pénales,  les enjeux de la période ». Débat animé par Pierre V. Tournier.  


Alain Cugno vient de publier l’essai intitulé « De l’angoisse à la liberté. Apologie de l’indifférence », Editions Forum Salvator, mai 2009, 200 pages,  18€.
Présentation de l’éditeur : « La pathologie de notre époque gravite autour de la compassion : une sacralisation terrible et meurtrière de la victime à qui nous demandons de représenter le sacré absent. Il faut penser autrement la transcendance, lui permettre de fonder de tout autres relations entre nous, des relations qui nous détachent les uns des autres, nous permettent de nous adresser les uns aux autres librement. Il y faut une certaine indifférence car, aussi bien dans la vie affective que dans la vie politique, ce n’est que si nous ne nous effondrons pas lorsque l’autre ne répond pas à notre attente que nous pouvons vivre ensemble de façon authentique. Pour s’en sortir il importe de se demander où nous sommes, aujourd’hui, réellement vivants. La réponse : une certaine conception de la culture, en particulier un certain rapport aux oeuvres d’art qui témoigne d’une mutation profonde de la rationalité. Elle nous permet de penser comme jamais la diversité sur la base de l’universalité paradoxale de la singularité, de la solitude originelle vécue comme heureuse. Le bonheur d’être précède la communauté politique et l’engendre. »
Alain Cugno est philosophe, ancien élève de l'ENS de Saint-Cloud et docteur d'État. Il a longtemps enseigné la philosophie. Il est l'auteur notamment de L'Existence du mal et de La Blessure amoureuse. Collaborateur de la revue Études, il est aussi vice-président de la Fédération des associations Réflexion Action Prison et Justice.


*** DU COTE DES RADICAUX ***
Sans le radicalisme, les modérés n’avanceraient pas, et c’est important les modérés (Pessin).


- 17. - De ce coté-ci rien de bien nouveau. 


*** FROM CENTRE FOR PRISON STUDIES, LONDON ***


- 18. Information from Helen Fair, Research Associate, International Centre for Prison Studies, School of Law King's College London.
Charity prison scheme to expand  (Scotland) 
http://news.bbc.co.uk/1/hi/scotland/tayside_and_central/8250145.stm  
‘One in, one out’ plan to cut Scotland’s growing prison population (Scotland)
http://www.heraldscotland.com/news/home-news/one-in-one-out-plan-to-cut-scotland-s-growing-prison-population-1.919175  
Private prison admits ‘failings’ after suicide
http://www.burtonmail.co.uk/burtonmail/displayarticle.asp?id=448206  
Minister of Justice: Children not to live in prison cells without toilets much longer (Finland)
http://www.hs.fi/english/article/Minister+of+Justice+Children+not+to+live+in+prison+cells+without+toilets+much+longer/1135249221638  
Prisoners start fire, riot at Iraq's Abu Ghraib
http://www.reuters.com/article/topNews/idUSTRE58A1QZ20090911

Probation service needs its own voice

http://www.guardianpublic.co.uk/probation-service-cjm  
This prison blogger won't be silenced
http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2009/sep/14/prison-blogging-law  
Prisoners are ready for a taste of democracy
http://www.guardian.co.uk/society/2009/sep/16/prisoners-involvement-rehabilitation  
Largest of America's two prisons in Iraq to shut
http://www.guardian.co.uk/world/2009/sep/16/us-prison-iraq-bucca-closure  
US plans Afghan prisoner overhaul
http://news.bbc.co.uk/1/hi/world/south_asia/8253023.stm  
New prison to take name of river
http://news.bbc.co.uk/1/hi/england/norfolk/8254806.stm  
Heroin supply clinic 'cuts crime'
http://news.bbc.co.uk/1/hi/uk/8255418.stm  
Spain urged to end detention law
http://news.bbc.co.uk/1/hi/world/europe/8255749.stm  
Tory plans to cut 'surveillance'
http://news.bbc.co.uk/1/hi/uk_politics/8258043.stm  
Prison chief 'concerned' by drugs  (Scotland)
http://news.bbc.co.uk/1/hi/scotland/8259459.stm  
At last we can count the cost of doing nothing
http://www.timesonline.co.uk/tol/comment/columnists/melanie_reid/article6837529.ece  
Wandsworth jail ‘failing to tackle £1m drugs trade’
http://www.thisislondon.co.uk/standard/article-23745214-details/Wandsworth+jail+failing+to+tackle+1m+drugs+trade/article.do  
MacAskill is accused over prison ‘meltdown’  (Scotland)
http://www.pressandjournal.co.uk/Article.aspx/1400185?UserKey
Cash crisis in prisoner rehabilitation scheme adds to overcrowding
http://www.independent.co.uk/news/uk/crime/cash-crisis-in-prisoner-rehabilitation-scheme-adds-to-overcrowding-1788700.html  
U.S. works to reduce prison population as Canada boosts sentences
http://www.google.com/hostednews/canadianpress/article/ALeqM5igLUo-fyvKTJBHPB2QNWERYYfB4Q  
Prison staff praised for ‘transformation’
http://www.teesdalemercury.co.uk/teesdale-news/story,2259.html  
Parliament examines plans for prison shake-up (France)


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lundi 14 septembre 2009

ACP 151-152

N°  Spécial  « Loi pénitentiaire »                                    « Sors de la route tracée » (V.H.)


   ACP N°151-152                                        Paris, le 14 septembre 2009 

Arpenter le Champ Pénal
Approche indisciplinaire
                                                                                    7ème année
     Directeur de la publication : Pierre V. Tournier


En attendant… la loi pénitentiaire
* A la veille du débat à l’Assemblée nationale, le Club  DES Maintenant en Europe organise une réunion de presse – ouverte à tous, lundi 14 septembre, 11h : « Les règles pénitentiaires européennes : les conditions requises pour qu’elles puissent être appliquées ». Lieu : Cité Saint Martin, 4 rue de l’arsenal, Paris IVe, salle van Gogh, métro Bastille. Entrée libre
* Le débat en séance publique à l’Assemblée nationale sur la loi pénitentiaire est programmé pour le mardi 15 septembre.

* Mardi 15 septembre 2009, 17h30, Université Paris 1, 9, rue Malher, Paris 4ème, « Placement sous écrou et dignité de la personne » Conférence - débat avec le Professeur Jean-Manuel Larralde, Université de Caen, Sous la présidence de Pierre Lyon-Caen, avocat général honoraire à la Cour de Cassation. En présence de Jean-Marie Delarue, Contrôleur général des lieux de privation de liberté, Jean-Paul Delevoye, médiateur de la République et Claude d’Harcourt, préfet, directeur de l’administration pénitentiaire. Entrée libre



 Attendez-vous à trouver …
    La prison à la recherche d’un consensus. Appel du 1er septembre
    Les comptes du lundi : La prison en débats

   La Garde des Sceaux remet en cause le principe de l’encellulement individuel

    Colloque à l’Université Paris 1 « Placement sous écrou et dignité de la personne »

    Colloque au TGI de Lyon  « La prison entre loi commune et lois internes »
   
    Le kiosque
    Du coté du passé
    OPALE : les centres éducatifs fermés
    La statistique et les « services »
    « Un Prophète ». Une Prison-Gigogne par Jean-Christophe Tournier
     Militantismes
  
   Les visiteurs se mobilisent
   Communiqués des groupes socialistes du Sénat et de l’Assemblée nationale
   International




  

*** APPEL ***
  Appel du 1er septembre 2009 aux Membres du Parlement
La prison à la recherche d’un consensus

   Dans quelques jours,  le texte de la loi pénitentiaire, voté par le Sénat en mars dernier,  va venir en discussion à l’Assemblée nationale. Cela fait plus de 20 ans que la question est à l’ordre du jour. Rappelons-nous : en février 1989, dans un contexte de grèves dures des personnels de surveillance, Gilbert Bonnemaison, député, spécialiste des questions de sécurité au Parti socialiste est investi d’une mission de réforme du service pénitentiaire. Dans son rapport remis au Garde des Sceaux, il est question de numerus clausus pénitentiaire, d’assignation à domicile sous surveillance électronique (ADSE) et de bien d’autres choses dont la représentation nationale va débattre dans quelques jours. Homme de terrain, Gilbert Bonnemaison était,  sur bien des sujets,  un visionnaire. A l’époque,  il ne sera guère écouté. 

   En juillet 2000, le Sénat et l’Assemblée nationale rendent publics les résultats des deux commissions d’enquête créées sur la situation des prisons. Les deux assemblées dénoncent la surpopulation des maisons d’arrêt, le délabrement des locaux, l’absence de contrôle externe et l’arbitraire qui en découle. Du côté du Palais Bourbon, on propose une « grande loi pénitentiaire » et l’instauration d’un numerus clausus pour limiter les incarcérations en maison d’arrêt. Du côté du Palais du Luxembourg, on pense « qu’on ne changera pas les prisons par la seule loi » et que des mesures d’urgence s’imposent.  Elles continuent  de s’imposer : aujourd’hui encore, on compte 11 411  détenus en surnombre pour une population de 62 420 détenus (1er août 2009, France entière). 500 détenus dorment par terre, sur des matelas installés pour la nuit. C’est inacceptable.

     Le contexte ne se prête certainement pas aux solutions simplistes inspirées de tel ou tel dogmatisme quand la société est confrontée à la surpopulation endémique des maisons d‘arrêt, à la crise de sursuicidité carcérale (sans doute liée à la présence de nombre de personnes détenues pour faits de violence et/ ou atteintes de troubles mentaux) et en amont, à l’augmentation des violences constatées par les services de police et de gendarmerie, aux tensions dans les cités,  à la détérioration, du fait de la crise, des conditions de vie de tant de nos concitoyens.

  Dans cet environnement difficile, plusieurs points positifs sont pourtant à souligner.
1 - La réforme des prisons dont la nécessité n’est contestée par personne peut s’appuyer, aujourd’hui sur un texte international qui fait autorité pour tous les démocrates, de gauche ou de droite, les règles pénitentiaires européennes (RPE), adoptées par les 47 Etats membres du Conseil de l’Europe, en janvier 2006. Ces règles concrètes explicitent les conditions exigées afin de respecter la dignité des personnes détenues tout en agissant pour réduire les risques de récidive.

2 - Le Président de la République, puis la Garde des Sceaux  se sont clairement engagés à faire appliquer ces règles.
3 - Sans attendre le vote de la loi, l’administration pénitentiaire est mobilisée dans cette perspective depuis près de 3 ans.
4- Le texte dont l’Assemblée nationale va débattre a été adopté sans qu’aucun sénateur ne vote contre à la suite d’un débat d’une haute tenue qui doit beaucoup au rapporteur Jean-René Lecerf (UMP). Il est porteur d’évidentes avancées saluées par nombre de personnalités de sensibilités diverses, dont Robert Badinter : avancées vers des conditions de détention plus respectueuses de la dignité de la personne,  vers un meilleur suivi des condamnés, avancées – grâce au développement des aménagements de peine -  vers une prévention plus efficace de la récidive des infractions pénales, avancées en terme de sécurité publique dans le respect des valeurs de la République. 

5 - Enfin,  cette loi va pouvoir s’appuyer sur le rôle majeur joué depuis quelques années par le Médiateur de la République dans le champ pénitentiaire, sur celui de la Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS), et sur celui du Contrôleur général des lieux de privation de liberté.
   Tout cela doit aider à sortir de « l’ère du soupçon » et à relégitimer l’institution pénitentiaire, ce dont l’ensemble  de la société bénéficiera.  
    Nous souhaitons que la majorité actuelle, élue sur un programme qui faisait explicitement référence à l’application des règles pénitentiaires respecte ses engagements. Nous souhaitons que les groupes de la majorité et de l’opposition aient la sagesse de s’atteler, ensemble, à l’amélioration du texte du Sénat, sur tel ou tel point, en retrouvant l’esprit de consensus des rapports parlementaires de l’année 2000.

Les douze personnes morales signataires


   AFC, Alain Blanc, magistrat, président de l’Association française de criminologie
   ANJAP,   Martine Lebrun, magistrat,  présidente  de l’Association nationale des juges de l‘application des peines

   Aumônerie nationale catholique des prisons, Vincent Leclair, aumônier général

   Association des Anciens du GENEPI, Bruno Vincent, président
   ANVP, Marie-Paule Héraud, présidente de l’Association Nationale des Visiteurs de Prison
   DES Maintenant en Europe, Pierre V. Tournier, animateur du club Déviances Et Social-démocratie maintenant en Europe

   FARAPEJ, Alain Cugno et  Christiane Pernin,  vices présidents de la Fédération  des associations réflexion, action, prison et justice 
   FNARS, Nicole Maestracci, magistrat, présidente de la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion  sociale

   GENEPI, Chirine Heydari, présidente du Groupement étudiant national d'enseignement aux personnes incarcérées
   MRS,  Xavier Larere, conseiller d'Etat honoraire, président du Mouvement de réinsertion sociale
   Secours catholique, Caritas  France, François Soulage, président du  Secours catholique, Caritas France

   SNCP-CGC, Sébastien Cauwel, directeur adjoint du centre pénitentiaire de Borgo, Secrétaire général du Syndicat national des cadres pénitentiaires - CGC


   Premiers signataires : Anziani Alain, sénateur - Bauer Alain, professeur de criminologie au CNAM - Beaurepaire (de) Christiane, psychiatre - Blanc Alain, magistrat, Boitard Olivier, psychiatre - Cario Robert, professeur en sciences criminelles - Cauwel Sébastien,  directeur adjoint du centre pénitentiaire de Borgo - Crouy-Chanel (de) Myriam, substitut général - Cugno Alain, philosophe - Dockès Emmanuel, professeur de droit - Dreyfus Michel, historien,CNRS - Faget Jacques, sociologue, CNRS - Geismar Alain, universitaire - Gautier Charles sénateur - Heydari Chirine, étudiante en master à Science Po Paris - Héraud Marie-Paule, visiteuse de prison - Kessous Roland, avocat général honoraire à la Cour de cassation -  Larralde Jean-Manuel, professeur de droit public - Lebrun Martine, magistrat -  Leclair Vincent, aumônier général - Morel d'Arleux Julien, directeur des services pénitentiaires, Ocqueteau Frédéric, sociologue, CNRS - Peyrat Didier, magistrat - Rousset  Alain, Président de la région Aquitaine et député - Saint-Pierre François, avocat - Sedillot Richard, avocat, vice président de la commission Droits de l'Homme du Conseil national du Barreau - Senez Jean-Christophe, directeur des services pénitentiaires, EPM du Rhône - Senon Jean-louis, psychiatre, professeur des universités - Soulage François, universitaire - Soulez Lariviere Daniel, avocat - Tournier Pierre V., démographe, CNRS - Vion Pascal, directeur de la maison d’arrêt de Nanterre - Wiel Dominique, retraité,  innocenté d'Outreau, Zoummeroff Philippe, industriel, retraité.
Et plus de 500 fonctionnaires pénitentiaires, avocats, fonctionnaires de police, universitaires, magistrats, étudiants, chercheurs, travailleurs sociaux, médecins, personnels de santé, hommes et femmes de métiers très divers, retraités, proches de personnes détenues, anciens détenus, militants bénévoles intervenant dans les prisons, hommes et femmes d’église, élus de la Nation…
……….…………………………………………………………………………………………….

La liste complète pourra vous être adressée, par courriel, sur simple demande.

La collecte des signatures continue :   pierre-victor.tournier@wanadoo.fr

*** LES COMPTES DU LUNDI ***
- 2. – La prison en débats
Le quotidien Le Monde daté du samedi 5 septembre 2009 a consacré deux pages de sa rubrique « Débat Horizons » à la question des prisons.

- Remarques -
* 1. « La vérité oblige à rappeler combien la prison a changé  en quelques décennies » affirme, à juste raison, Jean-René Lecerf, sénateur (UMP), dans un texte ayant pour titre « Les avancées de la loi pénitentiaire. Un changement est  tout de même en cours », Le rapporteur de la loi pénitentiaire devant le Sénat écrit ceci : « De 2001 à 2009 le nombre de détenus est passé de 49 000 à 64 000, et l’administration pénitentiaire pronostiquait il n’y a pas si longtemps 80 000 détenus  en 2017. Cette éventualité n’est pas acceptable ».
    Quelques précisions sur ces chiffres : Au 1er juillet 2001 il y avait 49 718 personnes sous écrou, et au 1er juillet 2009, 68 518, soit une augmentation de 38 % en 8 ans. Si on se limite aux personnes effectivement détenues (1), les chiffres passent d’environ 49 400 au 1er juillet 2001 à 63 189 au 1er juillet 2009, soit une augmentation de 28 %.
    Par ailleurs, j’ai déjà beaucoup écrit sur ce fameux pronostic de « 80 000 détenus en 2017 », (2). Il s’agit en fait d’une simple extrapolation linéaire qui porte non sur le nombre de détenus mais sur celui des personnes sous écrou (+ 10 000 par période de 5 ans).
    Rappelons qu’au 1er juillet  2009, 8 % des personnes sous écrou ne sont pas détenues (contre 6 % il y a un an et 4 % il y a deux ans) et que depuis un an,  le nombre de personnes sous écrou est pratiquement stable (+ 0,5 % sur les douze derniers mois), le nombre de détenus est, lui, en légère baisse (- 1,7 %).       
   Je viens d‘ailleurs de recevoir une lettre de mission de M. Claude d’Harcourt, directeur  de l’administration pénitentiaire (2 septembre 2009) me chargeant de réaliser une étude de démographie pénale sur ces évolutions… imprévues. J’ai évidemment accepté.

* 2. Dans un texte intitulé « La punition carcérale inséparable de la réinsertion » Jean-Marie Delarue, contrôleur général des lieux de privation de liberté  écrit « La prison est une sanction pénale punissant les auteurs de délits graves ou de crimes. Peu remettent en cause son rôle sur ce plan […]. Ce dernier point est essentiel. Dans un sondage d’opinion effectué en 1995 (3), on avait posé la question suivante « La prison devrait-elle être supprimée ? » : 95,4 % des personnes interrogées ont répondu « non », 3,8 % ont répondu « oui », il n’y avait que 0,8 % de sans opinion. Résultat sans appel. 
    En revanche, Jean-Marie Delarue, a tort de présenter la prison comme une « sanction pénale ». La réalité - juridique et concrète - est bien plus compliquée. Faut-il rappeler que la prison n’est pas uniquement un lieu d’exécution des peines ? En 2008, sur les 89 054 entrées en détention (France entière), on compte 51 515 entrées de « prévenus », soit 58 %. Au 1er janvier 2009, sur les 66 178 personnes sous écrou, on compte 15 933 prévenus, soit 24 % de la population sous écrou. Comme l’écrit lui-même Jean-Marie Delarue, « La prison est un tout compliqué. Elle ne peut être abordée par un seul de ses aspect ».

* 3. Dans un texte intitulé « L’épicentre des souffrances. La prison ne saurait suppléer aux soins psychiatriques », Catherine Paulet, psychiatre écrit ceci : « Quelques 48 000 détenus en 2001, 63 000 aujourd’hui (pour 53 000 places), 80 000 à l’horizon 2017 ». On pourra se reporter à la remarque 1. 

* 4. Dans le même texte, on trouve cette affirmation : « La prison demeure l’alpha et l’oméga de la réponse pénale aux infractions ». Comme le montrent les dernières données produites sur les condamnations prononcées à partir du casier judicaire (2007), la prison n’est pas « l’alpha et l’oméga de la réponse pénale aux infractions ». C’est certes le cas pour les crimes (88 % de prison ferme), mais pas pour les délits (21 % de prison ferme) et évidemment pas pour les contraventions pour lesquelles, la peine privative de liberté n’est pas possible, en droit, la peine d’emprisonnement ayant été abolie pour les contraventions de 5ème classe dans le nouveau code pénal, appliqué à partir de mars 1994 (4).

* 5. Catherine Paulet écrit aussi ceci : « Cinq ans après une libération, le taux de retour en prison est de 41 % tous délits et crimes confondus mais il est inférieur à 0,5 % pour les homicides et de 1% pour les agressions sexuelles sur mineurs. La charge émotionnelle autour des victimes rend ce message inaudible […]. Mais ces chiffres sont partiellement faux. Ces évaluations proviennent d’une recherche que j’ai réalisée avec l’aide technique de l’administration pénitentiaire en 2004-2005 (5). Les vrais chiffres de l’enquête sont les suivants : 5 ans après une libération, le taux de retour en prison est de 41 % tous délits et crimes confondus (ça c’est juste) mais il est de 13 % pour les homicides et de 11% pour les agressions sexuelles sur mineurs. Il y a confusion avec les chiffres suivants : si l’on ne prend pas en compte toutes les nouvelles condamnations privatives de liberté (ferme) prononcées pour des faits postérieurs à la libération, mais uniquement les condamnations à la réclusion criminelle, les « taux de nouvelles affaires » sont alors de moins de 0,5 % pour l’ensemble des délits et des crimes, il est aussi de moins de 0,5 % pour les homicides ou les agressions sexuelles sur mineurs (délit) et de 1% pour  les agressions sexuelles sur mineurs (délit).
* 6. Dans ces mêmes pages du  Monde, on trouve un texte de Maître Sylvain Cornier avocat pénaliste, intitulé « Saint-Paul, voyage au bout de l’enfer. Visite d’une maison d’arrêt vétuste ». Une note de bas de page nous indique que cet établissement n’est plus en service depuis le 3 mai, les détenus ayant été transférés dans un nouvel établissement à Corbas.  Ainsi la prison change. En même temps nous n’oublions pas qu’ : « Un détenu de 62 ans s’est suicidé dans la maison d’arrêt de Corbas, dans la banlieue de Lyon, alors qu’un autre prisonnier, qui s’était pendu, a été sauvé grâce à l’intervention de son codétenu. Il s’agit du premier suicide dans cette prison moderne, qui a accueilli le 3 mai dernier ses premiers détenus » (Site du Quotidien l’Alsace).
    Il n’en demeure pas moins que les textes de Jean-René Lecerf, Jean-Marie Delarue, Catherine Paulet et Maître Sylvain apportent des éléments indispensables au débat, susceptibles de faire consensus. Il en est tout autrement du texte d’Emmanuel Jaffelin et de l’illustration de Nicolas Vidal.
* 7. Nous ne dirons pas grand-chose de ce texte d’Emmanuel Jaffelin nous apprenant qu’il est professeur de philosophie au Lycée Lakanal ;  resucée de la pensée foucaldienne. Son texte s’intitule « Un système absurde dans une démocratie moderne. Au delà de l’humiliation, il est devenu plus meurtrier que la peine de mort ». Si les mots ont un sens, M. Jaffelin pourrait-il nous dire à quelle époque il y avait dans notre pays, plus d’exécutions capitales, dans l’année, que de suicides dans les prisons ? Il nous rappelle que « Nietzsche avait proclamé la mort de Dieu » [Le Diable en rit encore], « Hegel avait annoncé la fin de l’histoire » [mais ça continue de plus belle], « Foucault avait diagnostiqué la mort de l’homme » [sans la taxe carbone, ça c’est possible ] et M. Jaffelin prenant place dans cette prestigieuse lignée nous annonce la mort de la prison et la fin du système pénal. En attendant, « le mal court ». Aucun philosophe n’a encore annoncé son crépuscule.
 
* 8. - Nous n’insisterons pas non plus sur le dessin inepte de Nicolas Vidal, illustrant (sic) ces deux pages de débat. On y voit un homme détenu à qui on impose une terrible torture, traitement auquel il ne pourra survivre bien longtemps. Les prisons françaises, pires que celle de Moldavie [antienne bien connue], pires que Guantanamo ? pire que la prison d’Abou Ghraib ?

    Nous l’affirmons, haut et fort depuis des années : la situation des prisons françaises est inacceptable : surpopulation, établissements vétustes, oisiveté, suicides et automutilations, délinquance et criminalité au sein de la détention, excès de pouvoir de la part de certains fonctionnaires. La loi pénitentiaire votée au Sénat apporte un certain nombre de réponses qu’il conviendra de mettre, enfin,  en œuvre.

   Mais au risque d’exaspérer certains et d’en désespérer d’autres, je n’accepte pas l’idée que les prisons soient « l’épicentre des souffrances » et que passer les portes d’une prison – même celle de Saint-Paul il y a encore quelques mois « c’est effectuer un « voyage au bout de l’enfer » (6). Faut-il insister sur ces titres qui rompent avec le ton modéré des textes en question (7 ? Si l’instrumentalisation – à outrance – de la souffrance des victimes par le « populisme pénal » est indécente, nous ne devons pas non plus tomber dans cette « insoutenable légèreté à l’égard des victimes » du « gauchisme pénal » dénoncée à juste raison par Didier Peyrat, en son temps (8. Et puis plus largement, l’enfer c’est, parfois aussi pour tous les autres, ceux dont la souffrance n’a rien à voir, de près ou de loin, avec le crime… Nous en savons tous quelque chose.
Pierre V. Tournier
Notes

(1) Population détenu = population sous  écrou dont on exclue les condamnés en placement à l’extérieur sans hébergement pénitentiaires et les condamnés placés sous surveillance électronique (PSE). Chiffre estimé pour 2001.
(2) Pierre V. Tournier,   Loi pénitentiaire. Contexte et enjeux, Editions l’Harmattan, coll. Sciences criminelles – Controverses, janvier 2008, 114 pages.
(3) GENEPI, A l’ombre du savoir. Connaissances  et représentations des Français sur la prison, Ministère de la Justice,  1996, 121 pages.

(4) Pierre V. Tournier, Sanctions pénales .Quelles sont les infractions sanctionnées ? A quoi condamne-t-on ? Les sanctions sont-elles plus « lourdes » aujourd’hui qu’hier ? in Rapport 2009 de l’Observatoire national de la délinquance (OND), 15 pages.
(5) Annie Kensey et Pierre V. Tournier, Prisonniers du passé ? Cohorte des personnes condamnées, libérées  en 1996-1997 : examen de leur casier judiciaire 5 ans après la levée d’écrou (échantillon national aléatoire stratifié selon l’infraction), Paris, Ministère de la Justice, direction de l’administration pénitentiaire, Coll. Travaux & Documents,  n°68, 2005, livret de 63 pages + CD ROM.
(6) Maître Sylvain  n’a certainement pas dû voir The Deer Hunter, le film de Michael Cimino, sorti en 1978.

(7 Rappelons que les titres sont souvent de la rédaction du Monde  et non des auteurs des textes !
(8) Peyrat Didier, « Eloge de la sécurité », Gallimard - Le Monde, 2003, p. 130 et suivantes.
*** DEVANT LA COMMISSION DES LOIS ***

- 3. - La Garde des Sceaux remet en cause le principe de l’encellulement individuel.


PARIS, 8 sept 2009 (AFP) - 18h46 heure de Paris - La garde des Sceaux Michèle Alliot-Marie a remis en cause mardi le principe de la détention en cellule individuelle, proposant de lui substituer […] celui du "libre choix du détenu" d'être seul ou non. Selon elle, le "libre choix" permettrait notamment de mieux lutter contre le risque de suicide en prison, un phénomène en progression sur fond de surpopulation carcérale endémique. « Il faut prendre en compte une possibilité d'action et aussi un certain nombre de réalités (...) est-ce que l'encellulement individuel n'est pas aussi une négation de cette volonté de maintenir du lien social (en prison) ? », s'est interrogée la ministre devant la commission des Lois de l'Assemblée nationale, à une semaine de l'examen en séance publique du projet de loi pénitentiaire. C'est une des modifications qu'elle a souhaitées par rapport au texte de loi adopté en mars en première lecture au Sénat, une mouture qui avait été saluée par l'opposition pour ses « avancées ».
     La ministre a également réaffirmé que la possibilité - validée par le Sénat - de bénéficier d'une alternative à l'incarcération pour tous les condamnés à des peines de deux ans de prison ferme (contre un an jusqu'à présent) lui posait "certains problèmes". Revendiquant une attitude « logique » après le vote en 2007 de la loi sur les peines planchers, elle a suggéré que soient exclus de ce régime les récidivistes, ainsi que les délinquants sexuels.
   Elle a proposé que le placement "automatique" sous bracelet électronique ne puisse intervenir que dans deux cas : quand le reliquat de peine est inférieur ou égal à quatre mois, et, pour des condamnations inférieures à six mois, si un tiers de la peine a été effectué […]
    Serge Blisko (PS) a considéré que « le problème numéro un » à régler était l'accès aux soins des détenus « en grandes difficultés psychiques ou psychiatriques », selon lui "20 à 30%" du total. […]

*** PARIS, RIVE DROITE ***
- 4. – RAPPEL. PARIS. Mardi 15 septembre 2009. 17h15. Séance inaugurale du séminaire, public, de recherche « Enfermements, Justice et Libertés dans les sociétés contemporaines », du Centre d’histoire sociale du XXe siècle. 20ème séance.
- Entrée libre, gratuite et sans inscription -
- Lieu : Amphithéâtre Dupuis, 9, rue Malher  Paris IVe, (sous-sol) Métro Saint-Paul.

   Sous la présidence de M. Pierre Lyon-Caen, avocat général honoraire à la Cour de Cassation, membre de la Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS), co-fondateur du Syndicat de la Magistrature.
   En présence de MM. Jean-Marie Delarue, Contrôleur général des lieux de privation de liberté,  Jean-Paul Delevoye, médiateur de la République et Claude d’Harcourt, préfet, directeur de l’administration pénitentiaire.
« Placement sous écrou et dignité de la personne »

    Communication de M. Jean-Manuel Larralde, professeur de droit public à l’Université de Caen,
   Discutants : Dr. Olivier Boitard, psychiatre des hôpitaux, médecin-chef à l’hôpital de Clermont (Oise), président du Comité d’action syndicale de la psychiatrie, M. Pierre Méheust, juriste, ancien président du GENEPI, M. Arnaud Philippe, étudiant en économie à l’Ecole normale supérieure,  ancien président du GENEPI.

* Avec le soutien de  l’Association française de criminologie (AFC) et de la Société GEPSA, prestataire de services dans les établissements pénitentiaires en gestion déléguée. GEPSA contribue à la réinsertion des personnes détenues grâce aux dispositifs de formation profession-nelle, d'emploi et d'accompagnement mis en place en partenariat avec l'Administration pénitentiaire.

*** EN RÉGION ***
- 5. – LYON. 21 septembre 2009.  9h - 17h. « La prison entre loi commune et lois internes ». Colloque co-organisé par le TGI, l’Ordre des avocats, la Compagnie des experts du justice et l’Université Claude Bernard Lyon 1.

Avec entre autres : Marc Renneville (historien), Patrick Mounaud (fonctionnaire pénitentiaire), Pierre Tartakowsy (Ligue des droits de l’homme), Hugues Vertet (aumônier), Maître François Saint-Pierre, Bernard Bolze représentant Jean-Marie Delarue, Corinne Rostaing (sociologue), Pierre Barlet (médecin)…

Inscription : 100€, 50€ pour les étudiants + 25  € pour le déjeuner (sic).
- Lieu : Palais de Justice, 67, rue Servient, Lyon 3ème.
* Contact : Corinne.dauphin@adm.univ-lyon.fr

*** LE KIOSQUE ***
- 6. - Aux Editions Sciences Humaines
Identité(s). L'individu, le groupe, la société,  sous la direction de Catherine Halpern
3e édition actualisée et augmentée,  septembre 2009 - 352 pages - 25 euros

- Comment se construit-on soi-même  ? Quels rôles jouent la famille, l'école, le travail, les amis ?
- Quels sont les processus d'intégration dans un groupe, dans la société ? Pourquoi certains s'intègrent-ils mieux que d'autres ?
- Peut-on vraiment parler d'identité nationale ? Qu'est-ce qui se joue dans les conflits religieux et ethniques? La mondialisation favorise-t-elle les revendications identitaires?
Autant de questions cruciales qui animent les grands débats de société et auxquelles ce livre répond à travers les contributions des meilleurs spécialistes : philosophes, historiens, sociologues, psychologues, ethnologues…

Ont participé à cet ouvrage : Jean-Loup Amselle, Stéphane Chauvier, Claude Dubar, Vincent de Gaulejac, Danièle Hervieu-Léger, Jean-Claude Kaufmann, Denis Lacorne, Bernard Lahire, Catherine Paradeise, Daniel Welzer Lang, Edmond Marc, Martine Segalen,  François de Singly, Pierre Tap, Charles Taylor, Geneviève Vinsonneau, Michel Wieviorka
Internet

Une cartographie intéressante concernant les homicides dans l’Etat de  New York, signalée par Pascal Décarpes, Lehrstuhl für Kriminologie,  Ernst-Moritz-Arndt-Universität, Greifswald,  Germany :

http://projects.nytimes.com/crime/homicides/map
***  DU COTÉ DU PASSÉ ***
- 7. -  Nouveautés mises en ligne en juillet-août sur le portail Criminocorpus

1. Mise à jour de la Bibliographie d'histoire de la justice française.
Mise en ligne en octobre 2005 lors de l’ouverture du portail Criminocorpus, la Bibliographie d’histoire de la justice française est, depuis cette date, régulièrement mise à jour par son auteur Jean-Claude Farcy. Cette dernière mise à jour (août 2009) porte à la fois sur la reprise de certaines références existantes alors (ajout des mentions de rééditions, etc.) ainsi que sur l’ajout de 1796 références supplémentaires avec leurs index.
Outil de référence, la Bibliographie d’histoire de la justice française propose désormais 66 864 références portant sur les institutions et le personnel judiciaire, la procédure et les procès, la criminalité et les pénalités, la répression politique et les polices. Elle reste  librement consultable et accessible sur le portail Criminocorpus.
2. Deux nouveaux articles de Jean-Marc Berlière dans le cadre du dossier sur l'histoire de la police :
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Les pouvoirs de police : attributs du pouvoir municipal ou de l’Etat ?

Vous pouvez retrouver ces informations et d'autres nouvelles relatives à l'actualité du domaine en consultant le blog de Criminocorpus :
http://criminocorpus.hypotheses.org/

Pour l'équipe de Criminocorpus : Marc Renneville

Criminocorpus. Le portail sur l'histoire de la justice, des crimes et des peines.
http://www.criminocorpus.cnrs.fr

*** OPALE ***
Observatoire des prisons et autres lieux d’enfermement


  - 8. - Les centres éducatifs fermés (CEF)  (III)

* Extrait de Pierre V. Tournier, « Démographie des lieux de privation de liberté (France, 2009) », à paraître dans le Rapport 2009 de l’Observatoire national de la délinquance (OND), 20 pages.
 Ces centres, publics ou associatifs, ont été institués par la loi du 9 septembre 2002 d’orientation et de programmation pour la justice. Y sont placés les mineurs multirécidivistes de 13 à 18 ans en application d’un contrôle judiciaire, d’un sursis avec mise à l’épreuve ou d’une libération conditionnelle. Ces jeunes font l’objet de mesures de surveillance strictes assorties d’un suivi éducatif et pédagogique renforcé et adapté à leur personnalité. Le terme « fermé » renvoie à la fermeture juridique définissant le placement, c’est-à-dire que tout manquement grave au règlement du centre est susceptible d’entraîner une détention.
   Nous avons sollicité la Direction de la protection judiciaire de la jeunesse (DPJJ) au Ministère de la Justice afin de disposer de données sur les CEF. Les statistiques disponibles nous ont été fournies avec diligence. Au 6 juillet 2009,  les centres en service sont au nombre de 38 (France entière), ce qui représente 413 places. 344 jeunes y sont accueillis1. Nous disposons, par ailleurs, de l’évolution annuelle de placements (flux), en distinguant les centres du secteur habilité (associations) et ceux du secteur public (Tableau 2.).  En 2008, on a recensé   878 placements dont plus de 78 % ont été effectués dans le secteur habilité (métropole). A partir de 2005,  il est aussi possible de connaître la répartition des mesures terminées une année donnée selon la durée du placement (Tableau 3.). Cette répartition tend à se resserrer avec le temps : de 53 % de placements, compris entre 3 et 9 mois, achevés en 2005 à 64 % en 2008. Pour cette dernière année, on peut estimer  la durée moyenne du placement à 4 mois et demi. 

 En revanche, nous ne disposons que de données très partielles concernant la répartition entre les trois statuts prévus par les textes. Elles ne portent que sur 42 des 67 placements effectués  dans le  secteur public du 1er janvier au 31 mai 2009. On compte  2/3 de prévenus sous contrôle judiciaire, 1/3 de condamnés à une peine avec sursis et mise à l’épreuve et aucun condamné en libération conditionnelle. 

 Tableau 2. – Nombre annuel  de placements en Centres éducatifs fermés (CEF)
Champ : France entière


2003
204
2005
2006
2007
2008
Ensemble
n.d.
n.d.
328
451
680
878
Secteur habilité
n.d.
n.d.
282
395
557
689
Secteur public
20
39
46
56
123
189
n.d. : non disponible                                Source des données : Ministère de la Justice et des Libertés, DPJJ

 Tableau 3. – Durée des mesures terminées de placement  en Centres éducatifs fermés (CEF)
3.1 - Ensemble
Champ : France entière


2005
2006
2007
2008

Eff.
%
Eff.
%
Eff.
%
Eff.
%
Ensemble
256
100
371
100
545
100
635
100
Moins de 3 mois
96
37,5
146
39,4
189
34,7
203
32,0
3 m à  moins 6
87
34,0
125
33,7
199
36,5
231
36,4
6 m à  moins de 9 m
48
18,8
72
19,4
132
24,2
176
27,7
9 mois et plus
25
9,8
28
7,5
25
4,6
25
3,9
Source des données : Ministère de la Justice et des Libertés, DPJJ

3.2  - Secteur habilité
Champ : France entière


2003
2004
2005
2006
2007
2008
Ensemble
n.d .
n.d.
217
325
464
610
Moins de 3 mois


81
124
156
193
3 m à  moins de 4 m


18
28
30
50
4 m à  moins 5 m


13
23
31
62
5 m à  moins de 6 m


42
57
103
110
6 m à  moins de 7 m


33
53
102
152
7 m à  moins 8


4
4
9
14
8 m à  moins de 9 m


6
8
11
6
9 mois et plus


20
28
22
23
n.d. : non disponible                                Source des données : Ministère de la Justice et des Libertés, DPJJ

3.3 - Secteur public
Champ : France entière


2003
2004
2005
2006
2007
2008
Ensemble
1
16
39
46
81
25
Moins de 1 mois
-
2
7
5
9
4
1 m à  moins de 3 m
1
4
8
17
24
6
3 m à  moins 6 m
-
8
14
17
35
9
6 m à  moins de 9 m
-
1
5
7
10
4
9 m à  moins de 12
-
1
4
-
2
2
1 an à  moins de 2 ans
-
-
1
-
1
-
Source des données : Ministère de la Justice et des Libertés, DPJJ

Pierre V. Tournier
_________________________________________________________________________

- 9. – La statistique et les services : « Prisons pour femmes »

Leçon n°5. 

   Cet été, la une du quotidien Le Monde daté du 30 juillet 2009 avait retenu toute mon attention : « Doutes sur la création des 600 000 ‘emplois verts’. Le gouvernement les a annoncés après le Grenelle de l’environnement. Les experts mettent en question le rapport qui fonde cette affirmation ». En revanche, le doute n’est pas permis à propos du sujet traité juste en dessous : « Selon les services de la police nationale 367 femmes portent la burqa en France ». Et le quotidien de préciser «  Selon la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), 367 femmes, sur tout le territoire, auraient adopté le voile intégral. Une très grande majorité est âgée de moins de 30 ans et pour un quart d’entre elles, il s‘agit de Françaises converties à l’islam». L’auteur de l’article n’a pas ressenti le besoin de se poser la moindre question sur l’exploit ainsi réalisé en matière d’enquête socio-démographique. L’éditorial du même numéro (p. 2) précise tout de même que « cette évaluation à l’unité près risque de faire sourire ». Dans le corps de l’article (p. 8), il est question d’une comptabilité non pas du port de la burqua mais de celui du voile intégral. Le journaliste précise (sic) que « le chiffre ne prétend pas être exhaustif ». Mais cela ne l’empêche pas de rapporter « qu’une majorité de ces femmes identifiées (sic) porte le voile intégral volontairement ». Plus fort : « 26 % sont des Françaises converties ». Enfin « la plus jeune des porteuses (sic) est âgée de 5 ans ». A-t-elle été comptée parmi les volontaires ? Parmi les françaises converties ? Ainsi dans le journal de référence (formule d’autrefois ?), on peut écrire à peu près n’importe quoi. C’est aussi le cas dans le journal de référence des gens de droite…

   En effet, si l’on en croit Le Figaro du 9 septembre 2009, ce champ de recherche est en plein développement : « Deux mille femmes portent la burqa en France ». Cette estimation qui date aussi de cet été - restée confidentielle -, provient de la sous-direction de l’Information générale du Ministère de l’Intérieur. La journaliste précise : « s’il est impossible de les compter individuellement les policiers se sont livrés à une estimation sur la base des lieux de culte salafistes ». Et d’ajouter sans commentaire, le ministère de l’Intérieur assure, à propos des 367 qu’il ne s’agissait que « d‘un échantillon et bien entendu pas du chiffre globale ». L’inculture du chiffre a encore de beaux jours, place Beauvau…et dans les rédactions… de référence de notre cher pays.

A suivre.
PVT

 PS. Hier dans le métro - ligne 13 - je me suis trouvé en présence de trois femmes portant  le niquab (voile couvrant le visage sauf les yeux). Toujours le même  sentiment en moi : sentiment de profonde tristesse, sentiment  de révolte contre l’obscurantisme dont les jeunes filles et les  femmes restent, de part le monde, les premières victimes. 

***  GRAND ECRAN ***
- 10. - Un Prophète  - Film de Jacques Audiard -  « Une Prison-Gigogne » par  Jean-Christophe Tournier.
          Le héros du film en prend pour six ans. On n’en prendra que pour deux heures trente d’enfermement, en salle obscure. Et le temps passera très vite ! Près de cent cinquante minutes en prison, tant les échappées sont brèves. En prison(s) devrait-on dire tant la topologie du film adopte la structure de l’emboîtement, et, pour ainsi dire, des prisons-gigognes. Une prison peut en habiter… une autre et le parcours du détenu s’en trouver, pour le moins, dédoublé. Ainsi qu’en attestera, avec éclat, au terme de l’itinéraire, la toute dernière séquence du film.
          Anticipons sur le double accueil qui sera réservé au héros à sa sortie de prison. Tout un comité s’est porté à sa rencontre : des filles tout sourires, des types aux carrures impressionnantes, et qui sortent de trois véhicules flambant neufs, une fourgonnette luxueuse et deux quatre-quatre aux vitres teintées. Et puis, dans le plan qui suit, une jeune femme seule, un enfant dans les bras ; la veuve de son meilleur ami, fidèle au rendez vous ; descendue du bus, et qui l’invite à rejoindre le même arrêt où il faut patienter trente minutes  entre chaque passage. L’homme jeune paraît n’avoir pas même remarqué la bande et répond très naturellement à l’invite de la jeune femme : ils prendront leur mal en patience en attendant le bus ! Mais les lourds véhicules s’installent dans les instants qui suivent à l’arrière plan. C’est à peine si l’homme paraît tenté d’amorcer un mouvement de la tête vers l’arrière pour s’assurer qu’il n’a pas rêvé, et qu’ils sont bien là, qu’ils l’attendaient, et qu’ils ne le lâcheront pas… Il fallait un bel aplomb à l’auteur du film, et une foi inébranlable dans les vertus de la fiction pour assumer avec autant d’audace les tensions qui travaillent de bout en bout la construction du récit.
              Retour en arrière. Et passage obligé par la case prison. On n’a pas renâclé aux efforts pour cette énorme production : une prison aura été construite en dur, d’après les modèles existants, et conforme à bien des égards avec la réalité de ces lieux de détention. Avec un bel effet de trompe l’œil. On est tout à fait ici, et c’est une prison bien de chez nous. Et l’on est résolument ailleurs.
          1. Aucun doute n’est permis. On est bien en France et la langue qu’on entend vociférer, articuler dès les premières secondes est bien celle de détenus et de gardiens de chez nous. Tout comme l’uniforme des gardiens est immédiatement identifiable. Et, pour confirmer l’effet de réel, le journal télévisé s’invite en cours de projection pour annoncer une décision très attendue : le rapprochement autorisé des détenus politiques corses de leurs familles. Transfert qui, dans le scénario, amorcera le déclin du principal caïd de l’endroit. De la même façon, le scénario reprend scrupuleusement en compte les aménagements de peine institués dans nos établissements pénitentiaires. Le jeune héros ne semble pas au courant et son mentor complète ses informations : s’il se comporte en « détenu modèle » cela  devrait  lui valoir une sensible réduction de sa peine. Et, passé un certain délai, un jeu de sorties d’une à plusieurs journées visant à préparer sa libération conditionnelle en vue d’une réinsertion sociale réussie. Et l’avocat qui veille au parcours du détenu lui précise à la fois les procédures, les modalités, et les délais à respecter. Le spectateur est ainsi associé, par deux fois, aux réunions des commissions chargées d’examiner les dossiers, de prendre, à l’issue d’un tour de table, les bonnes décisions et d’en informer, directement, le détenu.
Mieux encore, et tout à fait édifiantes, quelques brèves séquences, tournées à la façon d’un documentaire, et qui sonnent tout à fait  juste, balisent les étapes d’un parcours qui  mènerait un détenu des plus démunis, et des mieux disposés, vers une réinsertion excluant la récidive. Analphabète, le héros apprend, en prison, à lire et à écrire. Une poignée d’élèves dans un vrai silence et les paroles du maître qui retentissent avec une singulière  force de conviction. Et, surtout, à travers le cercle étroit dessiné sur la page du manuel par une caméra subjective, un mot simple dont la bande son atteste qu’il est découpé avec gourmandise en deux syllabes bien distinctes : «  ca-nard » ! Et quelques années plus tard, pour confirmer une vraie progression, le protocole d’une passation officielle d’examen avec distribution des copies règlementaires, et le délai de rigueur, annoncé puis confirmé. Après l’émotion des premières découvertes, des progrès dans l’acquisition des connaissances et la maîtrise du verbe. A l’évidence, on peut, dans cette prison, s’arracher à l’ignorance, rattraper un retard scolaire et investir une part de la durée en parcours d’étude et de formation. Pour preuve, à peine exécutées les formalités d’entrée, une séquence en atelier de couture. Et, des difficultés surgissant dans l’exécution des tâches, l’intervention rapide d’un maître d’apprentissage qui fait, aussitôt, preuve de la plus grande disponibilité. Le même souci de coller aux réalités de la pénitentiaire s’impose dans la manière dont sont mises en scène, de façon très scrupuleuse, et convaincante, les modalités associées au franchissement du seuil de la prison. Ce sont d’ailleurs les seuls moments où les gardiens nous sont présentés d’une manière conforme à l’idée qu’on s’en fait ; et qui ne contrevient, en rien, aux préceptes de la morale la plus ordinaire. Très présents, dans les premières minutes du film ils sont là pour exécuter de façon précise les figures obligées de la chorégraphie de l’admission. Ils sont bien en place pour s’associer aux formalités des sorties. Et présents, et règlementairement réactifs, pour sanctionner le retard, et accompagner le contrevenant lors de son escapade jusqu’au mitard où il va subir sa sanction. Comme pour cautionner cette impression de réalité, le détenu multiplie les marques de conformité, ponctuant chaque réplique d’un « gardien ! » de très bon aloi. C’est aussi qu’une fois franchi le seuil de leurs prisons, les gardiens passent le relais, et cèdent l’essentiel de leur autorité…  aux grands maffieux.
          2. Au-delà  du seuil, plus d’espoir. Ici commence  le règne absolu des caïds et du caïdat. Il suffit d’une séquence fulgurante pour en convaincre le nouveau détenu comme chacun des spectateurs. Un homme vient de subir un transfert, il doit témoigner contre un important truand. Les informations de première main en parviennent très vite au principal caïd et la décision d’exécuter l’individu est aussitôt arrêtée. Et quand le jeune détenu fait appel au chef de la détention pour dénoncer les truands qui le somment de tuer, la leçon est édifiante. C’est bien le gradé en uniforme qui ouvre et se présente à la porte de la cellule ; mais pour livrer accès à des brutes qui passent, aussitôt, le jeune homme à tabac en lui martelant, à l’appui, que l’autorité c’est eux, qu’il faut  leur obéir et se plier à leurs seules injonctions.  A l’identique, quand il s’agit de ménager au tueur désigné les déplacements et les accès nécessaires à l’accomplissement de sa besogne.
Rien de la vie en prison n’échappe aux prérogatives des caïds. Quand le temps est venu d’envisager une réduction de la durée de détention et des sorties c’est à peine si la silhouette d’un avocat a le temps de se dessiner. C’est à lui que revient la tâche ingrate d’inviter à la patience, et d’évoquer les délais nécessaires. Très vite, le caïd lui coupe la parole et précise bien les choses : c’est lui qui tient toute l’administration sous sa coupe ; c’est à lui seul, et selon ses besoins, qu’il appartient d’établir le calendrier et les modalités d’application. C’est aussi que le caïd, qui fait tout ce qu’il veut intra muros, a fort à faire extra muros. Pendant la détention, le grand banditisme, les gros trafics ont leurs exigences, et méconnaissent les parois de la prison. Très poreuses, ces parois, et qui n’empêchent ni les informations de parvenir à l’intérieur, ni aux ordres d’en partir, et d’être exécutés. Et cette façon sidérante d’investir, de donner sens à la prison impose une lecture toute nouvelle de la procédure de réinsertion. La posture obligée de « détenu modèle » est explicitement présentée comme faux semblant, couverture, et stratégie. Dès qu’il aura mérité le droit de sortir, et tout en  respectant dans le détail les procédures qui lui vaudront de nouvelles autorisations, le héros est chargé de besognes qu’il exécutera sans jamais faillir. Qu’il s’agisse de remettre en mains propres, de consolider un réseau, d’obtenir le nom des traîtres, ou d’abattre les indésirables. Le caïd qui gère activement ses affaires au dehors dispose de très précieuses prérogatives à l’intérieur. Il  circule comme il veut, il reçoit qui il veut, il dispose de domestiques. Il rappelle aux gardiens qu’il les tient sous sa coupe. Qu’ils tiennent de lui et leurs places, et leur autorité, et leur chance d’être maintenus. Il s’impose, dans la cour, encadré d’une escorte impressionnante. Il désigne d’un mot, d’un signe qui il veut honorer, promouvoir, supprimer. Sauf à voir sa toute puissance contestée.
Et c’est là qu’intervient le second clivage qui caractérise la vie dans cette seconde prison ! Dans cette prison-ci, on est toujours né quelque part. Et qui vient d’ici ou de là bas s’associe, et se solidarise avec tel et tel qui viennent du même endroit. Les choses sont d’ailleurs assez simples : ou bien l’on vient d’un village Corse, et l’on parle corse ; ou bien l’on répugne à manger du porc, et l’on parle, ou l’on entend plus ou moins l’arabe. Et, dans les débuts du film, il vaut mieux être corse, et dépendre du grand caïd corse, le caïd des caïds. Et, suite au transfert déjà évoqué, il vaut bien mieux, par après, se trouver du côté des barbus, et parler arabe. On ne se mélange pas, et l’on se manifeste de manière récurrente, par les provocations et les insultes, sa réciproque détestation. Et c’est l’ensemble de ces données tellement rigides, tellement sclérosantes qui vont autoriser les initiatives du héros, son surgissement et sa formidable  propension à faire tout bouger.
          3. Le film, sur cette double toile peinte du parcours trop édifiant du détenu modèle et du parrainat archaïsant de grand papa fait surgir un hors-venu qui méconnaît tous les usages. Abasourdi, couturé  de cicatrices, hébété, incapable d’aligner cinq mots, Il n’est rien : analphabète, sans répondant au dehors, sans appui à l’intérieur, le visage marqué de coups, le corps zébré de cicatrices, déboussolé, hagard… On n’a d’attention que pour ses pieds ; l’Administration, généreuse, pour troquer ses savates pour une paire de tennis neuves ; les truands, pour aussitôt les lui soustraire, et le laisser pour mort parce qu’il a osé réagir… Et il va constamment en baver. Et chaque fois rebondir. Et on va  le retrouver, tout au long du film, jeté à terre, roué de coups, assommé, pantelant de douleurs, à se convaincre, à nous convaincre avec lui que c’en est fini du  calvaire, qu’on descend à cette station, et qu’il n’y aura pas de degré plus bas. Avant que chaque fois, par miracle, mais surtout par intuition, par  à propos, il en réchappe ; et pour monter d’un degré dans l’estime de ceux qui assurent moins d’inconfort  et de se retrouver précipité, de  plus haut, quelques marches plus bas. Il entre quelque chose du personnage de Tintin, dans la candeur, dans le goût de découvrir et d’apprendre, dans le sens, surtout, du rebond, dans l’aptitude à ne jamais se décourager dans la pire adversité, et à saisir tout ce qui, dans la situation, autorise un retournement propice à la survie.
             Ce qui fait également la force du héros c’est qu’il n’adhère à aucune structure, c’est qu’il fait imploser toutes les prisons où les autres s’enferment et voudraient enfermer. Méridional, il est vite admis parmi les Corses et l’on en oublie assez vite qu’il est arabe. Arabe parmi les Corses, il est envoyé auprès des barbus pour permettre aux Corses d’accroître leur emprise sur eux. Du  même coup, il les persuade qu’il partage beaucoup avec eux et qu’il peut se retourner, avec eux, contre son protecteur. Victime de tous les racismes il les prend tous à son compte et les transcende tous. Imposant à chacun un irréversible tournis. Adopté par un truand Corse, il en rajoute encore dans l’asservissement, et la soumission. Mais c’est pour observer tout à son aise, c’est pour  mieux assurer son emprise vis-à-vis d’un faux père adoptif dont il sait qu’il est devenu l’addiction, et donc, pour partie, le maître. Volatile, indépendant, délié de toute racine, et des préjugés associés, il sait les faire jouer, en jouer, s’en jouer, envers et contre tous. Il  énonce, il dénonce chacun comme sa propre prison, les communautés comme autant de prisons et la prison comme l’éteignoir de toute spontanéité, de tout élan un peu vrai.
           Et l’audace magnifique de la dernière séquence est une formidable manifestation de liberté du metteur en scène. Et du personnage. La prison qu’il quitte n’est pas plus réelle, ni plus fausse que la vie libre qu’il va redécouvrir, et réinventer. Tout est vrai, dans ce qui vient d’être raconté, et tout est faux. Rien n’est vrai de cette prison, de ce parcours en prison, et tout participe d’un fond de vérité. Rien n’est vrai dans ce personnage, tout est fabriqué. Et son projet de réinsertion : cette gentille veuve qui propose de l’héberger ; ce garage où il est attendu ; cet imam qui a travaillé à lui offrir un hébergement. Et cet arrêt de bus où il est tout prêt à patienter tout le temps qu’il faudra. Et les filles, retour de Marbella, et les mecs qui roulent des mécaniques, tout prêts à encenser le jeune caïd et à le transporter au bord de sa piscine. Et la vérité n’est ni dans l’une ni dans l’autre de ces propositions. Elle n’est pas non plus à mi-chemin.
           Parce que le cinéma c’est la nuit qui se fait jour, et le jour en pleine nuit. Et qu’on ne se laisse pas enfermer impunément pendant deux heures trente. Même et surtout de son plein gré. Et qu’on n’est jamais libéré d’un tel film que sous caution. Et qu’on n’en sort pas indemne de nouvelles interrogations : sur la difficulté de vivre d’une vraie vie en prison et de s’y préparer aux vrais pièges du dehors. Et sur les libertés réelles. Et sur l’agir vrai qu’il faudrait promouvoir au sein de la détention. Et sur les perspectives stimulantes qui pourraient s’inventer au dehors.
JCT 

  
     PS. Les films vous travaillent, par après. Il faut absolument voir celui-ci.  Et pour lui-même. Et pour réagir à ce qu'on en dira, à ce qu'on se croira autorisé à en dire. C'est un très beau, et un grand film. Et pour toutes sortes de raisons que je ne dis pas. J’ai adopté à l'encontre de l'œuvre  un point de vue  détaché  et fatalement  réducteur  - déterminé par ma préoccupation de démêler le vrai du faux à propos de la prison - , alors que le propos - cela m' apparaît bien mieux, à distance, et dans le travail que le film fait en moi  -  dépasse, excède très largement l'ambition de coller aux réalités étriquées de la détention.



*** ATTENTION, VOUS ENTREZ DANS UN ESPACE « MILITANT » ***

     Avertissement. La rédaction d’ACP ne partage pas nécessairement le positionnement politique des personnes physiques ou morales citées dans ces rubriques « militantes ». Par la diffusion de ces informations, elle souhaite simplement favoriser le débat d’idées dans le champ pénal, au delà des travaux scientifiques que cette lettre hebdomadaire a vocation à faire connaître.
***  MOBILISATIONS  ***
11. - Appel du 2 septembre  de l’Association nationale  des visiteurs de prison
   A partir du mardi 15 septembre 2009, le projet de loi pénitentiaire doit être examiné à l’Assemblée nationale. L’ANVP aux côtés de ses partenaires se mobilise pour que cet examen soit approfondi et ambitieux.
Mobilisez vous auprès de vos relations (partenaires – parlementaires - Administration Pénitentiaire – public…) Nous craignons que les avancées espérées ne soient pas incluses dans le projet et même que des remises en cause soient faites par rapport au texte issu du Sénat.
   Pourquoi l’ANVP accorde-t-elle une grande importance à la loi pénitentiaire ? C’est une occasion historique, qui se présente pour la deuxième fois en 63 ans, de légiférer globalement sur le système pénitentiaire, après la réforme Amor du 9 août 1944 et la loi Chalandon du 22 juin 1987. L’ANVP demande une loi qui refonde le dispositif d’exécution des peines en France, en l’adaptant à la réalité de notre société. Cette loi pénitentiaire doit, certes, satisfaire les attentes légitimes de la société en matière d’ordre, et celles des victimes en matière de réparation. Mais elle doit également garantir le respect de la dignité des personnes détenues et organiser leur réinsertion dans la société en fin de peine. Ces trois exigences simultanées ne doivent pas conduire aux dérives inacceptables que l’on constate actuellement : justice de la vengeance, non respect des droits de l’Homme et des textes européens, conditions de détention déplorables et accompagnement insuffisant favorisant la récidive, inflation des peines de prison ferme (nouveaux textes dont la loi « peines planchers » d’août 2007, suspension des grâces du 14 juillet, nouvelles infractions passibles de la prison).
Que voulons-nous principalement dans la loi pénitentiaire ?

· Une définition claire du sens de la peine : la prison pourquoi ? la prison comment ?
· Une large ouverture aux alternatives à la détention pour les condamnations aux courtes peines (peines pécuniaires, travaux d’intérêts généraux, bracelets, autres…)
· Un énoncé positif des droits des détenus qui soit conforme aux Règles pénitentiaires européennes (RPE) de janvier 2006, ratifiées par l’Etat français.
· La programmation de l’intégration des RPE en droit français.
· L’effectivité du droit à l’encellulement individuel et des clauses de limitation des taux d’occupation des établissements pénitentiaires.

· Une rémunération minimale de subsistance.
· Une systématisation des aménagements de peines et notamment de la libération conditionnelle.
· Un dispositif précis de préparation à la réinsertion et d’accompagnement à la sortie (avec l’engagement de moyens dédiés)

· Une clause d’évaluation régulière de la mise en oeuvre de la loi pénitentiaire associant les pouvoirs publics et la société civile.
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- 12. - Communiqué du Groupe socialiste du Sénat du 8 septembre 2009. « La Loi pénitentiaire victime de l’obsession sécuritaire du Gouvernement

    Alain Anziani, Sénateur de la Gironde, chef de file du Groupe socialiste au Sénat pour le projet de loi pénitentiaire s’indigne contre les revirements de la majorité. En effet, la remise en cause du principe de l’encellulement individuel et la limitation des possibilités d’aménagement de peine constitueraient une remise en cause du texte adopté après des débats constructifs au Sénat et des régressions inacceptables de la condition pénitentiaire. Si le gouvernement persiste dans son aveuglement, la loi pénitentiaire ne sera pas le « grand rendez-vous de la France avec ses prisons » promis par le Président, mais bien le « rendez-vous de la France CONTRE ses prisonniers ».

A quelques jours du début des discussions à l’Assemblée Nationale, l’avenir de la Loi Pénitentiaire est plus que jamais compromis. Lors de la réunion du Congrès à Versailles, le Président de la République avait une nouvelle fois promis un grand texte destiné à répondre à la « honte pour la République » que constitue la condition carcérale en France. Les dernières prises de position du Garde des Sceaux et du rapporteur à l’Assemblée Nationale semblent au contraire de nature à aggraver encore l’humiliation pour la République.
La possibilité  ouverte par le Sénat de prononcer des aménagements de peine ab initio pour les peines inférieures à deux ans est explicitement remise en cause par la Ministre et le Rapporteur, qui y voient une mesure de clémence à l’égard des délinquants. Il est notamment proposé d’écarter les délinquants sexuels et les récidivistes de ce dispositif. Alors que les peines planchers ont déjà démontré leur inefficacité et leurs dangers, le gouvernement persiste dans son obsession d’enfermement.

Les aménagements de peine ne sont pas des « cadeaux » faits aux condamnés, ils ne sont prononcés que si le condamné fait la preuve de sa volonté de réinsertion. En limitant cette disposition sur les aménagements de peine, le gouvernement montrerait le peu d’importance qu’il accorde à cet aspect pourtant essentiel de la politique pénale. Alors que certains à l’UMP souhaitent remettre en cause la disposition, adoptée par le Sénat, selon laquelle l’emprisonnement ne peut être prononcé qu’en dernier recours, Alain ANZIANI déplore l’absence de réflexion sur le sens de la peine d’emprisonnement. 
Il ne fait aucun doute que la démagogie sécuritaire du gouvernement se traduira par une nouvelle aggravation des conditions de détention dans des établissements déjà surpeuplés. Par ailleurs, la remise en question du principe de l’encellulement individuel réaffirmé par le Sénat, tout comme l’absence d’engagement ferme sur l’application des règles pénitentiaires européennes, nous montrent combien la condition pénitentiaire est loin des préoccupations du gouvernement.
    Alain Anziani s’insurge contre l’incohérence de la politique pénale de ce gouvernement, qui a multiplié les discours sur la prévention contre les suicides de personnes détenues mais s’obstine à engorger les prisons. Un gouvernement qui incarcère n’est pas nécessairement celui qui lutte le mieux contre la délinquance, comme le prouvent les piètres résultats annoncés récemment par le gouvernement
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- 13. - Communiqué du Groupe socialiste de l’Assemblée nationale du 10 septembre 2009. « La Loi pénitentiaire victime de l’obsession sécuritaire du Gouvernement.

    Depuis deux jours, sur la loi pénitentiaire, la majorité UMP nous rejoue une pièce connue. D’un coté, les députés UMP qui semblent s’en prendre à un projet de loi en raison de son caractère prétendument laxiste. De l’autre, la ministre UMP qui tente d’accréditer l’idée qu’elle résiste à ses amis pour garantir l'équilibre du texte. Il s’agit en réalité d’un rideau de fumée destiné à assourdir les critiques de la gauche sur un texte qui ne règle pas la question urgente de la surpopulation carcérale, insupportable dans ses conséquences, des règles de vie indignes pour les détenus et des conditions de travail difficiles, voire dangereuses pour le personnel de surveillance.

    A la veille du débat de mardi à l’Assemblée, il convient donc de rappeler quelques vérités. Le texte adopté par le Sénat en mars dernier n’a été voté que par les députés de droite, la gauche s’abstenant car sur bien des points, il reste soit frileux soit en totale contradiction avec l’intérêt général. Le projet de loi pénitentiaire adopté par la commission des lois de l’Assemblée est pour l’essentiel la reprise conforme du texte sénatorial. C’est notamment vrai sur la partie consacrée aux « droits des détenus » qui se contente d’aménagements mineurs, refusant de traiter la question de fond : celle de la place de l’arbitraire en prison. Deux reculs ont été enregistrés : la renonciation au principe de l’encellulement individuel et l'aménagement de peine pour les peines inférieures ou égales à deux ans. Sur ces deux points, les députés de droite et la garde des sceaux étaient à l’unisson. En l’état, les députés du groupe SRC s’opposent à ce texte, considérant qu’il ne réforme pas suffisamment une institution qui fabrique aujourd’hui des récidivistes.

Serge Blisko, Dominique Raimbourg, Jean-Jacques Urvoas
*** FROM CENTRE FOR PRISON STUDIES, LONDON ***

- 14. Information from Helen Fair, Research Associate, International Centre for Prison Studies, School of Law King's College London.
Charity and punishment
http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2009/sep/03/charities-marketisation-private-partnerships  
NSC reviews and accepts recommendations for prison reforms (British Virgin Islands)
http://www.bvinews.com/all_news/general/7376.html  
Prisoners take on health responsibilities
http://www.thisiswiltshire.co.uk/news/4580715.Prisoners_take_on_health_responsibilities/

prisoner wins move to women's jail

http://www.guardian.co.uk/society/2009/sep/04/transexual-prisoner-moved-womens-prison  
Charities have a role to play in running jails
http://www.guardian.co.uk/society/2009/sep/07/charities-prison-management  
Foreign killer pledge 'a sham'
http://news.bbc.co.uk/1/hi/uk_politics/8240920.stm  
Holme House prison slammed by inquest jury
http://www.gazettelive.co.uk/news/teesside-news/2009/09/05/holme-house-prison-slammed-by-inquest-jury-84229-24614323/  
Portland prison inmates need more contact with 'outside world'
http://www.dorsetecho.co.uk/news/4582349.Portland_prison_inmates_need_more_contact_with__outside_world_/  
UK funds Luzira Prison rehabilitation (Uganda)
http://www.newvision.co.ug/D/8/13/693494

A fair day's prison work?
http://www.guardian.co.uk/society/joepublic/2009/sep/09/prison-work-exploitation  
Don't gag blogging prisoners
http://www.guardian.co.uk/commentisfree/libertycentral/2009/sep/09/prison-blogging  
Japan death row 'breeds insanity'
http://news.bbc.co.uk/1/hi/world/asia-pacific/8247319.stm  
In Norway, prisoners take part in TV debates
http://www.guardian.co.uk/society/2009/sep/10/norway-prisons-tv-election-debate  
Police called to rioting at jail
http://www.expressandstar.com/2009/09/09/police-called-to-rioting-at-jail/  
Venezuela Moves Towards Freeing Thousands from Overcrowded Prisons
http://www.laht.com/article.asp?ArticleId=343310&CategoryId=10717  
‘Inexcusable’ delays to improving central prisons  (Cyprus)
http://www.cyprus-mail.com/news/main.php?id=47711&cat_id=1  
Youth prisons trial video meetings
http://www.cypnow.co.uk/bulletins/Youth-Justice/news/936918/?DCMP=EMC-YouthJustice

Letting go of control orders
http://www.guardian.co.uk/commentisfree/libertycentral/2009/sep/07/control-orders-libya  
Prisoners promised 'real wages' under the Tories
http://www.guardian.co.uk/society/2009/sep/08/prisoners-wages-penal-reform  
Special branch unit works to counter terrorists' influence in prisons
http://www.guardian.co.uk/politics/2009/sep/08/terrorist-influence-prisons-special-branch  
A higher price to pay
http://www.guardian.co.uk/society/2009/sep/09/young-offenders-cost  
Inside the sell blocks
http://www.guardian.co.uk/society/2009/sep/09/prisoners-cheap-labour-major-companies  
'Let worst killers die in prison'  (Scotland)
http://news.bbc.co.uk/1/hi/scotland/8244243.stm  
'Flexible' prison terms call by MP
http://www.thestar.co.uk/news/39Flexible39-prison-terms-call-by.5627209.jp  
Zambia: Number of Juveniles in Jail Irks Prison Authorities
http://allafrica.com/stories/200909080445.html  
Released Zimbabwe inmates relate prison horror
http://www.zimnetradio.com/news/zimnet271247.html  
Government ready to improve prisons conditions - Home minister (Angola)
http://www.portalangop.co.ao/motix/en_us/noticias/politica/2009/8/37/Government-ready-improve-prisons-conditions-Home-minister,ec0c6c01-ccf2-4db3-9a67-88badae44746.html  
Jail staff in strike threat
http://www.manchestereveningnews.co.uk/news/s/1135823_jail_staff_in_strike_threat
Punishment block at Aylesbury Prison enlarged
http://www.bucksherald.co.uk/news/Punishment-block-at-Aylesbury-Prison  


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lundi 7 septembre 2009

ACP 150

ACP N°150 - ARPENTER le champ pénal. Paris, le 7 septembre 2009






- La Loi pénitentiaire en débat -

* A la veille du débat à l’Assemblée nationale, le Club DES Maintenant en Europe organise une réunion de presse – ouverte à tous, lundi 14 septembre, 11h : « Les règles pénitentiaires européennes : les conditions requises pour qu’elles puissent être apliquées ».

Lieu : Cité Saint Martin, 4 rue de l’arsenal, Paris IVe, salle van Gogh, métro Bastille. Entrée libre, sans inscription.

* Le débat en séance publique à l’Assemblée nationale sur la loi pénitentiaire est programmé pour le mardi 15 septembre.

* Mardi 15 septembre 2009, 17h30, Université Paris 1, 9, rue Malher, Paris 4ème, « Placement sous écrou et dignité de la personne » Conférence - débat avec le Professeur Jean-Manuel Larralde, Université de Caen, Sous la présidence de Pierre Lyon-Caen, avocat général honoraire à la Cour de Cassation. En présence de Jean-Marie Delarue, Contrôleur général des lieux de privation de liberté, Jean-Paul Delevoye, médiateur de la République et Claude d’Harcourt, préfet, directeur de l’administration pénitentiaire.

Entrée libre, sans inscription.







*** LES COMPTES DU LUNDI ***

- 1. - Victimation et sentiment d’insécurité en Île-de-France. Enquête de 2009 : les premiers résultats (Hélène Heurtel), juin 2009.

Depuis 2001, ce type d’enquête est réalisé tous les deux ans par l'Institut d'aménagement et d'urbanisme de la région d'Ile-de-France.

http://www.iau-idf.fr/nos-etudes/detail-dune-etude/etude/enquete-victimation-sentiment-dinsecurite-en-ile-d.html

* Victimation : diminution des agressions, vols sans violence et cambriolages qui retrouvent leurs niveaux de 2001.

« L’enquête interroge les Franciliens sur les victimations subies au cours des trois dernières années (1) : il s’agit donc dans l’enquête de 2009 des faits qui se sont produits en 2006, 2007 ou 2008. Neuf types de victimations sont étudiés. Quatre concernent directement l’enquêté (victimations personnelles) : les agressions sexuelles, les agressions par des proches autres que sexuelles, les agressions tout venant qui regroupent le reste des agressions, y compris les vols avec violence, ainsi que les vols sans violence. Les cinq autres touchent un bien (voitures, 2 roues ou logement) appartenant au ménage dans lequel vit l’enquêté (victimations ménages) : les cambriolages, les vols de voitures, les vols à la roulotte, les dégradations et les destructions de véhicules ainsi que les vols de 2 roues, motorisés ou non. Les victimations incluent les faits réalisés mais aussi les simples tentatives. »

Le cas des atteintes personnelles : changement de tendance, en baisse

« Avec 14,8 % des enquêtés victimes en 2006, 2007 ou 2008 (près de 1,4 million de Franciliens), l’enquête de 2009 montre que le risque d’être victime d’atteintes personnelles a baissé (-2,4 points par rapport à l’enquête de 2007). Ce changement de tendance permet de retrouver un niveau proche de celui observé dans l’enquête de 2001 (15,3 %).

Cette baisse ne se retrouve pas dans les statistiques officielles de la délinquance enregistrée par la police et la gendarmerie. Les atteintes volontaires à l’intégrité physique, regroupant les violences et les tentatives de violences envers les personnes, continuent en effet d’augmenter. Plusieurs hypothèses peuvent expliquer l’écart de tendance observé entre les enquêtes et les chiffres officiels, notamment :

- seuls les faits ayant donné lieu à une plainte et transmis au parquet sont enregistrés dans les statistiques officielles, ces derniers prennent en compte les faits enregistrés sur le territoire régional, que la victime soit francilienne ou non, contrairement aux enquêtes qui interrogent uniquement les Franciliens,

- les catégories de faits qui composent l’indicateur des atteintes volontaires à l’intégrité physique ne correspondent pas tout à fait aux atteintes aux personnes étudiées dans les enquêtes de victimation ».

***

Commentaire de PVT. Je pense qu’il serait très souhaitable, si ce n’est déjà le cas, que l'Institut d'aménagement et d'urbanisme de la région d'Ile-de-France ait des échanges sur ces résultats avec l’Observatoire national de la délinquance (OND) qui lui aussi réalise, depuis 2007, ce type d’enquête (enquête nationale « Cadre de vie et sécurité » - CVS -) (2). Il serait aussi fort souhaitable de rapprocher ces données des enquêtes de victimation de celles des faits constatés par la police et la gendarmerie qui, chacun le sait, ont fait l’actualité depuis quelques jours (3) et d’expliquer ces tendances pour le moins contrastées.

… Ce qui devrait permettre de dépasser les discours répétitifs des idéologues qui, à partir de n’importe quelle information, chercheront toujours à renforcer leurs obsessions.

M. L. Mucchielli, directeur du CESDIP (Ministère de la Justice, CNRS) nous en donne, hélas, un nouvel exemple en déclarant, péremptoire, sur le site de « Rue 89 » à la suite de la publication de l’enquête de l’IAU : « En hausse, les violences en France ? C'est faux ! » (4). Je lui conseille la (re)lecture de l’ouvrage que j’avais cosigné avec Philippe Robert et all. sur « Les comptes du crime » où nous rappelions une évidence : les enquêtes de victimation ont leurs limites (en l’espèce, erreur de mémorisation, difficultés de qualification, rétentions d’information,…) comme toutes les autres approches de la délinquance. En aucun cas elles ne mesurent la réalité de la délinquance : « Différentes statistiques, différentes enquêtes nous permettent de connaître, plus ou moins bien, ce que chacune de ces catégories d’acteurs sociaux considère comme étant la criminalité. […] Nulle part, nous ne découvrirons une mesure simple, définitive, objective [de la délinquance] (5). Le « militant » (d’on ne sait trop de quelle cause d’ailleurs), prisonnier de ses dogmes, semble ne pas avoir retenu les leçons de ses aînés du CESDIP. Dommage.

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(1) A la différence des enquêtes INSEE - Observatoire national de la délinquance (OND), celle de l'IAURIF se fait par téléphone, ce qui n’est pas sans conséquence en matière de violences, notamment intrafamiliales.

(2) Une de Libération daté du 1er septembre 2009 « Délinquance. Flagrant délit d’échec ». Article de Patricia Tourancheau en page 3. « Les mauvaises statistiques de Sarkozy ». Le Monde daté du 1er septembre 2009, « Le gouvernement veut reprendre la main sur la sécurité », p.10. Le Monde daté du 3 septembre 2009, « Lutte contre la délinquance : l’Etat cherche de nouvelles voies ». etc.

(3) Il semble que l’OND ait cherché à coopérer proposant d’examiner la possibilité d’intégrer l’enquête Ile-de-France de l’IAU à l’enquête nationale INSEE-OND. L’IAU aurait refusé.

(4) Texte repris dans Mucchielli L., « L’augmentation des violences interpersonnelles est infirmée par les enquêtes de victimation » http://www.laurent-mucchielli.org/


(5) Robert Ph., Aubusson de Cavarlay B., Pottier M-L, Tournier P-V, « Les comptes du crime. Les délinquances en France et leurs mesures », L’Harmattan, 2ème édition, 1994, p.27.

*** LE KIOSQUE ***

- 2. - Ouvrages

* Frédéric Diaz, « Gérer la sécurité des événements. Des fêtes de quartier aux grands rassemblements », Les Editions Quebecor, 2009, 293 pages.

Présentation de l’éditeur : Comment assurer l’organisation de la sécurité d’un événement festif ? Comment concilier la sécurité et la préservation d’une atmosphère festive ? Comment régler des problèmes aussi différents que des voies de faits, un malaise, un accident, un vol, la dégradation d’un bien, ou même des menaces terroristes ? En tant qu’organisateur, comment assumer au mieux ses responsabilités ? Ce livre s’adresse à tout organisateur public ou privé, ainsi qu’à tout étudiant ou chercheur réfléchissant à la résolution de problèmes autour des questions de sécurité. Il lève le voile sur tous les savoir-faire relatifs à la sécurité lors de divers événements qu’il s’agisse d’une petite fête de quartier ou d’un grand rassemblement sportif ou culturel. Fondé sur la comparaison d’événements ayant eu lieu sur une période de dix ans, cet ouvrage vous renseignera sur les différents principes de gestion visant à assurer la protection des personnes, des espaces et des biens. Après cette lecture, vous saurez tout sur la façon d’évaluer, de planifier, de coordonner et de gérer le bon déroulement de tout rassemblement.

Frédéric Diaz est docteur en sociologie et chercheur associé au Centre International de Criminologie Comparée (Université de Montréal, Canada) et au Groupe de Recherche sur les Espaces Festifs (Université de Québec à Montréal, Canada). Spécialiste en sécurité d’événements sportifs et culturels, il a participé à l’organisation de plus de trente événements locaux et internationaux au cours des dernières années.

* François Chabeau, Intervenir auprès des jeunes en errance, Préface de Julien Damon, La Découverte ; Col. Alternative sociales, août 2009, 156 pages, 16€.

Présentation de l’éditeur : pour la plupart de seize à trente ans, les jeunes dits en errance – ou « zonards », comme ils se définissent souvent eux-mêmes – sont apparus de manière massive et visible dans l’espace public au cours des années 1990, en investissant les marges des grands festivals, les centres-villes de destinations estivales, les abords des gares… Même s’ils revendiquent en général leur mode de vie, ces jeunes apparaissent comme les produits et les victimes d’un affaiblissement des liens sociaux et de fragilités familiales.
Ce livre présente la synthèse des travaux conduits depuis le début des années 1990 auprès de ces jeunes en rupture sociale et propose des manières de travailler avec eux. Après avoir retracé l’évolution de ce phénomène de l’errance juvénile et de sa prise en compte par les politiques publiques, l’auteur propose des réflexions et méthodologies, issues d’expérimentations et de pratiques collectives, sur les façons d’entrer en contact et d’accompagner ces jeunes, en abordant toutes les questions qui les concernent (logement, travail, maladie, chiens, etc.) et en n’hésitant pas à pointer les tensions et contradictions qui existent sur ce sujet.

Responsable national des secteurs Social et Jeunesse des Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active (Ceméa), François Chobeaux a été à l’initiative des premières actions conduites en France auprès des jeunes en errance au début des an-nées 1990 et il est aujourd’hui animateur du réseau professionnel national « Jeunes en errance ». Il est l’auteur de Les Nomades du vide (La Découverte/Poche, 2004) et de L’Errance active (ASH, 2001).

* Bernard de France, « La violence à l’école », La Découverte, août 2009, 156 pages, 13€.

Présentation de l’éditeur : La violence à l’école défraie tous les jours la chronique. Elle est devenue une préoc-cupation majeure du ministère de l’Éducation nationale et de l’ensemble du corps so-cial : des colloques sont organisés pour réfléchir à des solutions, et des mesures sont prises à tous les niveaux pour encadrer les « barbares » que seraient les nouveaux col-légiens et lycéens, mais elles se révèlent trop souvent insuffisantes et inefficaces. Plu-sieurs fois réédité depuis sa première publication en 1988, ce livre a été le premier à mettre en cause le fonctionnement de l’institution elle-même : il montre que la vio-lence à l’école trouve largement son origine dans la violence de l’école.
La thèse que Bernard Defrance défend depuis plus de vingt ans commence à être entendue : tant qu’on ne s’attaquera pas aux violences ordinaires, consubstantielles à notre système scolaire, qui s’exercent quotidiennement contre les élèves (brimades diverses, interrogatoires humiliants, notations empiriques, procédures de sélection, punitions illégales…), on ne résoudra rien. Et les établissements, en tout premier lieu ceux des quartiers défavorisés, continueront à être des marmites sous pression.
Cette nouvelle édition est entièrement actualisée : elle tient compte des dernières études et les propositions pour agir et prévenir s’appuient sur les évolutions récentes. Une lecture indispensable pour tous les professionnels concernés et pour les parents sensibles aux problèmes de l’école.

Bernard Defrance a été professeur de philosophie, notamment en zones urbaines « sensibles », pendant trente-cinq ans et formateur d’enseignants (pour le primaire et le secondaire) pendant seize ans. Désormais à la retraite, il travaille au sein de la sec-tion française de Défense des enfants international à l’application de la convention internationale sur les droits de l’enfant. Ses ouvrages sont publiés aux Éditions La Découverte et ses textes sont disponibles sur <www.bernard-defrance.net>.

* Bernard de France, « Sanctions et discipline à l’école », La Découverte, Préface de Jean-Pierre Rosenczveig, août 2009, 204 pages, 15€.

Présentation de l’éditeur : Entre ceux qui pensent que l’école est devenue incapable d’inculquer aux élèves les règles élémentaires de la vie en collectivité, ceux qui considèrent que les enseignants sont trop souvent dépassés par les déchaînements de jeunes sans repères, ceux qui ré-clament plus de discipline, ceux qui dénoncent l’incohérence de l’application de la règle ou les sanctions trop systématiques… la polémique fait rage et s’enlise.
Selon Bernard Defrance, on ne peut sortir de ce débat sans issue, entre répression et démission, qu’en articulant construction des savoirs et institution de la loi. L’enjeu est à la fois disciplinaire et pédagogique. S’appuyant sur de nombreux témoignages d’élèves, l’auteur montre pourquoi des situations de blocage ou des conflits violents peuvent survenir et comment il est possible d’en sortir, en permettant aux jeunes de trouver des repères et d’accepter des règles, valables pour tous. Cet ouvrage, publié pour la première fois en 1993 et qui a vu bon nombre de ses propositions reprises dans les textes officiels, fournit aux parents et aux éducateurs des clefs de compréhension de l’institution scolaire, et en particulier des repères juridiques clairs.
Cette nouvelle édition, entièrement mise à jour, tient compte des réformes et des débats les plus récents concernant l’école : elle était d’autant plus nécessaire que les évolutions actuelles, du côté des instances officielles, menacent gravement les acquis pédagogiques et les quelques progrès de la période antérieure.

* Dominique Lhuilier (dir.), « Changements et construction des identités professionnelles : les travailleurs sociaux pénitentiaires », 2009. Le rapport est consultable à l’ENAP et à la Direction de l’Administration pénitentiaire.

L’étude réalisée s’inscrit dans le cadre de l’appel d’offre de la direction de l’Administration Pénitentiaire concernant « l’identité professionnelle des travailleurs sociaux dans un contexte d’évolution ». La méthode d’investigation associe une enquête qualitative (105 entretiens individuels, 11 entretiens collectifs dans 9 services, à l’ENAP et auprès des différents syndicats) et une enquête quantitative (questionnaire, 330 répondants)

Un retour sur l’histoire du travail social à l’AP montre une progressive démarginalisation par une collaboration plus étroite avec les autorités judiciaires et pénitentiaires, et une intégration attendue dans des politiques transversales comme celle de la ville et de la sécurité. Aussi, le travail social doit s’ouvrir vers l’extérieur dans une démarche partenariale et s’appuyer sur des dispositifs de droit commun. Dans le même temps, la juridicisation du travail socio-judiciaire l’éloigne de l’ensemble générique des travailleurs sociaux.

L’absence d’unité perçue de la profession de TS tient à des trajectoires de professionnalisation différentes, à l’existence de 2 corps, CIP et AS, de 2 lieux d’exercice, le milieu ouvert et le milieu fermé ayant chacun des logiques propres, de 2 cadres institutionnels, la Justice et l’Administration pénitentiaire. Cette segmentation est manifeste à travers les contrastes observés dans les conceptions du métier et les pratiques. Mais ces divergences tiennent plus fondamentalement à l’absence de conditions permettant la construction de référents collectifs fondant l’identité de métier partagé.

L’organisation du travail contribue à un isolement tendanciel du TS qui se voit attribuer une zone géographique (MO) et/ou une zone de détention (MF) ; et ceci n’est pas compensé par la stimulation et la formalisation d’un travail en équipe (carence d’espace-temps d’échange, réflexion, élaboration, organisation). De plus, le « cœur » du métier reste l’entretien individuel : la place faite à la conception et la mise en œuvre de dispositifs collectifs destinés à l’accompagnement des PPSMJ est très marginale. Aussi quand un travail d’équipe existe, c’est « malgré tout » et dans le registre de l’informel.

Dans ce contexte, la solidarité entre TS apparaît plus assise sur l’idée d’un sort commun (dans le rapport à l’institution) que sur l’idée d’une tâche commune, d’une conception partagée des activités. Et la prévalence de l’interpersonnel caractérise les relations des TS avec leurs interlocuteurs (collègues, partenaires internes et externes) : la qualité de ces relatons fonctionne comme support à la transmission des savoir-faire, à la mise en commun des ressources, à la résolution des difficultés, à la coopération.

Le TS se situe toujours au carrefour de logiques, de demandes contradictoires, l’essentiel de son travail consistant dans la construction d’un équilibre entre les attentes des personnes suivies et celles des institutions qui le mandatent. Mais les transformations socioéconomiques comme les changements législatifs, réglementaires, organisationnels cumulés sur une période relativement courte (environ 15 ans) contribuent à brouiller les attentes institutionnelles, à déstabiliser les fonctionnements informels, à accroître les difficultés rencontrées dans le travail. La construction d’un ajustement entre le pôle accompagnement insertion et le pôle contrôle probation du métier suppose une certaine latitude dans ces oscillations de posture professionnelle en fonction des personnes suivies, des objectifs visé. Latitude réduite aujourd’hui par un travail en flux tendu, « un travail à la chaîne », entendu comme traitement superficiel de dossiers.

L’interrogation autour de ce que doit être « un vrai travail socio-judiciaire » témoigne d’une recherche de sens et d’efficience des activités des TS. L’appréciation de ces activités renvoie à trois espaces d’évaluation : l’espace institutionnel, l’espace du métier, celui de la relation aux PPSMJ. L’espace du métier apparaît à développer, non pas dans la nostalgie du passé, mais pour que le métier reste ajusté aux exigences du travail réel et de ses évolutions.

* Contact : Dominique Lhuilier : dominique.lhuilier@cnam.fr , 41 rue Gay Lussac 75005 Paris

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- 3. – Autres références

* Sylviane Giampino et Catherine Vidal, « Nos enfants sous haute surveillance », Editions Albin Michel, 2009, 17€. [voir entretien dans Libération du 31/8 /09, S. Giampino est neurobiologiste à l’Institut Pasteur et C. Vidal est psychanalyste).

Internet

http://www.criavs-ra.org/ : nouveau site de l´équipe du Centre Ressource pour les intervenants auprès des auteurs de violence sexuelle en région Rhône-Alpes (CRIAVS).

Vous accédez ainsi en quelques clics : aux actions en cours ou effectuées par les membres de l´équipe au niveau de la région ; aux travaux ou projets de recherche du CRIAVS RA ; aux dates de session de formation, de rencontre ou d´échanges organisées par l´équipe ; aux contacts de nos partenaires et autres institutions avec lesquelles nous œuvrons ; aux événements repérés touchant de près ou de loin notre activité ; à la veille spécialisée d´information effectuée par le service documentation : revue de presse, nouveaux textes législatifs, nouvelles publications mais aussi émissions repérées passant à la TV, à la radio ou au cinéma ; à l´ensemble des ressources collectées concernant notre domaine d´activité et rassemblées dans une base de données documentaire. Vous pouvez également vous inscrire à la lettre d´information du CRIAVS Rhône-Alpes et au bulletin mensuel des nouvelles acquisitions de la documentation.

*** DU COTÉ DU PASSÉ ***

- 4. - La revue bilingue Crime, Histoire & Sociétés a rejoint Revues.org. Cette revue est l'organe officiel de l'International Association for the History of Crime and Crimial Justice, fondée en 1978. Vous pourrez trouver sur son site http://chs.revues.org/ les 10 premiers volumes 1997-2006), les autres volumes seront mis en ligne petit à petit à partir de janvier prochain.

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- 5. - Lettre du Centre de ressources sur l'histoire des crimes et des peines, 12ème numéro : http://www.enap.justice.fr/files/Lettrecrhcp12_juill09.pdf

Chacun est invité à suivre un nouveau parcours thématique autour des travaux de Charles Perrier, médecin à la maison centrale de Nîmes et à découvrir la collection des plans des anciens établissements pénitentiaires aujourd'hui désaffectés ou disparus.

Ecole Nationale d'Administration Pénitentiaire : http://www.enap.justice.fr/

*** CHOSES LUES***

- 6. - La loi pénitentiaire revue à la baisse, Laurence de Charrette, Le Figaro,

«
Les personnes condamnées à deux ans de prison seront finalement exclues des mesures d'aménagement de peine. Le gouvernement ne veut pas brouiller son message de fermeté sur la délinquance. […]. Depuis quelques années, des aménagements de peine sont de plus en plus souvent réalisés pour les personnes condamnées à moins d'un an de prison, notamment grâce à l'extension du bracelet électronique. Pour les courtes peines, la possibilité d'éviter un passage par la prison, toujours désocialisant, est désormais systématiquement étudiée par les services pénitentiaires d'insertion et de probation (Spip).
Les rédacteurs de la loi pénitentiaire avaient voulu monter le curseur jusqu'à deux ans d'emprisonnement, et donc permettre à tous les condamnés à deux ans ou moins de prison, après examen de leur situation, de pas être incarcérés. Leur objectif était double : l'un, très présentable, était de favoriser les chances de réinsertion des condamnés ; l'autre, moins avouable, était de désengorger les établissements pénitentiaires surchargés…
Mais les associations de victimes, qui bénéficient toujours d'une oreille attentive à l'Élysée, n'ont pas apprécié la démarche. Elles ont mis en avant le trouble que pourrait causer dans l'opinion publique le projet de ne pas mettre sous les verrous des personnes condamnées. Elles ont aussi évoqué le manque de lisibilité d'une politique qui durcit les condamnations pour les récidivistes pour finalement ne pas les placer en détention… Parmi les profils de ces condamnés à deux ans ou moins de prison, sur lesquels travaillent les services de la Chancellerie, figurent parfois des délinquants confirmés, voire des récidivistes condamnés dans le cadre de la loi sur les peines planchers. Dans l'idée de Michèle Alliot-Marie, les aménagements de peine sont utiles lorsqu'ils permettent que les peines soient réellement exécutées, à défaut de l'être derrière des barreaux. Car la non-exécution des peines est un autre fléau de la justice pénale qui trouble le message politique de fermeté. L'Administration pénitentiaire avait déjà fait ses calculs et comptait sur ces nouveaux aménagements pour soulager les établissements surpeuplés… […] .
Le gouvernement hésite encore sur la bonne solution : exclure les récidivistes des aménagements de peine, baisser le curseur à un an et demi, le laisser à un an… La décision devrait être prise lors du débat en commission des lois ».

***

NB. « Pour que la loi pénitentiaire soit plutôt revue à la hausse ! » Nous avons lancé un appel aux membres du Parlement intitulé « La prison à la recherche d’un consensus » qui, nous l’espérons, sera publié de le quotidien Le Monde. Cet appel - qui peut vous être adressé par courriel - a déjà reçu le soutien de la Fédération des associations réflexion, action, prison et justice (FARAPEJ), l’Association Nationale des Visiteurs de Prison (ANVP), le Groupement étudiant national d'enseignement aux personnes incarcérées (GENEPI), le Mouvement de réinsertion sociale (MRS), l’Amonerie nationale catholique des prisons, la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (FNARS), le Secours catholique, Caritas France et de plusieurs centaines de professionnels du champ pénal, d’enseignants, d’étudiants, de militants des droits de l’homme. Nous en repalrerons la semaine prochaine dans ACP (numéro spécial).

PVT

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*** OPALE ***

Observatoire des prisons et autres lieux d’enfermement


- 7. - Les centres et locaux de rétention administrative, les zones d’attente (II)

* Extrait de Pierre V. Tournier, « Démographie des lieux de privation de liberté (France, 2009) », à paraître dans le Rapport 2009 de l’Observatoire national de la délinquance (OND), 20 pages.

Les centres et locaux de rétention administrative, zones d’attente des ports, aéroports et gares sont placés sous la responsabilité de la police ou de la gendarmerie. Il existe 25 centres de rétention administrative (CRA) 20 sont gérés par la police et 5 par la gendarmerie. Y sont retenus les étrangers faisant l’objet d’une mesure d’éloignement du territoire jusqu’à leur départ effectif. On compte, par ailleurs, une centaine de locaux de rétention administrative. Créés à titre provisoire ou permanent par arrêté préfectoral, ils reçoivent les étrangers retenus en attente d’un transfert vers un centre de rétention. Enfin, il existe une centaine de « zones d’attente » pour les étrangers non admis à entrer sur le territoire, les demandeurs d’asile, les étrangers en transit interrompu auxquels le pays de destination finale refuse l’accès (1).

L’article R553-3 du code de l’entrée du séjour des étrangers (CESEDA) prévoit que la capacité d’accueil des CRA ne peut dépasser 140 places. La capacité d’accueil des zones d’attente varie de quelques places dans la plupart des aéroports ou ports, à 172 places pour la zone d’attente de l’aéroport de Roissy. La durée de maintien est strictement limitée à 18 jours pour la zone d’attente, à 32 jours pour les CRA.

1 – Les centres de rétention administrative

Les données administratives les plus récentes concernant ces lieux de privation de liberté se réfèrent à l’année 2007. On les trouve dans un rapport du Ministère de l’immigration, approuvé par le comité interministériel de contrôle de l’immigration réuni le 9 décembre 2008 (2). La « capacité théorique » des CRA est de 1611 (métropole) (3). Le nombre d’arrivées dans l’année est de 35 246 (Tableau 1.)

Tableau 1. - Placement des étrangers dans les centres de rétention administrative (CRA)

Champ : Métropole

2003 2004 2005 2006 2007
28 155 30 043 29 257 32 817 35 246

Source des données : Ministère de l’Immigration

On trouve un certain nombre de données statistiques sur les CRA dans le rapport annuel de la Cimade, association non gouvernementale qui exerce, depuis 1985, une mission d’accompagnement des étrangers retenus dans les centres de rétention administrative (4). Cette organisation estime à 1 724 le nombre de places dans les CRA au 1er janvier 2008 et à 34 379 le flux, en 2007, de mises en rétention. Les personnes ont pu être retenues de 24 heures à 32 jours, la durée moyenne de rétention étant estimée, par la Cimade, à 11 jours.

Sur cette base, on peut considérer que l’ordre de grandeur du nombre de retenus, à une date donnée, est de 1 050 (5).

2 – Les zones d’attente

Les placements en zone d’attente s’élèvent à 15 827 en 2007. C’est la situation faite, pendant le temps strictement nécessaire à leur départ, aux ressortissants étrangers qui ne sont pas autorisés à entrer sur le territoire français lorsqu’ils se présentent à l’une de nos frontières ou dont la demande d’admission au titre de l’asile fait l’objet d’un examen tendant à déterminer si cette demande n’est pas manifestement infondée. La zone d’attente de l’aéroport Roissy Charles de Gaulle représente, à elle seule, 93 % des placements de l’année 2007 (Tableaux 2 et 3).

Tableau 2. - Placement des étrangers en zone d’attente

Champ : Métropole

2003 2004 2005 2006 2007 1er semestre 2007 1er semestre 2008
17 073 17 098 16 157 15 876 15 827 7 007 9 214

Source des données : Ministère de l’Immigration

Tableau 3. - Durée des placements des étrangers en zone d’attente

Champ : Zone d’attente de Roissy


2003 2004 2005 2006 2007
Ensemble des placements 15 498 15 452 14 451 14 427 14 679
2 jours et moins 50,0 76,1 78,7 75,1 67,0
Plus de 2 jours à 4 jours 6,4 7,7 6,8 7,1 10,2
Plus de 4 jours à 12 jours 24,3 13,3 11,9 14,4 20,9
Plus de 12 jours à 18 jours 19,3 2,9 2,6 3,4 1,9

Source des données : Ministère de l’Immigration

A partir des données du Tableau 2, on peut estimer la durée moyenne de placement en zone d’attente à 3 jours (2007). Ce qui donne, à un instant donné, un nombre moyen de placés de 120 personnes, à Roissy, soit de l’ordre de 130 pour la métropole (5).

Notes

(1) Assemblée nationale, Commission des lois, rapport de Philippe Goujon, n°162, enregistré le 18 septembre 2007, p.12, annexe n°2.

(2) Ministère de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du développement solidaire, « Les orientations de la politique de l’immigration », Cinquième rapport établi en application de l’article L. 111-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, La Documentation française, décembre 2008, 236 pages.

(3) 6 centres ont plus de 100 places : Lyon Saint-Exupéry (120), Marseille Canet (134), Le Mesnils-Amelot (140), Vincennes (140), Nîmes (128), Toulouse- Cornebarrieu (126).

(4) Cimade, 2008, Centres et locaux de rétention administrative, rapport 2007, 296 p.

(5) On utilise ici la formule P = E x d, valable pour une population stationnaire, qui relie l’effectif à un instant donné (P), le nombre annuel d’entrées (E) et la durée de séjour exprimée en années (d).

*** CELA SE PASSE EN FRANCE ***

- 8. - Il y a 70 ans, Jean Perrin créait le CNRS. Le 19 octobre 2009 sur tout le territoire, des événements à ne pas manquer. Pour en savoir plus sur l’anniversaire du CNRS : www.cnrs.fr/70ans. A partir du 1er septembre.

*** PARIS RIVE DROITE, RIVE GAUCHE ***

- 9. - PARIS, Initiation à la démographie pénale, conférences à l’Institut de démographie de l’Université Paris 1 (IDUP), par Pierre V. Tournier.

Jeudi 15 octobre, Jeudi 22 octobre, jeudi 29 octobre, 9h – 11h.

Programme et lieu précisés ultérieurement.

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- 10. – PARIS. Programme 2010 de l’Ecole expérimentale de criminologie, Université Paris 1, L’Estran (3ème session) Sous la direction de M. Pierre V. Tournier, directeur de recherches au CNRS.

* Vendredi 29 janvier 2010 (9h -13h)

Introduction, par M. Pierre V. Tournier

A. - Des délits et des crimes

1. - Arpenter le champ pénal : observer, mesurer, agir, transformer. Questions d'actualité par M. Pierre V. Tournier.

2. - Les statistiques de la délinquance, par M. Christophe Soulez, criminologue, chef du département de l'Observatoire national de la délinquance (OND), INHES, Ministère de l’Intérieur.

* Vendredi 26 février 2010 (9h - 13h)

3. - Du coté des victimes, par M. Christophe Soulez.

4. – Le juge et la recherche de la vériét, à l’instruction et à l’audience correctionnelle ou criminelle, par M. Alain Blanc, président de chambre à la Cour d’appel de Douai, ancien président de cour d’assises, président de l’Association française de criminologie (AFC).

B. - La réponse pénale

* Vendredi 26 mars 2010 (9h - 17h)

5. - La place de la prison dans le prononcé des peines en matière correctionnelle, par M. Pierre V. Tournier

6. - Le Choix de la peine en matière criminelle, par M. Alain Blanc.

7. - La question du sens de la peine, par M. Alain Cugno, professeur agrégé de philosophie, docteur d’Etat, vice-président de la FARAPEJ.

8. - Maladies mentales, troubles de la personnalité et placement sous main de justice, par M. Loic Villerbu, professeur de psychologie à l’Université de Rennes, sous réserve.

* Vendredi 30 avril 2010 (9h - 13h)

9. - Réponses à la délinquance des mineurs, par M. Dominique Raimbourg, avocat, député de Loire atlantique, membre de la commission « Varinard » sur la justice des mineurs.

10. - Le traitement des auteurs d’agression sexuelle, par M. Bernard Savin, psychologue, docteur en psychologie, responsable projet au Centre de Ressources pour la prise en charge des auteurs de violence sexuelle de Picardie (CRAVS-Picardie), Centre hospitalier Philippe Pinel, président de l’Association pour le traitement des auteurs d’agression sexuelle (ARTAAS).

C. - L’exécution des mesures et sanctions pénales

* Vendredi 28 mai 2010 (9h - 17h)

Autour du concept d'individualisation en matière d'application des peines et de "réinsertion".

11. - Le point de vue d'un magistrat, par M. Pierre Pélissier, Conseiller à la cour d‘appel de Versailles, ancien président de l’Association nationale des juges de l’application des peines (ANJAP).

12. - Le point de vue d'un directeur d’établissement pénitentiaire, Jean-Michel Dejenne.

13. - Le point de vue d'une conseillère d’insertion et de probation, par Mme Sophie Desbruyère.

14. - Le point de vue d’un psychiatre, par le Docteur Eric Kania, psychiatre, SMPR des Baumettes, Marseille.

D. – L’éternel retour ?

* Vendredi 25 juin 2010 (9h - 13h)

15. - Lutter contre la récidive des infractions pénales, par M. Pierre V. Tournier.

16. - Question d’actualité, intervenant à préciser en fonction du thème retenu.

* Contact : Information les conditions d’inscription : Vanessa NEDELEC estran.formation@yahoo.fr

NB. Au cours de l’année 2010, nous organiserons aussi deux journées d’études sur « Le concept d’alternatives en matière pénale ».


*** EN RÉGION ***

- 11. - BLOIS. Jeudi 8 octobre 2009 ; 17h – 18h30. « Du boulet au bracelet électronique : des corps sous main de justice ». Conférence donnée dans le cadre des Rendez-vous de l’histoire.

Lieu : Campus de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI), rue Anne de Bretagne, Amphithéâtre Rouge.

* « La privation de liberté en France », Pierre V. Tournier, directeur de recherches au CNRS, Centre d’histoire sociale du XXe siècle, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne.

* « Corps sous main de justice : hier et demain », Jean-Charles Froment, professeur de droit public à l’Université Pierre Mendès France de Grenoble 2, directeur du Centré d’études et de recherches sur le droit et l’administration publique (CERDAP)

* « A-t-on le droit d’enfermer son semblable ? », Alain Cugno, philosophe, ancien élève de l'ENS de Saint-Cloud et docteur d'État, a longtemps enseigné la philosophie, collaborateur de la revue Études, vice-président de la Fédération des associations Réflexion Action Prison et Justice

Modératrice : Christiane Pernin, présidente de l’Association réflexion action prison et justice (ARAPEJ, Loire et Cher).

La loi pénitentiaire, en discussion à l’Assemblée nationale cet automne, va une nouvelle fois enrichir l’ensemble des modalités de placement sous main de justice en introduisant pour les personnes mises en examen qui encourent au moins deux ans d’emprisonnement, l’assignation à résidence avec surveillance électronique fixe ou mobile selon les cas. De l’exécution par le feu, la pendaison ou la décapitation, en place publique, aux corps suppliciés ou enfermés, au delà des mers, des maisons d’arrêt, centres de détentions ou centrales de la République à la « prison à domicile » rendue possible par les nouvelles technologies : mille façons pour la justice des hommes de contraindre le corps de celui qui a fauté. Aujourd’hui encore nous sommes confrontés à cet « obscure espace du désir de punir » (Jacques Guy Petit) que nous voudrions explorer en 3 temps : hier, aujourd’hui, demain. Avec cette question à la clef : de quel droit contraindre le corps de mon semblable ?

* Déplacements des intervenants financés par l’Association réflexion action prison et justice (ARAPEJ, Loire et Cher).

* Contact : pierre-victor.tournier@wanadoo.fr

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- 12. - TROYES. 22, 23 et 24 octobre 2009. « Enfermements. Le cloître et la prison du Ve au XVIIIe siècle ». Colloque organisé à Troyes, à l’abbaye de Clairvaux et à Bar-sur-Aube par l’Association Renaissance de l’abbaye de Clairvaux et le Centre d’Études et de Recherche en Histoire Culturelle (CERHIC-EA2616).

Réclusion, claustration, emprisonnement, incarcération, détention, internement, isolement. Les mots synonymes d’enfermement sont aussi nombreux que les réalités auxquelles renvoie la notion. Ils illustrent les pistes, nombreuses, ouvertes aux spécialistes des sciences humaines et sociales en général, et aux historiens en particulier.

* Contact : colloque-enfermements@univ-reims.fr

http://enfermements.fr/Colloque_Enfermements/Contacts.html

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- 13. – RENNES. Vendredi 22 janvier 2010. 9h – 17h30. « Incarcération et histoire familiale » Colloque organisé par l’Association « Enjeux d’enfants Grand Ouest ».

Communications de Pierre V. Tournier, directeur de recherches au CNRS, François de Singly, professeur à l’Université René Descartes Paris 5, Anne Ancelin Schutzenberger, professeur émérite à l’Université de Nice, Nathalie Woog de Cacqueray, psychologue clinicienne…

Journée animée par Jean-Marc Four, journaliste à France Inter.

L’association a pour but, selon ses statuts, « d’aider, par tous les moyens appropriés, à la gestion de la relation de l’enfant à son parent détenu, et de l’enfant détenu à ses parents. Cette association a aussi pour but de promouvoir toutes les actions visant à informer, former, sensibiliser à propos des incidences de l’incarcération sur la famille. » En effet, Enjeux d’Enfants souhaite informer et sensibiliser le plus grand nombre sur les réalités carcérales afin de contribuer à un débat public sur cette question.

* Contact : enjeuxdenfants@wanadoo.fr www.enjeuxdenfants.org

*** COURRIELS DES LECTEURS ***

- 14. – Echanges avec Paulina Borghese.

Paulina Borghese. « Pierre - Victor, je lis toujours avec intérêt les positions que vous prenez et là encore sur les chiffres du suicide. Mais il me semble qu'une série de raisons sous-jacentes ne sont pas évoquées et peuvent avoir une influence sur les passages à l'acte : le taux important de détenus ayant des problèmes psychiatriques, la distribution de médicaments, la violence entre détenus (sous le regard des surveillants), le registre de surveillance et de punitions qui reste archaïque et dur etc. Je vous trouve aussi trop dur avec l'Observatoire international des prisons (OIP). Ils ont été très longtemps très seuls et ont évidemment une vision excessive n'étant saisis que des excès avec un interlocuteur fermé côté Administration pénitentiaire. »

Pierre V. Tournier. Je vous suis sur les raisons sous-jacentes que vous citez, mais pour moi la raison principale du suicide en prison est à chercher en dehors de la prison, dans le parcours de vie qui a précédé la détention, fait de souffrances, de violences, d’échecs en tous genres, de délits, de crimes (parfois atroces). 1/3 des suicides concernent des auteurs d’agression sexuelle ! A méditer ! Tous ces gens – nos frères et sœurs en humanité - ont tout de même bien des raisons de vouloir en finir ! Non ? Plus que nous, hommes et femmes libres qui pourtant pouvons aussi parfois désespérer. Qui n’a pas rencontré dans son histoire familiale un ou plusieurs suicides (ou décès pas vraiment élucidés) ? Sur l’OIP, je n’ai pas envie d’insister. Mais, ces derniers mois, on a atteint des sommets. Quant à l’Administration pénitentiaire, cela fait 30 ans que je dialogue avec ses dirigeants, ses fonctionnaires de toutes catégories - échanges souvent musclés, pas nécessairement rendus publics -. Mais le dialogue se poursuit en permanence, dans le respect mutuel. Le respect, c’est une exigence déontologique pour le fonctionnaire d’Etat que je suis. Nous sommes au service du même Etat démocratique, au nom des mêmes valeurs, celles de la République.

Paulina Borghese. Merci de votre réponse et de cet échange. Je vous suis mais à demi. Le bonheur des échanges c'est qu'ils permettent aussi de changer de position ou d'angle de vue. Il est vrai que l'incarcération touche les plus démunis et fragiles - et qu'ils le sont aussi émotivement et psychologiquement. Mais pour avoir été marraine d'une école dans laquelle les enfants arrivaient cassés... Je sais que les conditions humaines et amicales (ce qui ne veut pas dire sans exigences et sanctions) sont reconstructrices et très rapidement. Il arrivait aussi que dans la réussite scolaire les enfants deviennent soudain très malades parce qu'ils connaissait mieux le malheur que le bonheur qui soudain les effrayait […]. Pour l'Administration pénitentiaire et le « dialogue musclé » mais pas rompu vous avez raison et je l'ai expérimenté. J'ai constaté qu'elle était moins immobile et plus progressiste que d'autres directions et confrontés à des problèmes largement ignorés et très délaissés. Je veux bien que vous publiiez cet échange.

PS. En ajout, vous savez aussi que les « pointeurs » ont la vie très dure en prison... ce qui explique peut-être aussi le taux très élevé de suicides dans la catégorie des crimes sexuels….

Pierre V. Tournier. Merci à vous chère Paulina. Merci pour le regard critique que voudrez bien continuer à porter à ce que vous pouvez lire dans « ACP ».

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- 15. - Courriel de Paul Louchouarn, Directeur de la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis.

Bonjour M. Tournier, Merci pour l'analyse rafraîchissante que vous nous avez livrée, sur le traitement politico- médiatique de la question du suicide en prison, dans le précédent numéro d'ACP. Vous avez su rétablir quelques vérités et votre objectivité est réconfortante pour un professionnel consterné par l'approximation des analyses et l'indigence des commentaires sur cette question. J'ai diffusé vos écrits, au sein de l'établissement, à ceux qui œuvrent au quotidien pour prévenir le risque suicidaire car, comme le déclarait récemment le professeur Terra, il est nécessaire aujourd'hui de donner des signes d'encouragement très fort aux personnels pour mobiliser les énergies tant pénitentiaires que médicales sur le terrain. Le travail de prévention est une action de tous les jours qui ne peut s'accomplir dans un climat de « mal-être général » des équipes mobilisées sur cette action. Cordialement

Pierre V. Tournier. Merci à vous. Le travailleur scientifique que je suis a aussi besoin de se savoir utile à ceux dont les responsabilités sont d’une tout autre nature. Et quelles responsabilités ! Garantir le respect de la dignité des personnes en détention, leur assurer la protection, les préparer à « une vie responsable et exempte d’infractions pénales ». Charge considérable qui mérite le respect et de la fonction et des personnes, même dans la critique et la contestation. Surtout dans la critique et la contestation.


*** TÉMOIGNAGE***

- 16. - Hommage à Catherine Giudicelli.

Après le décès accidentel de Catherine Giudicelli, son collègue Alain Blanc, m’avait fait l’amitié de m’adresser, à titre strictement personnel, une copie de la lettre qu’il avait adressée à Francis, le mari de Catherine et à leur fils. Pensant qu’il était bon que ces mots soient connus du plus grand nombre j’ai demandé à Alain et à Francis l’autorisation de publier cette lettre dans ACP. Je les remercie de leur accord. PVT


Lettre d’Alain Blanc à Francis Giudicelli et à son fils,

J’ai connu Catherine à la Direction de l’administration pénitentiaire en 1993 où j’étais sous-directeur de la réinsertion, quand elle y est arrivée : je me souviens que nous avions parlé de Laon où, comme moi, elle avait été juge des enfants. Avant de partir à Créteil, elle a fait un gros travail dans cette administration toujours en ébullition et s’était passionnée pour les questions de réglementation et de droit.

Je l’ai retrouvée bien plus tard à Créteil quand j’y présidais la cour d’assises.

En fait je ne voyais que ses dossiers sur lesquels j’ai toujours dit autour de moi qu’ils étaient exceptionnels : pour moi les instructions qu’elle a conduites restent absolument exemplaires. On y retrouvait tout ce dont on rêve quand on se prépare à prendre un dossier pour l’audience : une rigueur technique parfaite, toutes les questions qui se posent sur les faits ont été posées, toujours de manière impartiale, mais jusqu’au bout : Catherine reste pour moi l’exemple même du juge qui faisait ce que la loi lui demande jusqu’à présent au juge : chercher la vérité. Et elle le faisait comme on doit le faire et comme c’est l’honneur des véritables juges de le faire : à charge et à décharge, sans préjugé, mais sans rien laisser dans l’ombre, et toujours avec humanité. Je n’ai jamais senti le moindre soupçon d’agressivité ou d’agacement dans ses interrogatoires, mais au contraire des questions toujours précises, allant au fond du sujet et des « retranchements » des mis en examen, témoins ou partie civiles, mais toujours dans le respect de la personne interrogée.

Deux dossiers qu’elle avait instruits m’ont marqué : celui du meurtre à moitié avoué d’un homme par sa femme où elle avait fait un énorme travail d’investigation sur le déroulement précis des faits et organisé un transport sur les lieux deux jours après le crime avec la mise en examen, ce que je n’avais jamais vu et qui s’était avéré plus que pertinent. Et le dossier du braquage de Gentilly en 2002 avec entre autres prévenus, Antonio Ferrara. Un énorme dossier qui avait exigé 5 semaines de débats en 1er ressort. Tout le long de l’audience, tous les avocats, y compris ceux qui ne cessaient de faire des incidents ont loué le professionnalisme, la rigueur et l’impartialité de l’instruction de Catherine. Je m’étais évidement interdit d’avoir le moindre contact avec elle pendant mon travail sur le dossier puis pendant l’audience, mais dès celle-ci terminée, j’ai organisé un déjeuner avec elle, mes assesseurs, la greffière d’audience et l’avocat général. Et nous avons reparlé de ce dossier, de son instruction, de mon audience. Cela avait été passionnant.

Catherine s’est ensuite retrouvée à l’ENM à Paris. Etait-ce du fait de ce partage d’expérience sur le dossier de Gentilly, je ne sais pas, mais elle m’a proposé de prendre la responsabilité d’une session de formation sur le crime.

Notre travail sur la préparation de cette session a été un de mes plus grands bonheurs professionnels : toujours prête à accepter les propositions nouvelles sur le fond comme sur la forme, toujours soucieuse, au-delà de l’intérêt intrinsèque d’un thème ou d’un intervenant, de l’intérêt pédagogique en jeu. Catherine était inventive, prête à tout recommencer pour trouver un nouvel équilibre, et sa culture était considérable. C’est ainsi qu’elle a accepté tout de suite l’idée d’inviter Emmanuel Carrère pour parler de « l’Adversaire », et nous avions eu des discussions passionnées sur cet écrivain, comme sur le film de Mosco sur le commissariat de Roubaix que je lui avais proposé de passer dans le cours de la semaine de stage.

Puis, ce qui m’a navré, elle est partie au TGI comme juge d’instruction. Mais très vite nous avons renoué des contacts cette fois-ci autour des réformes pénales récentes ou en cours du fait de ses fonctions de présidente de l’AFMI. Je dois dire qu’au départ j’étais soucieux de la voir prendre la présidence d’une association que je trouvais trop corporatiste. J’avais tort, bien sûr. Elle a assumé cette responsabilité avec toutes les qualités qui étaient les siennes et je suis convaincu que personne d’autre n’aurait pu, ces derniers temps faire passer dans l’opinion les messages qu’elle a su transmettre. Tout simplement parce que Catherine avait une qualité rare, que j’ai découverte chez elle : autant elle avait des convictions fortes, autant dans la discussion, elle les mettait toujours à l’épreuve des questions qui lui étaient posées. Il me semble qu’en réalité, elle n’avait de réelles certitudes que sur les valeurs qu’elle entendait privilégier et sur lesquelles on voyait bien qu’elle ne céderait rien. Le reste pouvait toujours être débattu, discuté, au point même qu’elle donnait même ce sentiment très particulier de s’enrichir des arguments adverses. Et d’enrichir aussi, comme en écho, son interlocuteur.

Je n’ai jamais connu personne d’aussi fort et d’aussi peu dogmatique. Il doit y avoir derrière tout cela quelque chose qui a à voir avec une vertu.

Ni quelqu’un aussi peu soucieux de son image, de son « ego ». Catherine s’effaçait toujours, ne faisait état ni de sentiments ni d’opinions qui n’aient un intérêt par rapport au débat. Elle était d’une discrétion étonnante, et ce sont ses idées devenues partagées qui restaient et qui faisaient avancer.

Inutile de dire à quel point elle va manquer dans le débat public maintenant. J’avais accepté de participer à une réunion publique organisée par Pierre Victor Tournier avec elle en octobre sur ces réformes, je ne crois pas que je l’aurais fait si elle n’avait pas accepté tout de suite d’y aller. Maintenant qu’elle n’est plus là, je ne sais pas ce que je ferai (1).

Il y a un mois je lui avais adressé à son cabinet une photo de groupe avec elle prise à Riga, en Lettonie, quand nous étions allés là-bas en délégation pour l’administration pénitentiaire en 1994, je crois. Je ne sais même pas si elle a reçu cette photo.

Voilà. Tout cela est sans doute un peu long. Sans doute mal venu au plus fort de la douleur de ses proches. Mais cela me fait du bien d’en rendre compte, car j’ai une peine immense, sans doute disproportionnée par rapport aux relations que nous avions. Mais cet écart s’explique à la fois par les qualités exceptionnelles de Catherine, et par la conscience parfaitement claire que j’ai de ce qu’on ne mesure pas la perte considérable qu’elle représente pour la Justice, et j’ose le dire pour le Droit dans notre pays et les questions qui s’y posent aujourd’hui.

Et il me semble que son mari, son fils, peuvent avoir besoin d’entendre cela aussi, au moment où ils le souhaiteront, le pourront.

Qu’ils trouvent ici la marque de ma solidarité affectueuse.

Le 11 août 2009

Alain Blanc

(1) Ce débat a été annulé. PVT

*** ATTENTION, VOUS ENTREZ DANS UN ESPACE « MILITANT » ***

Avertissement. La rédaction d’ACP ne partage pas nécessairement le positionnement politique des personnes physiques ou morales citées dans ces rubriques « militantes ». Par la diffusion de ces informations, elle souhaite simplement favoriser le débat d’idées dans le champ pénal, au delà des travaux scientifiques que cette lettre hebdomadaire a vocation à faire connaître.

*** DÉBAT ***

- 17. - PARIS. le Mardi 1er septembre 2009. 19h - 22h30. Groupe Multiprofessionnel des Prisons : « Nos expériences, illusions et désillusions étant ce qu'elles sont, si comme à d'autres époques où l'on aurait pu croire que l'imagination et les bonnes volontés pouvaient faire avancer autre chose que les verrouillages, les replis et les fractures nous demandions rendez vous... au nouveau ministre de la justice et à son secrétaire d'état aux prisons pour préparer les temps qui viennent, que pourrions nous espérer en attendre ?

- Lieu : Maison des sciences de l'homme 52-54 Bd Raspail 75006 Paris

* Contact : GMP, 18 rue de la Poste 9425O Gentilly Tel : 01 48 38 76 84, antoine.lazarus.gmp@gmail.com,

*** PUBLICATION ***

- 18. – PARIS. Mercredi 28 octobre 2009 à 14h30. Le Théâtre National de Chaillot et les Editions du remue-ménage ont le plaisir de vous inviter au lancement du livre « Chairs incarcérées : une exploration de la danse en prison » de Sylvie Frigon, criminologue et Claire Jenny, chorégraphe de la Compagnie Point Virgule

« Dans Chairs incarcérées…, Sylvie Frigon et Claire Jenny explorent les apports de la danse contemporaine en prison et de la prison sur la danse, et plus particulièrement l’expérience de Point Virgule : en s’appuyant sur les témoignages qu’elles ont recueillis auprès de membres de la compagnie et de détenues qui ont participé à ces créations dansées, à la prison de Fresnes, en France et à celles de Tanguay et de Joliette, au Québec. ». Les auteurs croisent leurs savoirs et leurs réflexions pour interroger les phénomènes et les enjeux de processus de création artistique auprès de publics dits « contraints ». Elles questionnent les vécus du corps empêché et les trajectoires possibles du sentiment de soi et du devenir de soi au travers de l’art chorégraphique. Dominique Hervieu, Directrice du Théâtre National de Chaillot, présentera à cette occasion, les projets culturels que le théâtre peut mettre en oeuvre à destination des personnes sous main de justice, aussi bien en milieu ouvert qu’en milieu fermé. Cette présentation sera suivie d’un verre pendant la signature de l’ouvrage.

- Lieu : Studio du Théâtre National de Chaillot 1, place du Trocadéro – 75116 Paris

* Contact : Merci de confirmer votre présence auprès de Sabine Véron-Durand par téléphone : 01 53 65 30 15 ou par courriel : sabine.veron-durand@theatre-chaillot.fr

*** GRAND ECRAN ***

- 19. - L’ACID / REPRISE DE LA PROGRAMMATION CANNES 2009. Le OFF du festival de Cannes s’invite à Paris et en Île-de-France… Rendez-vous du 17 septembre au 15 octobre dans 15 salles franciliennes et à Paris les 26 et 27 septembre au Cinéma des Cinéastes.

Pour la troisième année consécutive, l’Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion (ACID) organise la reprise de sa programmation cannoise à Paris et en Île-de-France. Au programme, 9 long-métrages et 7 court métrages, fictions et documentaires, français et étrangers, tous inédits en salles. Les projections seront suivies d'une rencontre avec les cinéastes et les équipes des films. Parmi les films programmés, figure le documentaire de Janusz Mrozowski, BAD BOYS CELLULE 425, tourné dans une prison polonaise, et THEMIS de Marco Gastine, tourné au sein du tribunal de première instance d’Athènes.

BAD BOYS CELLULE 425 de Janusz Mrozowski, France-Pologne / 2009 / 120 min. Sept récidivistes purgent des peines de 9, 12, 18, 25 ans, dans une cellule de 15m2 . Ils m’ont accepté dans leur quotidien avec ma caméra. L’administration pénitentiaire nous a accordé 10 jours.

- Mercredi 23 septembre à 20h30 à l’Espace 1789 à Saint Ouen et Dimanche 27 septembre à 17h30 au Cinéma des Cinéastes à Paris (17ème arr.)

THEMIS de Marco Gastine, Grèce /2008 / 85 min. Un Grec sur dix se rend au moins une fois par an au tribunal pour une affaire le concernant. La salle d'audience est une miniature de la société, le petit théâtre où se jouent et se dénouent les conflits de tous les jours. Pour la première fois, une caméra pénètre dans le tribunal de première instance d'Athènes.

- Samedi 26 septembre à 15h30 au Cinéma des Cinéastes à Paris (17ème arr.)

- Vendredi 2 octobre à 20h30 au cinéma Le Roxane à Versailles

- Lundi 5 octobre à 20h30 à La Ferme des jeux à Vaux-le-Pénil

* Contact : www.lacid.org , Tél. 01 44 89 99 42

*** DU COTE DES RADICAUX ***

Sans le radicalisme, les modérés n’avanceraient pas, et c’est important les modérés (Pessin).

- 20. - De ce côté-ci, rien de bien nouveau…